Ménille Avénale

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Mon ex-plus belle chanson d'amour

le jeudi 13 mars 2008

(Après, je vous laisse tranquilles avec cette histoire.)

Je n'ai pas voulu ajouter ceci à la fin du post concerné parce qu'il fallait que sa dernière phrase soit bien la dernière et que, d'ailleurs, cette coïncidence entre dans la catégorie Petit carnet rouge plutôt que dans n'importe quelle autre, mais je vous jure que ce qui suit est absolument vrai (comme tout le reste, d'ailleurs) :

Au moment précis où, dans le post précité, j'écrivais les mots "à la faveur d'une sorte de contorsion de son bras" (rappelez-vous, le voyage à l'étranger, les longues heures en car, toussa), la radio a commencé à diffuser "Wonderwall", d'Oasis. Qui à l'époque, avec deux ou trois autres*, était pour moi, dans mon coeur, en secret, notre morceau parce qu'on l'adorait tous les deux et qu'on avait eu l'occasion de l'écouter ensemble en le chantant, vu qu'on le connaissait par coeur, et ce, pendant ce voyage en car, très précisément. Eeeeeh ouiiiiii. C'est pas de la vraie bonne coïncidence de compétition, ça ?...

* Dont "Zombie" des Cranberries et " '74-'75", des Connells. Je vous parle d'un temps...



Et Liam, si tu m'entends, j'adore tes lunettes.

Prénoms féminins

le dimanche 2 décembre 2007

Cet été, alors qu'un couple d'amis - ou plus exactement : de connaissances - attendait la naissance de leur premier enfant, j'étais en vacances à quelque distance de chez moi et ne pouvais garder contact avec mon entourage que grâce à des réseaux téléphoniques pour le moins capricieux et au génie d'Internet. Un jour, Fiancé et moi sommes invités, par un ami d'enfance à lui et sa compagne, à passer l'après-midi et la soirée chez eux, c'est-à-dire chez les parents de l'ami en question, qui étaient absents pour le week-end. Il faisait si froid et gris que les promenades initialement prévues sont finalement devenues discussions au salon, parties de cartes et jeux sur l'ordinateur. Pendant que nos hommes vont faire les courses pour le dîner, je reste avec la jeune femme et nous parlons de tout et de rien. Je lui dis alors que j'attends des nouvelles d'un bébé qui doit naître d'un jour à l'autre maintenant et est peut-être même déjà né, qui sait ? Elle me propose de regarder mes mails sur son portable, ce que je fais avec empressement. J'apprends qu'en effet, une petite fille est née, qu'elle et sa maman vont bien, que son papa est heureux et qu'elle se prénomme Judith.

Avant que j'aie le temps de le lui dire, les garçons entrent dans le salon, sacs plastiques à la main. Quelques instants plus tard, alors que nous sommes tous les quatre dans la cuisine pour préparer notre repas, je remarque, au mur, à côté du plan de travail, la reproduction agrandie d'une carte à jouer - la dame de coeur - dont le prénom, de chaque côté, a été remplacé par "Michèle". Il s'avère que Michèle est la mère de notre ami et, donc, la propriétaire des lieux. Il nous est même expliqué que ce sont ses fils qui un jour, ont trouvé cette affiche dans une carterie et l'ont offerte à leur mère parce que cela les amusait. Et c'est vrai que c'est assez amusant ; cette figure si familière de la dame de coeur, que nous reconnaissons tous sans même y penser, flanquée de ce nom un peu banal, il y a là un côté dérisoire qui me plaît bien. Alors, c'est Fiancé, je crois, qui pose la question : "C'est quoi, le vrai prénom de la dame de coeur, dans le jeu ?"

Si vous connaissez la réponse, vous savez où je veux en venir. Sinon, je vous laisse prendre un jeu de cartes et comprendre par vous-mêmes.

Cette coïncidence est restée mon petit secret. C'est moi qui suis allée chercher le jeu de cartes, moi qui ai lu le prénom de la dame de coeur en premier, et je n'avais encore parlé à personne du mail que je venais de recevoir. C'était comme si elle avait pris le temps de me dire bonjour, rien qu'à moi, avant que je ne parle d'elle aux autres.


Photo : Winterland.

Le petit carnet rouge (de Ménille Avénale)

le samedi 24 novembre 2007

Oui, je sais.

Il y avait un post juste avant celui-là, et il a disparu. Je ne l'ai pas supprimé, pas de panique : il est simplement hors ligne pour quelque temps, de même que seront mis hors ligne les éventuels commentaires qui feraient allusion à son contenu. Et puisque l'on parle de commentaires : Muji Bibi, tu m'en avais laissé un mais vu qu'il est hors ligne maintenant, si je te réponds tu ne pourras pas lire la réponse, ce qui serait dommage, avouons-le, alors je vais te répondre par mail. Et puis je prends bonne note de cette invitation, c'est enregistré. OUI, je me sers de mon blog pour faire passer des messages persos SI JE VEUX. Bon.

Or donc.

Dans un livre paru aux Etats-Unis en 1992 sous le titre The Red Notebook et en France en 1993 sous le titre Le Carnet rouge, Paul Auster raconte à sa manière - c'est-à-dire avec un talent de conteur absolument remarquable - une série d'anecdotes issues de sa propre vie ou de celle de telle ou telle personne de son entourage. Ces petites histoires sont présentées comme réelles ; le sous-titre anglophone de l'ouvrage est d'ailleurs : True Stories. Leur signe particulier est qu'elles reposent toutes sur des coïncidences incroyables, au point que l'auteur lui-même reconnaît que certaines peuvent être difficiles à admettre. Et pourtant, ajoute-t-il systématiquement, c'est bel et bien ainsi que ça s'est produit.

Lire cet ensemble de récits apparemment véridiques d'une traite, ce que leur réunion en un seul ouvrage invite voire contraint à faire alors que les différents événements relatés se sont produits sur un laps de temps évidemment très long, provoque presque inévitablement, après un moment de surprise, le scepticisme, sur le mode : "Eh, attends, une fois, deux fois, trois fois, je veux bien ; mais à la quatrième, il y va pas un peu fort, non ?... Il ne nous prendrait pas pour des boeufs, par hasard ? Il ne peut pas tout simplement dire qu'il a inventé ces coïncidences, et puis c'est marre ? Ce ne serait pas moins agréable à lire !"

Eh bien, je crois que si. Ce serait indéniablement moins agréable à lire.
D'abord parce qu'il est certainement beaucoup plus excitant de se dire que ces coïncidences invraisemblables se sont réellement produites que de les croire issues de l'imagination vagabonde d'un auteur, même si c'est pour lui reconnaître beaucoup de talent.
Et ensuite, parce que ne pas les présenter comme réelles ne relèverait tout simplement pas de la même intention littéraire. Les romans de Paul Auster sont peuplés d'histoires étranges, à peu près impossibles à considérer comme véridiques, et de hasards mystérieux du genre de ceux qu'il raconte dans The Red Notebook. Mais ce sont des romans. Pour lui, manifestement, l'un des rôles du roman est, comment dire, de prendre en charge ce genre de récits invraisemblables. Toute la particularité de The Red Notebook vient précisément de ce que, nous dit l'auteur, dans la vie aussi, des coïncidences incroyables se produisent sans cesse, parfois sans que nous leur prêtions tout à fait l'attention qu'elles méritent. En d'autres termes, les histoires à dormir debout* de certains romans d'Auster ne seraient que la version imaginaire concentrée, exacerbée par les codes du roman, d'événements tout à fait courants à défaut d'être banals et que nous relèverions comme lui si seulement nous en prenions la peine. (J'aime bien l'idée que la plus grise et routinière des existences puisse être en réalité, selon l'angle sous lequel on l'examine, aussi palpitante et abracabrantesque qu'un roman de Paul Auster. J'aime bien.)

J'ai un peu perdu mon propre fil. Une minute, il faut que je me relise, là.

Ok, j'y suis.

Paul Auster n'a donc pas eu besoin de recourir à son imagination naturellement fertile et admirable pour composer The Red Notebook. Il est simplement doté de ce regard plus perçant que le commun des mortels - et en parlant de regard, ses yeux : waow, mais pardon, je me laisse déborder - qui lui permet de reconnaître dans une mini-nini-coïncidence apparemment insignifiante l'un des signes de la présence du romanesque jusque dans notre vie quotidienne (et donc, inversement, rapport à ce que je disais dans le paragraphe précédent, de notre vie quotidienne jusque dans l'univers du roman). C'est d'ailleurs la troisième possibilité qu'envisage dans ce post la blogueuse de Bookworm, et également celle qu'elle finit par retenir. (Post que je suis d'ailleurs bien dégoûtée de lire aujourd'hui et non pas dans, par exemple, dix ans ou cinq siècles, parce que tout le monde va penser que j'ai copié sur la dame alors que non, pas du tout, j'ai même dans mon petit carnet de poche une page datée de début novembre qui évoque déjà de manière prévisionnelle le sujet de ce post et début novembre, croyez-moi, je ne connaissais pas l'existence de Bookworm puisque je viens de découvrir ce blog il n'y a pas une heure. Bref.)

La morale de cette histoire, Larirette Larirette, c'est qu'les hommes sont c'est qu'avec un minimum de concentration et d'intérêt pour le romanesque, tout le monde peut tenir un carnet rouge. Tout le monde peut commencer à collecter les coïncidences plus ou moins surprenantes qui croisent sa route de temps à autre. C'est une question d'entraînement, d'exercice. De regard posé sur le monde et sur soi-même. C'est amusant, pas angoissant, à condition que l'on ne commence pas à faire une lecture excessivement mystique de tout cela. Certes, les récits ainsi collectionnés n'auront pas forcément les mêmes significations que ceux de Paul Auster, qui en fait tout naturellement une interprétation à la Paul Auster, c'est-à-dire structurante et géniale. Je passe. Mais ce détail mis à part, le carnet rouge est une préoccupation éminemment démocratique et accessible à tous.

Vous me voyez venir, n'est-ce pas ?...

J'ouvre donc sur ce blog une nouvelle rubrique, intitulée Petit carnet rouge ("petit" parce que je ne me mesure quand même pas au Maître, je suis modeste et patiente comme la fourmi, moi, madame), dans laquelle je raconterai à l'occasion certaines coïncidences amusantes et, je précise parce que vous avez compris que c'est très important, absolument et cent pour cent réelles et vécues. Celles que j'ai en tête remontent jusqu'à l'an 2002 ; c'est à peu près à cette époque, ou peut-être quelques mois ou un an plus tôt, que j'ai lu The Red Notebook et donc commencé à prêter attention à ce genre de choses. La plus récente remonte à cet été et elle n'est pas piquée des hannetons, je vous assure. Bon, en tout et pour tout, je n'en compte pour l'instant que trois, mais c'est largement suffisant pour ouvrir une rubrique de blog et d'ailleurs, j'espère bien qu'il en viendra d'autres dans le temps incalculable (sauf peut-être ici, berk) qui me reste à vivre. A leur rythme, hein. Je n'impose rien.

* Ce n'est évidemment pas un jugement de valeur. Elles sont objectivement à dormir debout - je pense notamment à Moon Palace et La Musique du Hasard, par exemple - et là, vous comprenez que je ne désigne pas par leur titre anglais toutes les oeuvres d'Auster et que, si j'ai écrit The Red Notebook au lieu du Carnet rouge tout au long de ce post, c'est juste pour me la péter un peu -, mais la façon dont elles sont racontées, construites, détaillées, abandonnées puis reprises est saisissante de réalisme, ou de faux réalisme, si vous préférez. A la fin du livre, on n'en revient pas de s'être ainsi laissé mener par le bout du nez au long d'un récit qui témoigne d'une puissance d'imagination folle tout en buvant chacun des mots de l'auteur comme s'il s'agissait d'une chronique sociale ou au moins d'une histoire plausible. Mais je ne suis sans doute pas impartiale.