* Quatre ? Cinq ? Dix ?...

Comme annoncé précédemment, voici un petit quelque chose d'amusant en plusieurs parties qui tend à démontrer, si vous voulez vraiment un pitch, que les filles sont des greluches, et les garçons, des machos. (Je plaisante. Ce sont en fait les poules qui sont des greluches, et les coqs qui sont des machos. Evidemment.) Et ce quelque chose m'a été inspiré par des faits rigoureusement exacts, par moi observés, auxquels je ne modifie presque rien.

Episode 1 : Une Basse-Cour, son Coq et quelques Poules Crédules

Il était une fois une vaste basse-cour dans laquelle les animaux vivaient en toute liberté et dans une entente parfaite. Ils y menaient leur vie à leur manière et se rassemblaient de temps à autre pour partager des moments conviviaux. Le grand roi de ces animaux, le centre de leur attention, leur conseiller et leur modèle était un Coq aussi avenant et chaleureux que mystérieux. Il accueillait les nouveaux animaux avec un mot gentil, saluait les habitués de la basse-cour avec prévenance, souriait, riait, plaisantait, mais personne ne savait rien de sa vie privée. Des rumeurs couraient de temps à autre sur sa supposée relation avec l'une ou l'autre Poule mais aucune n'était jamais confirmée.

Il faut dire que le Coq maintenait soigneusement le secret qui régnait sur cette partie de son activité. Brillant comme il était, il avait tout intérêt, pour entretenir la fascination que lui vouaient les animaux, à taire toute information touchant à sa vie sentimentale. Si l'ensemble de la basse-cour - et surtout les Poules - continuait à penser qu'il était célibataire et qu'un coup de foudre restait toujours possible, son ascendant n'en serait que renforcé. Notre Coq, qui était tout sauf un idiot, avait compris cela depuis belle lurette et s'employait activement à paraître perpétuellement disponible, ouvert, voire séducteur quand il s'adressait aux Poules, ce qui lui permettait de les maintenir d'autant plus sûrement sous sa coupe.

Un petit groupe de Poules, notamment, lui était tout particulièrement dévoué. Il s'agissait de Poules célibataires dont certaines avaient connu des aventures désastreuses avec d'autres Coqs, dans d'autres basses-cours, et voyaient donc en lui un modèle de Coq attentionné, dévoué, intelligent, charismatique et droit, à l'opposé de tous ceux qu'elles avaient fréquentés jusqu'alors. Si le Coq manquait de beauté physique à strictement parler - certaines mauvaises langues disaient même que son plumage était particulièrement laid, ce qui est excessif -, son intelligence et sa personnalité palliaient sans peine ce léger manque et entretenaient aisément la fascination qu'il exerçait sur ces quelques Poules. Elles saisissaient toutes les occasions de chanter ses louanges, de vanter ses charmes et certaines d'entre elles nourrirent sans doute de sincères sentiments d'amour à son égard - du moins est-on en droit de le supposer, même si elles restaient discrètes sur ce point et ne se livraient pas à des confidences trop intimes auprès des autres animaux.

Alors que tout allait bien dans cette basse-cour depuis des années, la situation commença un jour à se dégrader avec l'arrivée d'une Poule sur laquelle le Coq jeta tout particulièrement son dévolu alors même qu'elle ne lui prêtait pas une grande attention. Elle fut nommée son Assistante en Chef et passa donc beaucoup de temps avec lui, pour des raisons strictement professionnelles. Très vite, elle jugea que non seulement il se montrait trop insistant dans ses tentatives de séduction, mais qu'il avait également mauvais caractère. Il se gardait bien pour sa part de laisser voir à d'autres l'intérêt qu'il lui portait, de manière à paraître toujours aussi disponible aux Poules célibataires. L'Assistante décida de se taire et de ne point ruiner sa réputation en révélant qu'il essayait de la séduire avec acharnement mais, pour son malheur, elle tomba un jour amoureuse d'un jeune Canard extrêmement séduisant qui répondit à son amour et la demanda vite en mariage. Jaloux de leur bonheur et surtout de la perte de cette Poule tant convoitée, le Coq devint hargneux envers elle et lui rendit bientôt insupportables les journées de travail qu'ils passaient ensemble, au point qu'elle voulut démissionner au plus vite. Pendant ce temps, sans doute pour lui prouver qu'il pouvait se passer d'elle, le Coq séduisit une très jeune Poulette, s'afficha avec elle aux yeux de l'Assistante - mais d'elle seulement - et lui confia un nombre grandissant de tâches comme pour mieux rendre vaine la présence de cette dernière, qui vécut ainsi un véritable enfer pendant les derniers jours de son contrat.

Après sa démission, l'Assistante et son Canard, auquel elle se confiait beaucoup et qui était donc au courant de la liaison entre le Coq et la Poulette, pensèrent d'abord que ces derniers révéleraient officiellement qu'ils avaient une relation et s'afficheraient en public sans plus attendre. Or, cela ne se produisit pas, bien au contraire. Le Coq continua de garder le silence sur la nature de ses liens avec la Poulette - qui, par amour et fascination pour lui, honorée d'avoir été choisie entre toutes, accepta d'en faire autant - et de charmer plus ou moins ouvertement les Poules qui étaient toujours à ses pieds. Révoltée par cette situation, l'Assistante raconta ce qu'elle savait à plusieurs animaux de la basse-cour et le bruit commença à courir que le Coq n'était pas célibataire. Quand il parvint aux oreilles des Poules, elles firent semblant de ne pas l'entendre et accusèrent même l'Assistante d'avoir menti.

Celle-ci en fut très blessée et crut que le Coq et la Poulette laveraient son honneur en confirmant la rumeur qu'elle avait contribué à répandre. Mais, une fois encore, il n'en fut rien. La Poulette et le Coq démentirent tous deux avoir une liaison - le Coq avait expliqué à sa jeune maîtresse que c'était indispensable pour sa réputation et elle l'avait naturellement accepté. L'Assistante et le Canard durent quitter la basse-cour, sous les huées des Poules persuadées que leur Coq adoré disait la vérité et qu'un jour, il finirait par s'éprendre de l'une d'elles. D'autres animaux, plus méfiants, commencèrent à poser un regard suspicieux sur le Coq et à remettre en question son rôle dominant au sein de la basse-cour. Lui se braqua, se drapa dans sa dignité et son autorité au lieu de chercher à se défendre honnêtement et se fit de plus en plus d'ennemis, notamment parmi ceux qui trouvaient qu'il avait un ascendant excessif sur les Poules.

Quelques semaines passèrent encore et, tout en continuant à voir sa Poulette en cachette, le Coq fit croire à plusieurs Poules qu'il tombait ou pourrait tomber amoureux d'elles, ce qui lui assura leur soutien définitif au milieu des troubles de la basse-cour. Cependant, cela ne suffit point à lui conserver son autorité sur les autres animaux ; la fronde se fit de plus en plus violente, le Coq abandonna sa Poulette à la hargne des autres animaux et finit par partir pour toujours sans avoir reconnu ses torts et en convainquant les Poules sur lesquelles il avait tant d'influence qu'il était une victime, un martyr innocent sacrifié à l'orgueil d'une poignée de révoltés.

A suivre.