Ménille Avénale

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Le Nouveau Coq et les Trois* Poules, 1/3

le dimanche 4 mai 2008

* Quatre ? Cinq ? Dix ?...

Comme annoncé précédemment, voici un petit quelque chose d'amusant en plusieurs parties qui tend à démontrer, si vous voulez vraiment un pitch, que les filles sont des greluches, et les garçons, des machos. (Je plaisante. Ce sont en fait les poules qui sont des greluches, et les coqs qui sont des machos. Evidemment.) Et ce quelque chose m'a été inspiré par des faits rigoureusement exacts, par moi observés, auxquels je ne modifie presque rien.

Episode 1 : Une Basse-Cour, son Coq et quelques Poules Crédules

Il était une fois une vaste basse-cour dans laquelle les animaux vivaient en toute liberté et dans une entente parfaite. Ils y menaient leur vie à leur manière et se rassemblaient de temps à autre pour partager des moments conviviaux. Le grand roi de ces animaux, le centre de leur attention, leur conseiller et leur modèle était un Coq aussi avenant et chaleureux que mystérieux. Il accueillait les nouveaux animaux avec un mot gentil, saluait les habitués de la basse-cour avec prévenance, souriait, riait, plaisantait, mais personne ne savait rien de sa vie privée. Des rumeurs couraient de temps à autre sur sa supposée relation avec l'une ou l'autre Poule mais aucune n'était jamais confirmée.

Il faut dire que le Coq maintenait soigneusement le secret qui régnait sur cette partie de son activité. Brillant comme il était, il avait tout intérêt, pour entretenir la fascination que lui vouaient les animaux, à taire toute information touchant à sa vie sentimentale. Si l'ensemble de la basse-cour - et surtout les Poules - continuait à penser qu'il était célibataire et qu'un coup de foudre restait toujours possible, son ascendant n'en serait que renforcé. Notre Coq, qui était tout sauf un idiot, avait compris cela depuis belle lurette et s'employait activement à paraître perpétuellement disponible, ouvert, voire séducteur quand il s'adressait aux Poules, ce qui lui permettait de les maintenir d'autant plus sûrement sous sa coupe.

Un petit groupe de Poules, notamment, lui était tout particulièrement dévoué. Il s'agissait de Poules célibataires dont certaines avaient connu des aventures désastreuses avec d'autres Coqs, dans d'autres basses-cours, et voyaient donc en lui un modèle de Coq attentionné, dévoué, intelligent, charismatique et droit, à l'opposé de tous ceux qu'elles avaient fréquentés jusqu'alors. Si le Coq manquait de beauté physique à strictement parler - certaines mauvaises langues disaient même que son plumage était particulièrement laid, ce qui est excessif -, son intelligence et sa personnalité palliaient sans peine ce léger manque et entretenaient aisément la fascination qu'il exerçait sur ces quelques Poules. Elles saisissaient toutes les occasions de chanter ses louanges, de vanter ses charmes et certaines d'entre elles nourrirent sans doute de sincères sentiments d'amour à son égard - du moins est-on en droit de le supposer, même si elles restaient discrètes sur ce point et ne se livraient pas à des confidences trop intimes auprès des autres animaux.

Alors que tout allait bien dans cette basse-cour depuis des années, la situation commença un jour à se dégrader avec l'arrivée d'une Poule sur laquelle le Coq jeta tout particulièrement son dévolu alors même qu'elle ne lui prêtait pas une grande attention. Elle fut nommée son Assistante en Chef et passa donc beaucoup de temps avec lui, pour des raisons strictement professionnelles. Très vite, elle jugea que non seulement il se montrait trop insistant dans ses tentatives de séduction, mais qu'il avait également mauvais caractère. Il se gardait bien pour sa part de laisser voir à d'autres l'intérêt qu'il lui portait, de manière à paraître toujours aussi disponible aux Poules célibataires. L'Assistante décida de se taire et de ne point ruiner sa réputation en révélant qu'il essayait de la séduire avec acharnement mais, pour son malheur, elle tomba un jour amoureuse d'un jeune Canard extrêmement séduisant qui répondit à son amour et la demanda vite en mariage. Jaloux de leur bonheur et surtout de la perte de cette Poule tant convoitée, le Coq devint hargneux envers elle et lui rendit bientôt insupportables les journées de travail qu'ils passaient ensemble, au point qu'elle voulut démissionner au plus vite. Pendant ce temps, sans doute pour lui prouver qu'il pouvait se passer d'elle, le Coq séduisit une très jeune Poulette, s'afficha avec elle aux yeux de l'Assistante - mais d'elle seulement - et lui confia un nombre grandissant de tâches comme pour mieux rendre vaine la présence de cette dernière, qui vécut ainsi un véritable enfer pendant les derniers jours de son contrat.

Après sa démission, l'Assistante et son Canard, auquel elle se confiait beaucoup et qui était donc au courant de la liaison entre le Coq et la Poulette, pensèrent d'abord que ces derniers révéleraient officiellement qu'ils avaient une relation et s'afficheraient en public sans plus attendre. Or, cela ne se produisit pas, bien au contraire. Le Coq continua de garder le silence sur la nature de ses liens avec la Poulette - qui, par amour et fascination pour lui, honorée d'avoir été choisie entre toutes, accepta d'en faire autant - et de charmer plus ou moins ouvertement les Poules qui étaient toujours à ses pieds. Révoltée par cette situation, l'Assistante raconta ce qu'elle savait à plusieurs animaux de la basse-cour et le bruit commença à courir que le Coq n'était pas célibataire. Quand il parvint aux oreilles des Poules, elles firent semblant de ne pas l'entendre et accusèrent même l'Assistante d'avoir menti.

Celle-ci en fut très blessée et crut que le Coq et la Poulette laveraient son honneur en confirmant la rumeur qu'elle avait contribué à répandre. Mais, une fois encore, il n'en fut rien. La Poulette et le Coq démentirent tous deux avoir une liaison - le Coq avait expliqué à sa jeune maîtresse que c'était indispensable pour sa réputation et elle l'avait naturellement accepté. L'Assistante et le Canard durent quitter la basse-cour, sous les huées des Poules persuadées que leur Coq adoré disait la vérité et qu'un jour, il finirait par s'éprendre de l'une d'elles. D'autres animaux, plus méfiants, commencèrent à poser un regard suspicieux sur le Coq et à remettre en question son rôle dominant au sein de la basse-cour. Lui se braqua, se drapa dans sa dignité et son autorité au lieu de chercher à se défendre honnêtement et se fit de plus en plus d'ennemis, notamment parmi ceux qui trouvaient qu'il avait un ascendant excessif sur les Poules.

Quelques semaines passèrent encore et, tout en continuant à voir sa Poulette en cachette, le Coq fit croire à plusieurs Poules qu'il tombait ou pourrait tomber amoureux d'elles, ce qui lui assura leur soutien définitif au milieu des troubles de la basse-cour. Cependant, cela ne suffit point à lui conserver son autorité sur les autres animaux ; la fronde se fit de plus en plus violente, le Coq abandonna sa Poulette à la hargne des autres animaux et finit par partir pour toujours sans avoir reconnu ses torts et en convainquant les Poules sur lesquelles il avait tant d'influence qu'il était une victime, un martyr innocent sacrifié à l'orgueil d'une poignée de révoltés.

A suivre.

Hello, Oscar

le mercredi 11 juillet 2007

Vous savez tous à quoi ressemblent les mannequins de nos jours, n'est-ce pas ?... Voici quelques photos récentes qui proviennent du site du magazine Glamour :






J'ai une tendresse toute particulière pour la fille en maillot noir. Le plus amusant, c'est sans doute le commentaire de la photo sur son site d'origine, quelque chose comme : Avec un maillot aussi échancré, une épilation parfaite est indispensable. Vous n'êtes pas pliés de rire, vous ?... Moi, si. Parce que bon, que cette fille ait la peau sur les os et une dégaine de squelette, le teint gris et les genoux plus larges que les cuisses, ça ne choque personne ; en revanche, si un malheureux poil se risquait à pointer le bout de son nez, eurk !...

Bon, allez. Quelqu'un reprendra bien un bout de gâteau au chocolat après sa purée au jus de viande, hein ?

Pourfendons quelque cliché

le mercredi 24 janvier 2007

Ce post est inspiré par une réplique de Lionel, le personnage interprété par Pierre Arditi dans le film Coeurs d'Alain Resnais :

"Quelle chance de pouvoir se raccrocher à quelque chose".



Vient de .


Le cliché contre lequel nous tâcherons de nous battre aujourd'hui, si vous le voulez bien, sera le suivant :

Avoir la foi, ça permet de se poser moins de questions.

(Version plus agressive : )
La foi, c'est une béquille pour les gens qui n'ont pas envie de se prendre la tête.


Je voudrais rappeler d'abord, à toutes fins utiles, que l'on ne décide pas d'avoir la foi ou non. Dans la mesure où il n'existe pas de preuves de l'existence de Dieu ni, à l'inverse, de preuves de sa non-existence, il est impossible de démontrer formellement l'une ou l'autre devant un parterre d'indécis et les seuls éléments qui peuvent vous entraîner à croire qu'il existe ou bien qu'il n'existe pas sont d'ordre personnel - affectif, psychologique, émotionnel, que sais-je, en tout cas rien de rationnel n'entre en compte là-dedans.
Certes, la foi n'est pas non plus entièrement livrée au hasard et il y a fort à parier que les croyances ne seront pas les mêmes selon que l'on a reçu une éducation religieuse ou pas et, plus généralement, selon ce qu'on a entendu dire sur Dieu dans son enfance ou à des périodes de la vie où s'est construite notre vision du monde et des hommes. Il n'empêche que l'on peut avoir la foi puis la perdre, ou, au contraire, ne pas l'avoir et l'acquérir un jour, sans que l'on sache bien précisément à quoi ce changement est lié. La seule chose que l'on sache alors, c'est que cela ne se commande pas. En ce qui me concerne, je ne connais personne qui se soit réveillé un matin en décrétant : "A partir d'aujourd'hui, je crois en Dieu" et qui y ait réussi - ni l'inverse.

J'ajoute que la foi en Dieu n'est pas nécessairement liée à la crédulité du croyant, si je puis dire. "Crédulité" est un mot qui veut bien dire ce qu'il signifie, à savoir : facilité à croire y compris en des choses non vérifiées, voire fausses. Quelqu'un de profondément rationnel et méthodique peut avoir une foi profonde et quelqu'un de naïf, dénué d'esprit critique et manipulable, peut croire en un tas de choses farfelues et pas en Dieu. Cette foi-là n'est pas toujours une sorte de superstition à traiter avec condescendance, née du trop grand nombre d'histoires fausses que l'on vous aurait racontées dans votre jeunesse. Croire en Dieu n'est pas la même chose que croire au Père Noël ou aux fantômes.

Dernière chose avant d'en venir au sujet qui nous intéresse aujourd'hui : puisque l'on ne peut pas démontrer que Dieu n'existe pas - voir plus haut -, les athées ne sont pas davantages détenteurs de la raison universelle, solide et scientifique que les croyants. Etre athée, c'est plutôt "croire que Dieu n'existe pas" que "ne pas croire en Dieu". Dans cette persective, nous sommes tous croyants : croyants en Dieu ou bien croyants en non-Dieu, selon les cas. D'ailleurs, je récuse un peu le terme croyants. Je lui préfère le mot théiste qui, par opposition logique à l'athée, désigne la personne qui croit que Dieu existe (plutôt que celle qui "croit en Dieu").

Or donc, l'idée de certains athées serait que la foi en Dieu est une sorte de béquille mentale pour esprits faibles peinant à trouver eux-mêmes des réponses aux questions complexes que nous pose le monde tel qu'il est, et qu'avoir cette foi permet de s'en tirer à peu de frais grâce à une grille de lecture simpliste qui expliquerait tout, absolument tout, par la volonté divine, sans chercher plus loin.
Je ne doute pas que cette foi-là existe. Ce genre de foi facilitatrice qui ne suppose pas de réflexion et vous permet de supporter un peu mieux les épreuves que vous traversez en vous disant que de toute façon, elles doivent avoir un sens favorable même s'il n'est pas très clair à vos yeux. (Je note au passage que certaines philosophies, notamment antiques, interprètent les malheurs dans ce sens sans pour autant poser d'instance divine pour les justifier - comme quoi, ce n'est pas seulement une posture de théiste. Mais passons.)
Personnellement, j'ai un peu de mal à me dire que la perte d'un enfant ou une catastrophe naturelle sont des épreuves envoyées pour tester notre capacité à souffrir ou simplement pour nous préparer à un monde meilleur dans lequel notre bonheur sera proportionnel aux souffrances que nous avons traversées auparavant. Et c'est là que ça devient complexe, parce que si ces douleurs n'ont pas cette signification-là, quel sens peuvent-elles bien avoir ?...

Réponse : aucun.
Je ne comprends pas ce type de malheur, et ce n'est pas de croire en l'existence de Dieu qui me permet d'y répondre parce que je ne vois absolument pas pourquoi il les provoque. Si tant est qu'il les provoque. Je veux dire, qu'est-ce qui me prouve que Dieu n'a pas créé une nature obéissant à des lois immuables pour ne plus jamais avoir à s'en occuper - feignant, va, fonctionnaire - et que ce sont ces lois-là, rien d'autre, qui causent les tsunamis ?
Pour autant, Dieu est omnipotent, nous sommes d'accord. Sinon, soyons clairs, ce ne serait pas Dieu. Et comme, pour la même raison, il est aussi omniscient, il sait qu'un tsunami va se produire et qu'il va causer des milliers de morts - pourquoi, dans ce cas, ne l'arrête-t-il pas ?... Quel est l'intérêt pour lui de laisser une partie de sa création détruire une autre partie de cette même création ?
C'est donc qu'il s'en fout ? Mais s'il s'en fout, pourquoi la création ? Dieu n'est pas un enfant et il ne pratique pas le jeu. Ce n'est pas par caprice qu'il donne ou retire la vie. Ce genre de petits jeux humains lui est étranger - c'est Dieu, merde, ce n'est pas un bonhomme assis sur un nuage et maniant des pions parce qu'il s'ennuie seul là-haut. Alors, quoi ? Son but ultime serait inaccessible et il faudrait nous contenter de l'ignorer toute notre vie ?... Ah non, merci, très peu pour moi. Il ne m'a pas donné l'intelligence et le libre arbitre pour n'en rien faire, quand même. Si je crois en lui, ce n'est pas pour renoncer en même temps à savoir ce qui pourrait donner un sens à ma vie, sinon ok, je me casse direct et je ne cherche plus. Ca ne colle pas.
Peut-être que Dieu est méchant. Peut-être que Dieu est injuste et cruel au point de détruire des hommes innocents, quitte à se désavouer lui-même. Peut-être que Dieu est réellement du genre à punir, et à punir à l'aveugle, collectivement : trop de meurtres sur terre l'année dernière, allez paf, une bonne catastrophe naturelle, ça leur fera les pieds, et tant pis si elle ne tombe pas sur les bonnes personnes.
Et peut-être que Dieu est triste. Triste tendance déprimé. Du genre inactif, du genre qui ne peut se lever le matin par peur d'affronter la journée et le nombre de tâches à exécuter. Peut-être qu'il s'est retiré et que nous vivons réellement dans un monde sans Dieu. (Ce qui n'est pas la même chose que de dire qu'il n'existe pas.) Mais alors, pourquoi la chance ? Pourquoi la survie incompréhensible à des accidents spectaculaires ? Pourquoi la nouveauté, pourquoi l'élan, pourquoi les projets d'avenir et tant d'énergie dépensée pour les accomplir ?

Je ne peux pas expliquer le mal avec Dieu, ni le bien sans Dieu. D'un côté, je ne peux pas envisager sa non-existence - ce serait comme envisager la vie sur terre sans oxygène - et de l'autre, cette existence pose des questions qui ne se poseraient pas s'il n'était pas. Je veux dire que si je croyais qu'il n'existe pas, les tsunamis et les cancers seraient juste des tsunamis et des cancers. Pas des plongées abyssales dans les raisons métaphysiques de la souffrance des innocents. Point.

Je vous le dis : les athées sont plus tranquilles. Ils ont au moins leur athéisme à quoi se raccrocher.

Quelques réponses au précédent

le lundi 23 octobre 2006

Puisque parfois, on a la flemme d'aller fouiller dans les commentaires pour trouver la réponse à celui qu'on a laissé (quand on se souvient qu'on en a laissé un) (parce qu'il y a des gens qui commentent bourrés) (eeeeeh ouaaaais), je remets ici la vaste réponse que je viens de laisser aux comms du post précédent.

Bien sûr, la discussion continue, que vous souhaitiez rebondir sur un des thèmes abordés ou en lancer un nouveau, que ce soit ici ou sur le post d'hier.

**********

Eph'K : honnêtement, je ne vois pas tellement sur quoi repose cette idée (cf. aussi le commentaire de Krazy Kitty, un peu plus bas que le tien). Je veux dire que oui, beaucoup de mères juives sont possessives, étouffantes, ultra-protectrices et quelque peu envahissantes... comme beaucoup de mères africaines, catholiques, italiennes, chinoises ou aborigènes, je suppose. (Bon, peut-être cela est-il plutôt valable pour une culture occidentale où l'on a tendance à considérer que les enfants restent enfants longtemps et que l'initiation qui les mènera à l'âge adulte est longue et très progressive.) Il y a aussi des mères juives qui sont froides et peu concernées par l'avenir de leur progéniture !... (J'en connais.) Je ne crois donc pas que la mère juive soit particulièrement plus "chiante" qu'une autre. L'histoire juive étant faite de déplacements, de dangers, de séparations, peut-être l'image de la mère, dépositaire des traditions ancestrales et repère stable dans un monde parfois mouvant, a-t-elle acquis cette sorte d'aura mythique qu'elle a moins dans d'autres communautés... et encore... Je ne sais pas, j'essaie de voir d'où ça vient mais honnêtement, c'est avec réserve(s).

Louis : ah ouéééé, si ça se trouve, la création de mon pseudo est directement liée aux clichés qui pèsent sur moi en tant que juive !... Waow, tu devrais être psy. A propos d'Israël : tu imagines que c'est une question extrêmement complexe, je ne suis d'ailleurs pas compétente pour la traiter exhaustivement. Pour faire simple et rapide (et peut-être pour lancer la discussion plutôt qu'apporter une réponse tranchée à une question si vaste), je dirais que :
- si on estime que seuls le lieu ou les conditions de création de l'Etat d'Israël sont illégitimes, non, ça n'a rien d'une assertion antisémite. On peut juste remettre en cause la façon dont l'Etat fut créé (et, tu t'en doutes, tout ne fut pas fait selon le droit et la justice les plus implacables), tout en reconnaissant sans problème son droit à exister. Ca me paraît même être une réflexion légitime sur des événements qui, désormais, appartiennent à l'Histoire.
- si on estime que c'est l'existence même d'Israël qui est illégitime et que s'il avait été créé ailleurs ou autrement, ou s'il n'était jamais en guerre, bref, si c'était une sorte de pays idéal et parfait ne gênant personne et n'engageant jamais aucun conflit, ça ne changerait rien et qu'il serait quand même illégitime, cela, oui, ça me paraît être un propos antisémite. Les Juifs sont un peuple, quoi qu'on y fasse. (ET une communauté religieuse. C'est très complexe.) Et comme tout peuple, ils ont droit à l'autodétermination et à la souveraineté sur leur propre destin, dans les frontières d'un pays qui soit le leur. Leur refuser ce droit, c'est leur refuser les droits fondamentaux qu'ont les autres peuples (c'est l'injustice faite aux Palestiniens et aux Kurdes, par exemple) : au nom de quoi ?... d'une différence de nature, consubstantielle, entre les Juifs et les autres peuples ? Je ne connais pas d'autre nom pour cela que "antisémitisme".

Junko : pour la mère juive, je répondais sur ce sujet à Eph'K, juste au-dessus. Oui, ça m'intéresserait énormément de connaître les références de ce livre !... Il m'a l'air à la fois drôle et ambitieux (le fait d'aborder un sujet aussi sérieux), j'aime bien ça. A propos des clichés véhiculés par des personnes non antisémites, et qui sont probablement de très bonne foi, on les retrouve à propos de tout le monde : tu sais que beaucoup de gens "non racistes" pensent que les Arabes ont plus tendance que d'autres à se montrer irrespectueux des personnes et des principes... Rien ne fonde cette idée, si ce n'est une attention particulière portée aux manques de respect venant des Arabes. En fait, il me semble qu'il existe un fond commun, une espèce de corpus populaire de clichés plus ou moins graves, que nous activons, réactivons et diffusons sans même, souvent, nous en rendre compte. L'idée, c'est alors de lutter contre ces clichés, de les démonter un à un, sans agressivité, avec juste un souci intellectuel et raisonnable... jusqu'à ce que ton papa et tous les autres finissent par se dire "Mais oui, tiens, c'est vrai ça, finalement ça ne veut rien dire" ! ;-)

Krazy Kitty : ... et Pascal Obispo, hein ?... Tu y penses à Pascal Obispo ? Est-ce qu'il est juif, lui, hmmmm ? Ha ! C'est un vrai sujet, ça, hein !

Mlle K. : merci pour ces quelques exemples de clichés qui nous rappellent que peu de choses sont aussi universelles que la méconnaissance et les a priori !... A propos de l'humour juif, je pense qu'il y a deux choses à dire pour expliquer sa particularité. La première, c'est qu'encore une fois l'histoire du peuple juif est assez tourmentée pour que l'on réagisse "à chaud", et souvent par le rire plutôt que par la plainte. Il y a donc une espèce de soupape de sécurité à rire de soi-même et des autres membres de la communauté quand on est dans une situation précaire. Deuxième chose : je crois que les Juifs sont conscients des clichés qui circulent sur eux - ils sont bien placés pour cela, on les leur envoie assez souvent à la figure. Donc ils les reprennent et les tournent en dérision. La définition de l'humour, c'est de savoir rire de soi, ce qui est souvent beaucoup moins facile que de rire d'un autre.
Par exemple, quand on dit que les Juifs sont communautaristes et ambitieux. Connais-tu cette blague ?...

C'est un Juif qui lors d'un naufrage, a échoué sur une île déserte. Une sorte de Robinson Crusoë, donc. Il est absolument seul pendant dix ans et au bout de ces dix ans, un navire passe, l'aperçoit sur le rivage et s'approche de lui pour le recueillir. Il fait visiter son île aux marins qui sont impressionnés par sa petite organisation : "Là, c'est ma maison... Là, l'enclos pour mes chèvres... Ici mon radeau pour la pêche... - Et là (demande un marin), ces deux bâtiments identiques sur la plage, qu'est-ce que c'est ? - Ce sont des synagogues. - Quoi ? (Les marins sont pris de fou rire.) Deux synagogues identiques pour toi tout seul ?... - Bien sûr ! (répond le naufragé.) Parce que celle-ci, c'est la synagogue que je fréquente... et l'autre, c'est celle où je ne mettrai jamais les pieds, JAMAIS, tu m'entends !"

Louis bis : ah oui, très fort, hin hin. Manquerait plus qu'il soit "fils de" (de qui, je me le demande mais à la limite, ça n'est pas mon problème).

Quelques pénibles clichés

le dimanche 22 octobre 2006

Les clichés ont la peau dure. Vous le savez comme moi, le propre du cliché, c'est que tous les arguments que vous opposerez pour lui montrer qu'elle a tort à la personne qui le véhicule viendront au contraire la conforter dans l'idée que vous êtes, vous, butée et aveuglée, et que donc son cliché est fondé.

Par conséquent, la plupart des batailles contre les clichés sont perdues d'avance. La preuve par l'exemple avec les clichés auxquels j'ai le plus souvent à répondre - cela n'étonnera personne : ils concernent les Juifs.

1. Tu es juive, donc tu soutiens Israël.

Marrant comme les gens qui te disent ça ont du mal à concevoir que tu puisses soutenir certains aspects de la politique d'Israël et en condamner d'autres. Si tu exprimes ton soutien à Israël sur un point, un seul, tu es étiquetée pro-israélienne extrémiste sioniste diabolique colonisatrice occupante sanguinaire à vie. Bon, j'exagère un peu, hein. Mais guère.
Cet été, il m'a fallu expliquer à certaines personnes que je trouvais à la fois qu'Israël avait légitimement le droit de se défendre, et que cette auto-défense était disproportionnée. Eh bien croyez-moi ou non, la plupart des gens sont extrêmement surpris qu'une Juive puisse établir une telle distinction. En général, leur tranquillité d'esprit revient en demandant :
"Oui, mais à la base... tu es quand même d'accord avec le fait qu'ils lancent une offensive ?
- Oui, mais pas comme ça. Et pas forcément une offensive militaire, d'ailleurs.
- Ok. Mais tu es quand même d'accord avec le fait qu'ils lancent une offensive.
- Oui, dans l'absolu, parce qu'on leur a quand même enlevé deux soldats, bon. Mais pas cette offensive, tu vois.
- Et du coup tu es quand même d'accord avec le fait qu'ils...
- Ok, ok, OUI, d'accord, si tu veux."
Arrière-pensée de cette ultime réponse : tu vas me foutre la paix, maintenant, oui ? Arrière-pensée de l'interlocuteur : donc c'est bien ce que je pensais, elle soutient Israël.
En même temps, je vois mal ce qu'on attend de moi : que je ne soutienne jamais, au grand jamais, Israël, et que je souhaite le voir disparaître ?... Nnnnnnon, ça va aller, merci ; les Juifs ont attendu assez longtemps d'avoir un Etat à eux, je suis d'avis que désormais, on le leur laisse.

2. Les Juifs sont massivement présents dans les domaines de l'information et des médias (variantes : de la finance, du pouvoir, etc, etc).

Tout le monde sait cela !... D'ailleurs, quand on passe un entretien d'embauche dans les domaines de l'information et des médias, on vous demande en premier lieu si vous êtes juif. Seule une réponse positive à cette question peut vous permettre d'aller plus loin. En fait, non, pour être encore plus précise, les Juifs ne passent AUCUN entretien d'embauche dans ces domaines ; comme les gens en place y sont déjà massivement juifs, il suffit de passer un coup de fil au meilleur ami de papa ou de discuter avec lui gentiment à la synagogue le vendredi soir pour que les choses se fassent. Comme ça, en claquant des doigts. Et hop.
Sérieusement, moi je trouve que les footballeurs avec l'accent du Midi sont massivement présents à la télévision. Pas vous ?...
A moins que, comme pour les Juifs dans les médias, ce n'est pas parce qu'ils sont plus nombreux que ça nous frappe, mais parce qu'on y fait plus attention. Qu'on les voit plus, en quelque sorte. Ou qu'on les regarde plus.
Parce que j'attends toujours l'enquête tonitruante ou l'ouvrage scientifique qui me donneront les chiffres exacts de cette présence massive de Juifs dans les médias. Je refuse de croire qu'une opinion aussi répandue ne soit pas fondée sur quelque recherche sociologique sérieuse, voyez-vous.
Au fait : savez-vous qu'il existe sur le Net des listes de chanteurs juifs, de journalistes juifs, de financiers juifs, etc, etc ?... Ouaaaais, moi aussi ça me fait bizarre, ouais.

3. Les Juifs sont communautaristes.

Oui, ça aussi, c'est très très vrai !... Les Juifs ne parlent qu'entre eux, ne sortent qu'entre eux, ne se marient qu'entre eux et bien entendu, cf. point précédent, ne s'embauchent qu'entre eux. En fait, les Juifs méprisent les non-Juifs ; ils pensent que ceux-ci sont porteurs de maladies mortelles ou de défauts congénitaux et préfèrent ne pas les fréquenter, encore moins s'accoupler avec eux - quant à leur faire confiance sur le plan professionnel, n'en parlons pas.
Bon, très honnêtement... vous y croyez, vous ? Dites-le franchement, ce n'est pas un drame, peut-être que vous le croyez parce que vous n'avez jamais eu l'occasion de (vous) poser la question, point barre.
Parmi les Juifs, comme dans toutes les communautés, qu'elles soient intellectuelles, économiques, religieuses ou ethniques, il y a une propension dans certains milieux - et je dis bien certains milieux, merci messieurs-dames de ne pas considérer que les "Juifs de France" (quelle horrible expression) sont une entité monolithique et homogène - genre en France il y a même des Juifs pauvres - oui oui, PAUVRES - non mais incroyable hein - à rester un peu renfermés sur la communauté, en effet. Pas que l'on ne travaille qu'avec des Juifs, non, cela, c'est tout de même de plus en plus rare ; mais par exemple, quand une jeune personne arrive en âge de se marier, l'élu(e) est juif(ve), la plupart du temps.
Il y a des Juifs qui ont du mal à s'imaginer fondant une famille avec quelqu'un de non-Juif, de même que certains cinéphiles ont un peu de mal à se voir avec quelqu'un qui haïrait le cinéma, allez savoir pourquoi. Et puis il y a tous ceux qui le font gaiement et contractent donc ce que l'on appelle un mariage mixte.
Personnellement, je ne qualifierais pas de communautariste cette façon de faire. Le communautarisme, c'est plutôt, me semble-t-il, mais dites-moi si je me trompe, le fait de penser a priori du bien de quelqu'un et de le favoriser ou de le défendre au seul motif qu'il appartient à la même communauté, qu'elle soit intellectuelle, économique, etc, que vous. Cela, oui, ça existe parmi les Juifs - et ne me paraît tout de même pas être un comportement majoritaire. Mais ça existe aussi dans toutes les communautés, qu'elles soient intellectuelles, etc. Ce que j'aimerais bien savoir, c'est sur quelle base repose l'idée que ça existe davantage chez les Juifs que chez les autres. Ca, j'avoue, je ne vois pas.

Ok, people, si vous n'y voyez pas d'inconvénients, on va s'arrêter là pour le moment, je n'ai pas QUE ça à faire non plus.

Cela dit, je pourrais piquer à Miss Blablabla un concept récemment mis en oeuvre sur son blog (je vous le conseille, d'ailleurs) et lancer ici une vaste opération tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les Juifs sans jamais oser le demander. Allez, lâchez-vous, mes huit* lecteurs ! Je promets que toutes les questions seront acceptées et répondues, même les plus cliché, même les plus tendancieuses. Si donc vous croyez que les Juifs fabriquent du pain avec le sang des enfants palestiniens, ou quoi que ce soit de moins gore, c'est l'occasion ou jamais de vous en assurer ! Smile !...

* Hi hi je déconne. En fait vous êtes trois.

Bravo Nono, bis

le mardi 3 octobre 2006

Ah oui, et vous connaissez la suite ?... Nicolas Sarkozy se dit désolé que Lionel Jospin ne participe pas à la course à l'Elysée. Il considère que cet homme d'expérience, pour qui il dit avoir beaucoup d'estime même s'il ne partage pas etc etc, va réellement "manquer au débat".

Tu m'étonnes.

Il va surtout manquer à Nicolas, qui ne perd pas de vue une chose précise : Ségolène et lui sont à peu près au coude à coude dans les sondages et Nono était l'un des seuls - peut-être le seul - à pouvoir mettre de vrais bâtons dans les roues de madame Royal.

Qu'il se rassure cependant : ce serait mal connaître notre Nono que de croire qu'il va rester complètement absent du débat. Plus j'y pense et plus je me dis que Monsieur Sagesse du PS va donner son avis sans qu'on le lui demande (selon son habitude) et ainsi, on ne peut pas dire qu'on n'a pas été prévenus, il va effectivement soutenir quelqu'un d'autre que Ségolène jusqu'à l'investiture socialiste et, une fois investie, ne la soutenir elle - s'il la soutient - que du bout des lèvres, la mâchoire serrée (là encore, on connaît bien), non sans lâcher de temps à autre, éventuellement, une petite pique.

En soi, c'est son droit et ce n'est pas gravissime. On peut même dire que Ségolène Royal n'est pas forcément la meilleure candidate socialiste à l'élection présidentielle ; mais pour l'instant, c'est bien elle qui, à gauche, a le plus de chances de l'emporter. Et là, je vous le demande, qu'est-ce qui importe le plus : ignorer la réalité des électeurs et de la popularité de la candidate pour maintenir son favori - que ce soit Fabius, Strauss-Kahn ou un autre - en affirmant qu'il est meilleur qu'elle, et ainsi prendre le risque de perdre les élections au nom de la fidélité à ses idées et à ses soutiens, ou mettre pour un temps cette fidélité dans sa poche et se regrouper derrière Ségolène si c'est elle que désignent les militants - et sans Jospin, il y a toutes les chances qu'ils le fassent - de manière à partir un peu solidement au combat pour faire gagner la gauche et, accessoirement, perdre Sarkozy ?

Chacun peut répondre à la question en son âme et conscience. Pour moi, je choisis la seconde possibilité. De toute évidence, mon candidat préféré est Strauss-Kahn, mais je crains qu'il n'ait pas la même popularité que Ségolène et pas forcément, d'ailleurs, le charisme d'un chef d'Etat. D'un chef de gouvernement, si. Et qui sait, leur collaboration pourrait très bien se passer. En d'autres termes, je crois que pour avoir une chance de voir le PS en général et DSK en particulier au pouvoir, il faut que ce soit Royal qui passe.

Tout cela était une parenthèse, bien sûr. L'objet essentiel de cette note était de vous rapporter les bonnes paroles de Nico sur le retrait de Nono. Ce qu'ils sont mignons à cet âge. Bon, allez, c'est pas tout ça mais l'heure approche où il faut quitter le bac à sable, les enfants.

Bravo Nono

le jeudi 28 septembre 2006

Je ne sais pas si ce sont les règles ou le yoga, mais ce matin, je me suis profondément rendormie après la sonnerie de mon réveil et ça m'a flanqué d'entrée de jeu une demi-heure de retard dans les dents. Or une demi-heure, c'est assez chaud à rattraper, comme retard. Pendant quelques instants, j'ai même cru que je n'y arriverais pas.

C'était compter sans LA nouvelle du jour, ou plutôt la nouvelle de la nuit puisqu'il paraît que c'est pendant la nuit qu'elle est tombée, permettant ainsi à Libé de changer sa couverture in extremis - ce qui lui donne une chance inespérée de coller un peu à l'actualité et qui sait, peut-être que ça sauvera sa situation financière. Ou pas.

La nouvelle, vous la connaissez, elle a laissé les Français ébahis au réveil (et d'autant plus ébahis que le réveil, c'était mon cas, était plus tardif) :

Lionel Jospin a décidé de se retirer de la course à l'investiture pour la candidature socialiste aux élections présidentielles de 2007.

Dit comme ça, ça fait coup de tonnerre.
Ca le fait nettement moins si l'on se souvient qu'il y a quatre ans et demi, en d'autres circonstances, Nono a déjà dit quelque chose de semblable. (Oui, je l'appelle tendrement "Nono" depuis l'époque où il représentait les espoirs socialistes et, on l'oublie trop souvent, la victoire socialiste. Il a quand même été premier ministre pendant cinq ans, Nono. Sous la Ve République, c'est une belle longévité.)

A l'époque, le premier tour de la présidentielle venait d'avoir lieu et voir la tête de Le Pen s'afficher sur l'écran du journal télévisé en lieu et place de celle, logiquement attendue, de Nono, n'a pu satisfaire que deux catégories de personnes : 1. les partisans de Le Pen, 2. les éternels révolutionnaires mécontents qui estimaient qu'au moins, ça allait créer un électrochoc profitable dans le douillet petit monde politique si sûr de lui et que c'était un beau coup de pied au cul de tous ces néolibéraux mous du genoux que sont en fait les responsables du PS, etc, etc.
L'électrochoc fut en effet considérable : Chirac en tête pour cinq ans de plus, accompagné successivement de deux premiers ministres pour le moins décevants, eux aussi désavoués par les Français - le non au référendum européen de mai 2005 et les manifestations anti-CPE du printemps 2006, pour ne citer qu'eux -, pendant que Sarkozy fait son petit bonhomme de chemin (sans mauvais jeu de mots, monsieur le ministre) et risque bien de nous faire le coup de la pochette surprise (ou pas si surprise que cela) dans un petit peu plus de six mois.

D'aucuns diront que ce résumé est pour le moins succinct et lapidaire, et c'est vrai ; mais je ne suis pas chroniqueuse politique et je tiens juste à rappeler que la dernière fois que Nono s'est retiré de la course, il a laissé derrière lui un PS exangue, désorganisé, sans figure assez charismatique pour reprendre le flambeau et réaliser le rassemblement immédiatement. D'ailleurs, le nombre des candidatures socialistes à l'investiture - on en connaîtra le chiffre exact dans quelques jours, mais tout laisse supposer qu'il sera plutôt élevé pour un seul et même parti - est probablement une autre conséquence de cette retraite en coup de canon.

Alors quoi, est-ce que je regrette qu'il fasse machine arrière cette fois-ci ? Est-ce que je pense qu'il était le seul espoir de victoire du PS, devant Ségolène Royal, devant Fabius, devant Strauss-Kahn et tous les autres ?

Non, pas du tout. J'aurais plutôt tendance, sincèrement cette fois, à lui dire merci. Merci de ne pas rendre les choses encore plus compliquées qu'elles ne sont. Merci d'arrêter de jouer le jeu des anti-Ségolène du parti qui brandissent bien haut son absence de programme politique - comme s'ils en avaient un, eux - pour justifier une opposition radicale qui, à ma connaissance, n'a pas d'autre raison réelle que le fait qu'elle soit une femme ET qu'elle soit sérieusement en passe de l'emporter sur eux. Merci de retourner sur l'Ile de Ré, Nono, de t'occuper de ta maison et de te balader sur la plage ; nous nous sommes passés de toi pendant quatre ans, nous continuerons bien comme ça.

Oh, je sais, Nono n'a pas l'intention de la boucler complètement. Il préfère occuper le poste du vieux maître de sagesse, de la vieille autorité morale à laquelle on se réfère en s'inclinant. Pas sûr que tout le monde veuille lui laisser jouer ce rôle, mais bon. Le pire serait qu'il soutienne ouvertement quelqu'un avant l'investiture socialiste. Je veux dire, qu'il garde son temps de parole pour soutenir le ou la candidat(e) du PS quand il ou elle sera désigné(e), point. Un peu d'unité pour une fois, que diable.

En fait, je crois que Nono a peur d'y aller quand il sait qu'il ne peut pas gagner. 2002, vexé qu'on lui ait préféré le gros con, il va faire des pâtés de sables, na. 2006, craignant qu'on ne lui préfère la brindille au programme flou, il passe cette année au château fort en bord de mer, du genre que la première vague recouvre et érode et qui finit en monticule humide surmonté d'un pauvre coquillage.

Tant mieux, Nono. Je t'aimais bien quand on pouvait compter sur toi ; mais aujourd'hui, je pense que tu as raison, c'est toi qui ne peux plus compter sur personne. Et tu ne peux t'en prendre...

L'erreur israélienne

le jeudi 29 juin 2006

Là, je suis mal. Mal à l'intérieur. Mal à l'aise, triste, fâchée. Perplexe. Inquiète. Vraiment mal.

Israël a évacué le bande de Gaza en août dernier ; depuis des semaines, malgré l'absence de soldats et de civils israéliens dans le coin, des roquettes sont envoyées quotidiennement de Gaza en direction des territoires israéliens les plus proches. Roquettes auxquels Israël répond en envoyant à son tour des missiles. Il y a de la peur et de la lassitude dans les deux camps, mais les morts sont du côté palestinien. Première erreur. Le terrorisme palestinien n'a pas cessé même si les chiffres des attentats sont en baisse nette. L'enlèvement d'un caporal israélien de 19 ans - je rappelle qu'à cet âge-là, en Israël, on fait son service militaire, on n'est donc pas engagé volontaire, et surtout on n'est pas engagé à vie - n'est pas précisément la cause du raid israélien de ces jours-ci ; c'est le déclencheur et le catalyseur, peut-être, mais le raid vise en fait à faire cesser les tirs de roquettes.

Le raid en soi-même est une erreur. On n'envoie pas des tanks sur des villes entières, quelles que soient les destructions occasionnées, sous prétexte de retrouver un seul soldat, même si l'on craint que ce soldat ne soit assassiné comme l'ont déjà été ses deux camarades et le jeune homme de 18 ans retrouvé mort ce matin. L'armée était massée depuis plusieurs heures au seuil de Gaza quand le Hamas, prenant tout le monde de court, a signé l'accord interpalestinien rédigé par des chefs terroristes emprisonnés en Israël et comportant implicitement - oui, implicitement, on parle quand même du Hamas, pas de la Croix-Rouge - la reconnaissance, non pas à proprement parler de l'Etat d'Israël comme on le dit souvent, mais d'un Etat à côté de la Palestine selon les frontières de 1967.

Cet accord est un progrès énorme de la part du Hamas, et finalement, peu importe qu'il ait fallu une menace militaire intense pour y parvenir. Maintenant, il est là.

Et Israël, sans presque en tenir compte, lance sur Gaza ses tanks et arrête huit ministres palestiniens, vingt députés et une quarantaine de responsables divers issus du Hamas et des élections législatives de janvier dernier.

Je ne vais pas commencer à clamer les grand mots de droit international, respect de la démocratie etc. Israël est une démocratie et le droit international vaut essentiellement dans des situations "normales" ; mais le Proche-Orient est en guerre et si arrêter des ministres est illégal, alors enlever un soldat l'est aussi, alors tirer des missiles l'est aussi, alors tirer des roquettes l'est aussi, etc, etc. Je ne suis pas sûre qu'il soit très utile de se jeter ses torts à la tête comme des enfants dans la cour de récréation. Ca fait soixante ans que ça dure, et ce conflit a encore de très beaux jours devant lui. Quant aux hommes, eux...

Bref. Quelles que soient les raisons que l'on peut avancer pour justifier cette opération - je les connais et je sais qu'elles se défendent, qu'elles reposent même sur des principes avec lesquels je suis entièrement d'accord -, elle est, en elle-même, une régression. L'annulation de toutes les avancées récentes, de la victoire de Kadima, des espoirs de normalisation du Hamas et des espoirs de paix tout court.

Et merde.

Masochisme

le mercredi 26 avril 2006

Je devrais vraiment arrêter de fréquenter ce forum (je ne vais pas donner l'adresse, ça ne sert à rien). Je crois que continuer à y aller relève du masochisme le plus caractéristique. Je me heurte à des personnes - des pseudos, pardon, après tout je ne connais pas les gens qui se cachent derrière... - dont la bêtise et l'inculture n'ont d'égale que la méchanceté. Tout le monde a le droit de ne pas savoir, de ne pas avoir l'information, de ne pas connaître le contexte, etc ; mais proférer des paroles de haine au kilomètre comme c'est le cas là-bas, ça, ça me dépasse.

Je croyais naïvement que le racisme et l'antisémitisme n'étaient le propre que d'une petite partie de la population française, de quelques égarés qui manifestement avaient raté le train du XXe siècle et se retrouvaient en rade au bord de la route.

Eh bien non. Si vous l'ignoriez, sachez-le ; en 2006, il y a des personnes qui croient dur comme fer que les Juifs ont pour unique objectif de gouverner de monde et que l'Etat d'Israël n'a pas lieu d'être, qui comparent sans rire ses gouvernants aux nazis (avec une légère préférence pour les nazis puisque leur génocide à eux "n'a duré que quatre ans" : je l'ai lu tel quel) et qui pensent que c'est le Mossad qui a inoculé la grippe aviaire aux poules palestiniennes. Il y a aussi des personnes qui se demandent pourquoi le procès des meurtriers de Sohane a fait tant de bruit puisque finalement, ce n'était qu'une Maghrébine, et qui déclarent que les familles démunies, souvent africaines, logées dans des immeubles si délabrés qu'ils ont fini par brûler, auraient dû s'estimer heureuses de ne pas être à la rue et avoir conscience que quand on ne peut payer un vrai appartement, on prend ce qu'il y a : "ils n'ont qu'à bosser et gagner des pépètes". Cela aussi, je l'ai lu.

Et j'y retourne encore et toujours. Je crois que ce qui m'y pousse, c'est une sorte d'espoir ; l'idée qu'il suffirait que deux ou trois personnes, en tombant sur mes messages d'indignation à la lecture de ce genre d'horreurs, se disent oui, celle-là a raison et se rallient à mon opinion - que je ne crois guère originale, mais au moins mesurée et relativement humaniste, en tout cas je m'y efforce - pour que ma présence là-bas soit justifiée.

Elections en Israël

le mercredi 29 mars 2006

Ceci n'est pas mon premier blog. Ni le deuxième, ni le troisième. J'en compte une petite dizaine sur différents serveurs ; j'en ai des sérieux, des foutraques, certains bien suivis, d'autres vite abandonnés, certains eurent leur petit succès et d'autres passèrent très inaperçus. Rien ne me permet pour l'instant de dire dans quelle catégorie celui-ci se rangera.

Mais si je l'entame aujourd'hui, alors que je n'avais pas posté un seul billet sur un seul de mes blogs depuis de longs mois, c'est parce qu'hier, en Israël, des élections législatives qui enregistrèrent une faible participation ont amené au pouvoir le parti Kadima, oeuvre d'Ariel Sharon, actuellement dirigé par le premier ministre par intérim Ehoud Olmert.

Ehoud Olmert a été clair. Son plan prévoit de renoncer aux colonies de Cisjordanie et de se replier dans des frontières plus étroites que celles du Grand Israël, du rêve sioniste sur lequel il fait une croix. Il prévoit aussi que ces frontières seront fixées unilatéralement si les négociations avec l'autorité palestinienne se révèlent impossibles ; en l'occurrence, tant que le Hamas ne reconnaîtra pas explicitement l'Etat d'Israël en renonçant à la lutte terroriste, les négociations semblent impossibles.

Les colons s'inquiètent en pensant que dans quelques mois, quelques années, à l'image de leurs compatriotes de Gaza l'été dernier, ils vont devoir mettre dans des voitures tout ce qu'ils possèdent, abandonner leurs maisons et quitter leurs villes. Je comprends leur douleur, mais il n'y a pas d'autre solution, et Israël n'a pas d'avenir valable s'il continue à donner l'image d'un occupant, d'un colonisateur.

Les électeurs de droite et d'extrême-droite vont estimer qu'Olmert est un lâche et un traître. Yitzhak Rabin a été assassiné - et Sharon menacé de mort - pour moins que cela.

Les électeurs de gauche sont probablement assez satisfaits. Le parti travailliste d'Amir Peretz a remporté un score honorable et il est probable qu'Olmert fasse appel à lui pour une coalition gouvernementale.

Mais si le premier ministre par intérim met ses projets en application, s'il fixe unilatéralement des frontières définitives, même si c'est à la suite d'une concertation internationale, il suffira que les Palestiniens, avec lesquels Israël refusera probablement de négocier tant que le Hamas sera au pouvoir et ne changera pas sa ligne de conduite, soient exclus de cette concertation pour qu'Israël perde à nouveau la bataille. La bataille des images, des médias et de l'opinion publique internationale. Celle qui se joue depuis 1967 et que Yasser Arafat a complètement remportée.

Comme le retrait de Gaza, l'établissement des frontières, s'il est unilatéral, sera nécessairement critiqué et reproché à Israël. Le retrait des colonies était réclamé depuis des années ; Sharon, dans un ultime retournement, lui qui avait tant fait pour garder les colonies, s'est retiré de Gaza et on lui a jeté à la tête que l'action unilatérale n'était pas valable. Unilatéral ou pas, c'était pourtant un retrait. Qu'en sera-t-il de l'ensemble des frontières du pays ? Le monde reprochera-t-il à Israël d'agir unilatéralement sans se soucier des désirs palestiniens ? Et les Palestiniens, se soucient-ils des désirs israéliens ? Qu'ont-ils fait pour favoriser l'ouverture de négociations ? L'élection du Hamas ne va manifestement pas dans cette voie. Loin s'en faut.

Je suis soulagée, et je suis inquiète. Je suis soulagée de l'affaiblissement du Likoud et de l'arrivée au pouvoir de Kadima ; je suis inquiète parce que la guerre des médias est sérieuse et terrible, et que j'ignore comment Israël se débarrassera de l'image affreusement sombre qui lui colle à la peau.