Mon ex-plus belle histoire d'amour, 1/3
dimanche 2 mars 2008, par Ménille Avénale, dans la catégorie Dear diary -# 269 - Fil RSS
J'ai du mal à croire que je m'apprête à écrire ce que je vais écrire. C'est une histoire ancienne, vieille de dix ans - vieille de treize ans, à vrai dire, mais finie depuis dix ans seulement, et cicatrisée depuis moins longtemps que cela. Je ne sais pas d'où me vient ce besoin, ces derniers temps, de replonger ainsi dans mon passé amoureux, et surtout dans ses heures les plus noires. C'est peut-être le bonheur, le fait de pouvoir comparer tout cela avec ce que je vis maintenant - ou alors, au contraire, une sorte de résurgence d'inaptitude au bonheur, le besoin de remuer ce qui est sombre et douloureux quand on n'a plus rien de sombre ni de douloureux à vivre en direct.
Quoi qu'il en soit, mon ex-plus belle histoire d'amour n'est en réalité pas faite uniquement de chagrin et de malheur. Comme son nom l'indique, ce fut vraiment une belle histoire. En fait, ce fut davantage une belle chose qu'une histoire à proprement parler, si l'on considère que tout ce que je vais raconter repose essentiellement sur du vent et sur les seuls battements de mon petit coeur d'adolescente complexée. Mais c'était si beau - et, vu la manière dont ça se termine, ce sera toujours et éternellement si beau - que je ne peux pas y repenser sans émotion. (For the record : J'aime Fiancé. Je veux dire, vraiment, profondément. Je n'ai pas de regrets, pas de "et si ça s'était passé autrement"... Mais c'est une étape de ma vie sentimentale si importante, si fondatrice, qu'il serait hypocrite de ma part d'en parler avec détachement.)
J'étais en troisième. Lui aussi, d'ailleurs, mais pour la seconde année. Je le connaissais de vue, d'un peu loin, et au début de l'année, j'avais appris son nom par hasard. Bien sûr, je le trouvais beau - qui n'en aurait pas fait autant ? Il était assez grand, il avait un visage d'ange, sa voix avait mué harmonieusement (à l'époque, ça comptait) et il était ouvert, chaleureux, sociable. Un rien mal dégrossi, peut-être. Sensible aux blagues lourdes, ce genre de chose. (Comme 95% des garçons qui m'entouraient alors. Rien de rédhibitoire.)
C'est au collège que j'avais commencé à le croiser, mais c'est hors du collège, à l'occasion d'une activité extra-scolaire où nous nous sommes trouvés réunis par hasard, que j'ai vraiment fait sa connaissance. Pendant plusieurs mois, nous ne nous sommes pas parlé du tout. Je pensais qu'il ne me voyait même pas. Je me considérais comme atrocement laide, comme mal fagotée, mal mise en valeur, et j'étais si timide, si complexée que d'une certaine manière, j'en ai conscience, mon attitude même ne devait pas m'embellir. Cette année-là, pourtant, un changement s'opérait ; mon corps commençait à se développer, j'ai davantage pris soin de mon apparence, j'ai gagné en confiance en moi. Un petit peu. Trop peu, cependant, pour croire que malgré ce début de transformation, qui devait pourtant être visible (les photos de l'époque en témoignent), il puisse poser les yeux sur moi sans les détourner aussitôt.
Et pourtant, c'est ce qui se produisit. La première fois que nous nous sommes parlé (grâce à l'entremise d'une amie commune), je me suis rendu compte qu'il savait exactement qui j'étais et qu'il avait lui aussi attendu l'occasion de faire ma connaissance. J'étais flattée et heureuse - je suis rentrée chez moi sur un petit nuage - mais je ne pensais évidemment pas qu'il y avait là-derrière quoi que ce soit de plus que sa gentillesse naturelle. Je me disais que nous allions peut-être devenir copains, rien de plus. Et petit à petit, nous sommes devenus copains. Et rien de plus.
Mais vraiment copains.
Il semblait toujours heureux de me voir, de me croiser, où que ce soit, de me faire la bise même en plein collège, en plein couloir, devant toutes ces filles de sa classe qui étaient forcément folles de lui - puisque moi je l'étais, comment pouvaient-elles ne pas l'être ?... -, devant tous ces gens qui voyaient encore en moi la chrysalide, pas le papillon, et qui comprenaient mal comment l'un des plus beaux garçons de l'établissement pouvait accepter de se pencher vers moi, souriant, et d'entrer en contact physique avec ma modeste personne. (A cette époque, j'avais un carnet secret dans lequel je notais toutes mes rencontres avec lui. Je comptais le nombre de fois où l'on s'était fait la bise et je consignais aussi la date, le lieu, les circonstances et si un dialogue s'ensuivait ou si on s'était juste croisés. Je sais. J'étais mordue.)
L'année scolaire se termina et nous entrâmes dans des lycées différents, mais nous partagions toujours la même activité extra-scolaire hebdomadaire et comme nous y étions tous deux très assidus (pour ma part, c'était essentiellement dû au fait que je pensais ne plus le rencontrer que là désormais), nous nous voyions encore beaucoup. Dans les premières semaines de la seconde, je me rendis compte que nos emplois du temps respectifs nous permettaient finalement de nous croiser assez souvent à divers endroits de la ville. Ces brèves rencontres rythmaient littéralement ma vie ; je les attendais, les appréhendais et souffrais le martyre quand nous en rations une. Mais nous avions autant de contacts amicaux que possible dans de telles circonstances - et à l'époque, pas de téléphones portables pour s'envoyer des sms rigolos ou se téléphoner sans que cela paraisse aussitôt une affaire de la plus haute importance, hein.
Un jour, après la séance de peu-importe-quoi à laquelle nous avions assisté tous les deux comme chaque semaine depuis plus d'un an, il me suivit en ville, où j'avais des courses à faire. D'abord, il était accompagné d'un copain à lui. Ce n'était pas la première fois que ça arrivait. Puis - et c'est là que commence l'inédit, l'inouï - il laissa partir son copain et resta avec moi. Seul. Avec moi seule. (Et je n'avais que quinze ans alors et ne connaissais pas grand-chose à la psychologie masculine, mais je sais aujourd'hui combien j'ai été aveugle et stupide, car je persistais à croire qu'il était le beau garçon inaccessible mais gentil et moi, la petite mocheté qui avait déjà beaucoup de chance de lui être ne serait-ce que sympathique, et que jamais, jamais il ne pourrait rien se passer entre nous.) Et les heures s'écoulèrent, et nous n'arrivions pas à nous dire au revoir. Alors nous entrions dans un magasin, puis dans un autre, puis dans un autre, puis il fit plus sombre et je lui dis que je devais rentrer chez moi. Et il me dit : "Je te raccompagne".
Et il me raccompagna.
J'aurais voulu que tout le lycée voie cela.
Vous ne vous rendez pas compte de ce que ça représente, croyez-moi. Vous lisez ce post et vous vous dites mon Dieu, c'est d'un banal à crever, cette histoire... toutes les adolescentes connaissent cela au moins une fois dans leur vie... Mais je pensais qu'AUCUN garçon ne s'intéresserait jamais VRAIMENT à moi. Aucun. Je pensais qu'AUCUN ne s'afficherait jamais avec moi comme ils s'affichaient tous avec leurs greluches de petites copines (connasses), et que ceux avec lesquels j'étais(brièvement) sortie étaient en fait encore plus nuls que moi, seule solution envisageable pour expliquer qu'ils aient bien voulu de moi. J'y croyais dur comme fer. Et il était exactement tout ce que, dans mon esprit, je n'aurais jamais : la beauté, la bonté et la classe. Et j'étais folle de lui. Folle de lui.
Et devant chez moi, je lui ai proposé d'entrer cinq minutes. Et il a dit oui. Et je l'ai présenté à mon père, et nous sommes restés une heure et demie dans ma chambre à écouter des disques. Et quand il est reparti, il a croisé ma mère qui venait de rentrer et l'a saluée avec une politesse si exquise... Et ensuite, toute la soirée, mes parents m'ont regardée d'un air attendri, du genre "Notre petite fille est devenue grande et voilà qu'un charmant jeune garçon lui fait la cour maintenant"... (Et mon frère m'a regardée d'un air suspicieux, du genre " 'Tain s'il te touche, même seulement dans ses rêves, j'te préviens t'aouar sa gueule à la récré, lui"...)
Et rien que d'écrire tout cela, je me souviens des sentiments et du frisson sincère et douloureux que j'éprouvais alors. D'une pureté ! Pas de désir sexuel, je n'en étais pas là, je m'en foutais, je n'y songeais même pas. Et je me rends compte de tout ce que je n'ai pas voulu voir, ce garçon qui est venu chez moi, sans orgueil mal placé, sans méfiance excessive, sans lâcheté, qui est venu et qui a passé une heure et demie avec moi et a dit bonsoir à mes parents pour mes beaux yeux, uniquement. Et là, tout de suite, je me fous d'être ridicule à force d'émotion, ou de l'avoir été, ou de devoir l'être encore chaque fois que j'y repenserai. C'était juste beau.
Et alors bien sûr, ce n'est pas fini.
Quoi qu'il en soit, mon ex-plus belle histoire d'amour n'est en réalité pas faite uniquement de chagrin et de malheur. Comme son nom l'indique, ce fut vraiment une belle histoire. En fait, ce fut davantage une belle chose qu'une histoire à proprement parler, si l'on considère que tout ce que je vais raconter repose essentiellement sur du vent et sur les seuls battements de mon petit coeur d'adolescente complexée. Mais c'était si beau - et, vu la manière dont ça se termine, ce sera toujours et éternellement si beau - que je ne peux pas y repenser sans émotion. (For the record : J'aime Fiancé. Je veux dire, vraiment, profondément. Je n'ai pas de regrets, pas de "et si ça s'était passé autrement"... Mais c'est une étape de ma vie sentimentale si importante, si fondatrice, qu'il serait hypocrite de ma part d'en parler avec détachement.)
J'étais en troisième. Lui aussi, d'ailleurs, mais pour la seconde année. Je le connaissais de vue, d'un peu loin, et au début de l'année, j'avais appris son nom par hasard. Bien sûr, je le trouvais beau - qui n'en aurait pas fait autant ? Il était assez grand, il avait un visage d'ange, sa voix avait mué harmonieusement (à l'époque, ça comptait) et il était ouvert, chaleureux, sociable. Un rien mal dégrossi, peut-être. Sensible aux blagues lourdes, ce genre de chose. (Comme 95% des garçons qui m'entouraient alors. Rien de rédhibitoire.)
C'est au collège que j'avais commencé à le croiser, mais c'est hors du collège, à l'occasion d'une activité extra-scolaire où nous nous sommes trouvés réunis par hasard, que j'ai vraiment fait sa connaissance. Pendant plusieurs mois, nous ne nous sommes pas parlé du tout. Je pensais qu'il ne me voyait même pas. Je me considérais comme atrocement laide, comme mal fagotée, mal mise en valeur, et j'étais si timide, si complexée que d'une certaine manière, j'en ai conscience, mon attitude même ne devait pas m'embellir. Cette année-là, pourtant, un changement s'opérait ; mon corps commençait à se développer, j'ai davantage pris soin de mon apparence, j'ai gagné en confiance en moi. Un petit peu. Trop peu, cependant, pour croire que malgré ce début de transformation, qui devait pourtant être visible (les photos de l'époque en témoignent), il puisse poser les yeux sur moi sans les détourner aussitôt.
Et pourtant, c'est ce qui se produisit. La première fois que nous nous sommes parlé (grâce à l'entremise d'une amie commune), je me suis rendu compte qu'il savait exactement qui j'étais et qu'il avait lui aussi attendu l'occasion de faire ma connaissance. J'étais flattée et heureuse - je suis rentrée chez moi sur un petit nuage - mais je ne pensais évidemment pas qu'il y avait là-derrière quoi que ce soit de plus que sa gentillesse naturelle. Je me disais que nous allions peut-être devenir copains, rien de plus. Et petit à petit, nous sommes devenus copains. Et rien de plus.
Mais vraiment copains.
Il semblait toujours heureux de me voir, de me croiser, où que ce soit, de me faire la bise même en plein collège, en plein couloir, devant toutes ces filles de sa classe qui étaient forcément folles de lui - puisque moi je l'étais, comment pouvaient-elles ne pas l'être ?... -, devant tous ces gens qui voyaient encore en moi la chrysalide, pas le papillon, et qui comprenaient mal comment l'un des plus beaux garçons de l'établissement pouvait accepter de se pencher vers moi, souriant, et d'entrer en contact physique avec ma modeste personne. (A cette époque, j'avais un carnet secret dans lequel je notais toutes mes rencontres avec lui. Je comptais le nombre de fois où l'on s'était fait la bise et je consignais aussi la date, le lieu, les circonstances et si un dialogue s'ensuivait ou si on s'était juste croisés. Je sais. J'étais mordue.)
L'année scolaire se termina et nous entrâmes dans des lycées différents, mais nous partagions toujours la même activité extra-scolaire hebdomadaire et comme nous y étions tous deux très assidus (pour ma part, c'était essentiellement dû au fait que je pensais ne plus le rencontrer que là désormais), nous nous voyions encore beaucoup. Dans les premières semaines de la seconde, je me rendis compte que nos emplois du temps respectifs nous permettaient finalement de nous croiser assez souvent à divers endroits de la ville. Ces brèves rencontres rythmaient littéralement ma vie ; je les attendais, les appréhendais et souffrais le martyre quand nous en rations une. Mais nous avions autant de contacts amicaux que possible dans de telles circonstances - et à l'époque, pas de téléphones portables pour s'envoyer des sms rigolos ou se téléphoner sans que cela paraisse aussitôt une affaire de la plus haute importance, hein.
Un jour, après la séance de peu-importe-quoi à laquelle nous avions assisté tous les deux comme chaque semaine depuis plus d'un an, il me suivit en ville, où j'avais des courses à faire. D'abord, il était accompagné d'un copain à lui. Ce n'était pas la première fois que ça arrivait. Puis - et c'est là que commence l'inédit, l'inouï - il laissa partir son copain et resta avec moi. Seul. Avec moi seule. (Et je n'avais que quinze ans alors et ne connaissais pas grand-chose à la psychologie masculine, mais je sais aujourd'hui combien j'ai été aveugle et stupide, car je persistais à croire qu'il était le beau garçon inaccessible mais gentil et moi, la petite mocheté qui avait déjà beaucoup de chance de lui être ne serait-ce que sympathique, et que jamais, jamais il ne pourrait rien se passer entre nous.) Et les heures s'écoulèrent, et nous n'arrivions pas à nous dire au revoir. Alors nous entrions dans un magasin, puis dans un autre, puis dans un autre, puis il fit plus sombre et je lui dis que je devais rentrer chez moi. Et il me dit : "Je te raccompagne".
Et il me raccompagna.
J'aurais voulu que tout le lycée voie cela.
Vous ne vous rendez pas compte de ce que ça représente, croyez-moi. Vous lisez ce post et vous vous dites mon Dieu, c'est d'un banal à crever, cette histoire... toutes les adolescentes connaissent cela au moins une fois dans leur vie... Mais je pensais qu'AUCUN garçon ne s'intéresserait jamais VRAIMENT à moi. Aucun. Je pensais qu'AUCUN ne s'afficherait jamais avec moi comme ils s'affichaient tous avec leurs greluches de petites copines (connasses), et que ceux avec lesquels j'étais(brièvement) sortie étaient en fait encore plus nuls que moi, seule solution envisageable pour expliquer qu'ils aient bien voulu de moi. J'y croyais dur comme fer. Et il était exactement tout ce que, dans mon esprit, je n'aurais jamais : la beauté, la bonté et la classe. Et j'étais folle de lui. Folle de lui.
Et devant chez moi, je lui ai proposé d'entrer cinq minutes. Et il a dit oui. Et je l'ai présenté à mon père, et nous sommes restés une heure et demie dans ma chambre à écouter des disques. Et quand il est reparti, il a croisé ma mère qui venait de rentrer et l'a saluée avec une politesse si exquise... Et ensuite, toute la soirée, mes parents m'ont regardée d'un air attendri, du genre "Notre petite fille est devenue grande et voilà qu'un charmant jeune garçon lui fait la cour maintenant"... (Et mon frère m'a regardée d'un air suspicieux, du genre " 'Tain s'il te touche, même seulement dans ses rêves, j'te préviens t'aouar sa gueule à la récré, lui"...)
Et rien que d'écrire tout cela, je me souviens des sentiments et du frisson sincère et douloureux que j'éprouvais alors. D'une pureté ! Pas de désir sexuel, je n'en étais pas là, je m'en foutais, je n'y songeais même pas. Et je me rends compte de tout ce que je n'ai pas voulu voir, ce garçon qui est venu chez moi, sans orgueil mal placé, sans méfiance excessive, sans lâcheté, qui est venu et qui a passé une heure et demie avec moi et a dit bonsoir à mes parents pour mes beaux yeux, uniquement. Et là, tout de suite, je me fous d'être ridicule à force d'émotion, ou de l'avoir été, ou de devoir l'être encore chaque fois que j'y repenserai. C'était juste beau.
Et alors bien sûr, ce n'est pas fini.


Commentaires
#1 - Le dimanche 2 mars 2008 à 18:48, par fabien
#2 - Le dimanche 2 mars 2008 à 21:42, par Claire
#3 - Le dimanche 2 mars 2008 à 23:02, par Krazy Kitty
#4 - Le lundi 3 mars 2008 à 09:00, par Deanna
#5 - Le lundi 3 mars 2008 à 14:07, par Nina
#6 - Le lundi 3 mars 2008 à 19:42, par Ménille Avénale
#7 - Le lundi 3 mars 2008 à 21:11, par Krazy Kitty
#8 - Le mardi 4 mars 2008 à 18:12, par Sonia, MISS BLOG 2008
#9 - Le mardi 4 mars 2008 à 21:11, par fabien
#10 - Le mercredi 5 mars 2008 à 18:57, par Sonia, MISS BLOG 2008
#11 - Le mercredi 5 mars 2008 à 19:59, par Ménille Avénale
#12 - Le mercredi 5 mars 2008 à 22:57, par fabien
#13 - Le vendredi 7 mars 2008 à 12:36, par muji monsterz
#14 - Le vendredi 7 mars 2008 à 22:03, par Ménille Avénale
#15 - Le samedi 8 mars 2008 à 00:50, par fabien
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