Ménille Avénale

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Hello, Mr Lincoln !

le lundi 31 mars 2008

Ca va être brièvissime : alors oui, je sais, je suis pour ainsi dire, euh, absente du Net mais tout va bien ! Seulement, mon blog est littéralement assailli par les spams, c'est une horreur. Quelqu'un aurait-il une solution, au fait ?... (Je veux dire, à part les antispams pourris de DotClear 1 qui ne servent à rien du tout.) En ce moment, je n'écris pas grand-chose pour ici et je n'ai pas non plus trop le temps de répondre aux commentaires, mais je les lis et puis les posts finiront bien par revenir aussi. Alors stay tuned et bisous, les loulous.

Je déteste la Nouvelle Star

le lundi 24 mars 2008

Mercredi dernier, j'ai regardé cette foutue émission alors que je n'ai de coup de coeur pour aucun candidat cette année* et pas du tout envie de me mettre à la colle avec ce programme jusqu'à fin juin comme l'an dernier. Mais laissons de côté ce mouvement masochiste et destructeur typique de ma personnalité et voyons plutôt les choses en face :

la Nouvelle Star est une émission hyper-stressante et très, très angoissante.

C'est horrible. Pendant les épreuves du Trianon, le téléspectateur subit de plein fouet les appréhensions des candidats, vit leur vie de chanteurs stressés presque deux heures durant, prend les tensions intra-jury droit dans la tronche (au fait, quelqu'un pourrait-il demander à Philippe Manoeuvre de cesser de s'énerver et de faire semblant de vouloir tout casser dès qu'une délibération dure un peu trop longtemps à son goût ? C'est pénible, à la fin, et on a envie de lui dire que s'il ne se sentait pas d'être juré, il n'avait qu'à décliner la proposition, le pépère), ressent les coups de blues, les coups de tête, les coups de gueule comme s'il y était, manque de craquer et de s'effondrer comme eux, et tout cela, sans même avoir la compensation du direct, du show, du grand (?) spectacle, du divertissement à l'ancienne comme ce sera le cas quand tout ce petit monde aura investi Baltard.

Ah non, je vous assure, ça vous fait des soirées à peine vivables.

La nuit qui a suivi, j'ai dormi cinq heures, incapable que j'étais de trouver le sommeil avec le coeur qui battait à tout rompre et les visages défaits de ces pauvres petits loups devant les yeux. Les termes "catastrophe", "hécatombe", "je me suis plantée", "j'ai craqué" me hantaient jusqu'à l'étourdissement. Et le teaser de la semaine prochaine m'a glacé le sang : après la fin de la dernière épreuve du Trianon, les jurés recevront les cinquante derniers candidats un par un, à Baltard, pour leur annoncer si oui ou non, ils vont monter sur la scène du direct. Le décor de ces petits entretiens privilégiés sera des plus dépouillés : au milieu des structures métalliques du pavillon, deux fauteuils blancs hyper carrés, pas du tout mous ni confortables, placés à peu près face à face, dans la lumière bleue qui, dans ce genre d'émission, signifie qu'attention, l'heure est grave et le verdict approche.

J'en frissonne d'avance. Hors de question que je regarde cela en semaine, je risque de m'évanouir. A la limite, je visionnerai la rediff du vendredi soir sur W9 après avoir consulté sur Internet la liste des candidats retenus, de manière à aborder le tout avec la sérénité de celle qui sait déjà et à ne pas avoir l'impression, cinquante fois de suite, d'être moi-même la candidate coincée sur le fauteuil et qui ne sent plus ses jambes. Oui, je vais faire ça. Ce sera bien.

* Ok, ok, ce n'est pas tout à fait vrai. J'aime bien le Julien aux yeux clairs qui a chanté Halleluiah au casting, et aussi Cédric le marin, avec ses polos classious et son air de venir tout droit de sa dernière partie de golf, et Ycare, même s'il est moins drôle qu'il ne semble lepenser. Du côté des filles, j'aime évidemment Amandine, la blonde à la voix rauque qui avait chanté Knocking on heaven's door, et Sian, qui a une voix et une allure magnifiques mais qui commence à me saouler à mettre des "ba ba dou wap wap dou wap" partout, et Martje, la belle Hollandaise qui déchire tout dès qu'elle ouvre la bouche, et bien sûr Violaine, qui porte des béquilles et paraît si fragile jusqu'à ce qu'elle commence à chanter. Et je ne PEUX PAS encadrer Jules, le mini-alien de dix-sept balais qui se prend pour un rockeur (mais quelle idée bizarre !... qui lui a mis cela dans la tête ?) et dont j'espère qu'il va dégager vite fait, bien fait. Mais à part cela, je n'ai de coup de coeur pour aucun candidat.

Well, I will give them more

le mercredi 19 mars 2008

Attention, tout le monde s'en fout.

Parce que 1. c'est tout de même très moyennement intéressant (ce sont uniquement des renseignements sur ma petite personne), et 2. comme ça fait environ trois cents ans que ce questionnaire tourne, personne n'en goûte plus la fraîcheur et quand on tombe sur un blog qui y a répondu, la réaction est plutôt "oh non, encore" que "waow ! qu'est-ce que c'est que ce truc génial".

Mais bon. Lisbeï m'a taguée et j'aime trop Lisbeï (et les bonnes manières) pour dire non. Et puis j'ai envie d'y répondre, à ce questionnaire, moi aussi. Merde.

(Et la raison pour laquelle j'ai mis autant de temps à rédiger ce post après avoir été taguée, la voici : j'ai eu du mal à trouver six réponses. A chaque fois que l'une d'elles me venait en tête, je me dépêchais de la noter, mais tout n'est pas venu en une fois.)

(On est d'une indulgence avec soi-même... Bref.)


Alors donc, il y a des règles :

1-Mettre le(s) lien(s) de la/les personnes qui vous taguent check !
2-Mettre le règlement sur votre blog check !
3-Mentionner six choses/habitudes/tics (non) importants sur vous même ok, on va faire ce qu'il faut
4-Taguer six personnes à la fin de votre billet en mettant leurs liens non, désolée, je ne ferai pas ça, je ne le fais jamais, les gens se servent directement sur l'étal
5-Avertir directement sur leurs blogs les personnes taguées mais t'es bouché ou quoi ? t'as pas compris que je ne le ferais pas ?

Et maintenant, LES REPONSES.

1. (Attention, c'est très très passionnant) Quand je vais sur le Net, je consulte toujours les pages dans le même ordre. Ce n'est pas un ordre préétabli ni réfléchi ; c'est juste une habitude qui m'est venue comme ça. Ma page d'accueil, c'est Netvibes. J'arrive, je me connecte, et là, ça commence : d'abord, ma messagerie perso, puis mon Facebook perso, mon blog (uniquement les pages d'administration pour lire les nouveaux commentaires), ma messagerie de blogueuse, le forum du CCS, LadiesRoom, mon Facebook de blogueuse, Twitter, les fils des commentaires que j'ai laissés sur les posts d'autres blogs, mes blogs favoris. Je ne consulte pas tout cela tous les jours, mais quand je vais tout voir, c'est dans cet ordre. Et une fois que j'ai fait le tour, je reviens éventuellement en arrière, je m'attarde à un endroit ou à un autre, etc. Je ne consulte pas très souvent les pages d'actualité, j'écoute la radio matin et soir et éprouve rarement le besoin de compléter l'information - sauf, bien sûr, si je cherche quelque chose de particulier.

2. J'ai besoin de boire du thé plusieurs fois dans la journée - au moins deux : une fois le matin et une fois après le repas de midi. Si je manque une de ces deux tasses, ça ne va pas. (Dans ma tête, du moins. Parce que si ça se trouve, ça va très bien en fait.) Parfois, je rajoute une tasse dans la matinée et/ou une dans l'après-midi. Au-delà de quatre tasses par jour, j'évite. Il paraît que c'est comme le café, il ne faut pas en abuser. Autre chose : après certains repas de midi riches en fer, il faut attendre une heure pour boire du thé, parce qu'il inhibe l'absorption du fer par l'organisme. Comme j'ai une légère tendance à l'anémie, je fais attention à cela. Après un steak, des épinards ou que sais-je encore, j'attends donc une heure. Et je peux vous assurer qu'elle me paraît longue. Surtout vers la fin.
(Ah oui : cette habitude n'est valable que pour les jours de boulot. Le samedi, en vacances ou autres, je ne fais pas forcément cela. Je n'y songe même pas et si je rate une de mes tasses traditionnelles, je m'en rends à peine compte. C'est vraiment très associé au travail.)

3. Pour moi, un brossage de dents doit durer trois minutes minimum, sinon, ce n'est pas un brossage de dents. Je sais, ce n'est pas moi qui ai inventé cette durée, c'est réglementaire et conseillé par les spécialistes de la santé (en tout cas en France). Du coup, je ne sais pas pourquoi, c'est devenu une mini-névrose et si je me brosse les dents moins de trois minutes, j'ai l'impression de ne l'avoir pas fait du tout. Alors j'emporte mon téléphone portable ou mon iPod à la salle de bain, histoire d'avoir un moyen de me chronométrer. L'iPod est un piège de ce point de vue : si je choisis une chanson d'environ trois minutes que j'aime particulièrement, j'ai tendance à interrompre le brossage pour chanter ou danser, et tout est à refaire.

4. Quand j'ai pris des photos avec mon appareil numérique et que je les transfère sur mon ordinateur, j'en profite toujours pour les stocker également en ligne sur un serveur gratuit (et surtout pas sur Facebook, malheureux !). Cette habitude vient du jour où, voulant restaurer le système de mon ordinateur, je me suis trompée dans mes sauvegardes et ai perdu plusieurs très beaux albums auxquels je tenais beaucoup. Je m'en suis tellement voulu et j'en ai été si triste que depuis, je ne me sens en sécurité, niveau photos, que si elles sont aussi en ligne, bien à l'abri. Et de temps en temps, trois ou quatre fois par an peut-être, je vérifie que mes albums en ligne sont à jour en recomptant le nombre de photos de chacun.

5. Je respecte scrupuleusement un roulement dans ma vaisselle et mes couverts pour ne pas toujours utiliser les mêmes. Par exemple, quand je range des assiettes propres, je les mets systématiquement en-dessous de la pile. Même chose avec les verres, les couteaux, les fourchettes, etc. Fiancé ne comprend pas l'intérêt du truc ; quand je le lui explique, il a l'air de dire que oui, bon, d'accord, c'est le bon sens, mais enfin, ce n'est pas la fin du monde si l'on utilise toujours les deux mêmes assiettes. Lui, il ne respecte pas le roulement et je m'en rends compte à chaque fois : je retrouve sur le dessus de la pile les assiettes utilisées au repas d'avant, ce genre de choses...

6. Quand j'entends, à la télé ou à la radio, quelque chose qui provoque une vive émotion - de la surprise, de la colère, de la joie, de l'agacement... - je ne peux m'empêcher d'intervenir à voix haute, soit en faisant un simple commentaire, soit en m'adressant directement à la personne qui parle. Et ce, que je sois seule ou pas. Je sais qu'essayer d'entrer en contact avec des personnes qui ne peuvent pas t'entendre est très courant, mais je ne peux m'empêcher de me sentir un peu idiote à chaque fois.

Le monde à l'envers

le dimanche 16 mars 2008

Depuis que j'ai arrêté de fumer :

1. mes cheveux se salissent de plus en plus vite ;

2. j'ai de petits boutons sur le front alors que, depuis que j'ai changé de crème de jour il y a presque un an et demi, cela ne s'était pas reproduit ;

3. et bien entendu, j'ai pris un kilo et demi, que je me bats pour ne pas voir augmenter, mais que tous mes efforts physiques et nutritifs ne parviennent pas à éradiquer.

Heureusement qu'en compensation, je sais que je suis en train de réduire de 20% mes risques de mourir d'un cancer avant l'âge de soixante ans. Parce que sans cela, j'avoue, j'aurais tendance à me demander si cette privation vaut réellement le coup.

Mon ex-plus belle chanson d'amour

le jeudi 13 mars 2008

(Après, je vous laisse tranquilles avec cette histoire.)

Je n'ai pas voulu ajouter ceci à la fin du post concerné parce qu'il fallait que sa dernière phrase soit bien la dernière et que, d'ailleurs, cette coïncidence entre dans la catégorie Petit carnet rouge plutôt que dans n'importe quelle autre, mais je vous jure que ce qui suit est absolument vrai (comme tout le reste, d'ailleurs) :

Au moment précis où, dans le post précité, j'écrivais les mots "à la faveur d'une sorte de contorsion de son bras" (rappelez-vous, le voyage à l'étranger, les longues heures en car, toussa), la radio a commencé à diffuser "Wonderwall", d'Oasis. Qui à l'époque, avec deux ou trois autres*, était pour moi, dans mon coeur, en secret, notre morceau parce qu'on l'adorait tous les deux et qu'on avait eu l'occasion de l'écouter ensemble en le chantant, vu qu'on le connaissait par coeur, et ce, pendant ce voyage en car, très précisément. Eeeeeh ouiiiiii. C'est pas de la vraie bonne coïncidence de compétition, ça ?...

* Dont "Zombie" des Cranberries et " '74-'75", des Connells. Je vous parle d'un temps...



Et Liam, si tu m'entends, j'adore tes lunettes.

Mon ex-plus belle histoire d'amour, 3/3

le dimanche 9 mars 2008

Suite et fin du 1/3 et du 2/3. Vous l'aimez ma bluette, hein ?

Alors que nous étions en première, un après-midi, une fois de plus, nous nous sommes arrangés pour rester ensemble après la séance hebdomadaire et pour aller nous balader un peu, puis il m'a raccompagnée chez moi. A ce moment-là, bien des semaines et bien des mois avaient passé depuis mes premiers émois et j'étais entrée dans une phase étrange ; je devais considérer, je crois, que je ne l'aimais plus. D'une certaine manière, cela me faisait du bien. Je n'étais plus à fleur de peau au moindre de ses gestes, j'étais, pour le coup, nettement plus sûre de moi qu'un ou deux ans plus tôt, et cela devait se sentir parce que ce jour-là, pour la première fois depuis longtemps - il devait commencer à se lasser, le pauvre - il se montra à nouveau très empressé envers moi. Il vint donc jusqu'à ma porte et resta là un certain temps pour discuter. Et comme c'était le printemps et que j'étais (à nouveau) en jupe courte (mais avec des talons, cette fois), je me sentis libre, attirante et audacieuse (ce devait être la première fois de ma vie que j'éprouvais cette impression) et je lui dis : "Il y a quelque chose que tu devrais savoir, quand même. Au début, quand on a commencé à être amis, j'étais vraiment folle de toi".
(Avouer cela me coûta beaucoup et me fit battre le coeur très fort, mais je voulais savoir ce qu'il en était et je me croyais protégée par ce que je pensais être de l'indifférence à son égard et qui n'était en fait qu'un apaisement momentané et trompeur de mes sentiments.)
Il me regarda avec de grands yeux ronds et je me sentis si gênée que je me réfugiai - comme d'habitude - dans la froideur. Il me dit : "Eh bien, tu veux que je te dise quelque chose ?" et je répondis : "Non", durement. Je le regrettai aussitôt et comme il faisait mine de s'en aller, je me radoucis et lui demandai de me le dire.

Et il dit : "Moi aussi, tu sais".

J'aurais pu mourir de cela. J'aurais vraiment pu mourir de cela.

Mais je survécus assez longtemps pour demander : "Pourquoi n'en as-tu pas parlé plus tôt ?
- Mais parce que je croyais que je n'avais aucune chance. Comment aurais-je pu penser que tu voudrais bien sortir avec moi ?"

C'est-à-dire que pendant plus de deux ans, nous avions passé notre temps à nous aimer et à penser que c'était voué à l'échec. Chacun dans son coin. Comme des cons.

Alors, je l'ai regardé dans les yeux. Bien droit. Bien fermement. Et je me sentais fondre, mais je l'ai regardé. Et il avait le regard le plus beau et le plus puissant qu'il m'ait été donné de soutenir jusqu'à ma rencontre avec Fiancé. Et il ne plaisantait plus du tout, je ne pouvais pas en douter, je ne pouvais plus me mentir. Il était très sérieux, il me regardait et fondait pareillement, à vingt centimètres de moi à peine. Et il avait parlé de ses sentiments au passé comme moi, mais je savais à cet instant que j'avais menti en employant le passé et son regard me disait qu'il avait fait de même et que je devais comprendre son aveu au présent. Le garçon que j'aimais le plus au monde. Le seul que j'eusse jamais aimé autant, bien plus encore que je ne pouvais le mesurer à l'époque, car depuis, avec le recul, je sais combien cet amour-là était absolument pur et profond. Vraiment.

J'aurais dû lui dire : "Et maintenant ?"
J'aurais dû lui dire : "Et si c'était encore possible ?"
J'aurais dû ne rien dire, juste m'approcher de lui, imperceptiblement, donner l'impulsion et lui laisser croire que c'était lui qui se lançait et m'embrassait alors que c'était moi qui l'aurais décidé.

Je n'ai rien fait. Tout était encore possible, et je n'ai rien fait.

J'ai dit quelque chose comme "Ah bon, ok", je crois. Et puis encore deux ou trois banalités. Et je l'ai laissé partir. (Vraiment, aux deux sens du mot.)

Après cela, étrangement, nous nous sommes un peu comportés comme un vieux couple. Il y a eu un voyage à l'étranger, genre voyage scolaire - sauf que ce n'était pas scolaire mais peu importe - pendant lequel nous avons vécu une sorte de rupture. J'étais si atteinte par les complexes de la fille moche que tous les signaux désespérés qu'il a recommencé à m'envoyer avant de laisser tomber, je ne les ai pas plus vus que les précédents. (Pourtant, je n'avais plus aucune excuse. Je devais juste être profondément déformée.) Pendant les longues heures de car, nous nous sommes successivement retrouvés : assis moi devant lui (et sa main à lui passant par-dessus le dossier du siège à la faveur d'une sorte de contorsion de son bras pour tenir et caresser la mienne pendant toute la durée du film que le chauffeur diffusait), assis moi sur ses genoux à lui (et lui, posant sa tête sur mon épaule, les yeux fermés, me caressant le dos, me laissant passer mes bras autour de son cou et m'appuyer contre lui aussi, et tout le car croyant, une fois de plus, que nous sortions ensemble), etc. Mais aussi moi debout dans une file d'attente devant lui, et lui me touchant les fesses pour faire son malin devant ses copains, et moi me fâchant, soutenue par mes copines, et faisant la tête le reste de la soirée. Et enfin moi à côté de lui à une table, pour une belote, m'adressant à lui méchamment parce que la veille au soir, bourré, il était venu rouler un gros patin à une fille juste devant moi, bien ostensiblement, et que cela m'avait rendue dingue. Et lui me répondant : "Mais arrête, t'es là, tu t'énerves, tu sais même pas pourquoi tu t'énerves", et moi, sur le même ton toujours : "Mais si, je sais", et quittant la table, et lui me suivant vers ma chambre, de plus en plus suppliant : "Mais vas-y, me tourne pas le dos comme ça, oh, je suis là, regarde-moi, je suis là, parle-moi maintenant qu'on est que tous les deux, parle-moi", et moi, au bord des larmes : "Non, s'il te plaît, attention, je ferme la porte", et fermant la porte à laquelle il a frappé une ou deux fois en m'appelant doucement puis en murmurant mon prénom avant de renoncer et de s'en aller (informations prises, il a bu à nouveau ce soir-là, c'était donc la deuxième cuite de sa vie, et il s'est mis à pleurer quand ses copains l'ont ramené dans son lit).

Et malgré tout cela, lui me téléphonant, le lendemain du retour - et souvenez-vous bien qu'à l'époque, il fallait appeler sur le téléphone fixe familial et affronter les parents en se présentant et en demandant poliment Untel ou Unetelle -, et me parlant joyeusement de ce voyage qu'il jugeait le meilleur de sa vie et m'apprenant que j'étais la première participante qu'il appelait et qu'il n'allait téléphoner à tous ses précieux copains que plus tard dans la journée.

Après cela, à ses yeux, j'ai définitivement basculé dans la friend zone.

Nous avons continué à nous voir un peu et il subsistait quelque chose de tout cela, une complicité ou une gêne, je ne sais pas. Deux fois, j'ai essayé de l'entraîner à sortir avec des amis à moi : une fois à une soirée, une autre au cinéma, et les deux fois, il a accepté avec un certain enthousiasme puis s'est rétracté. Je ne sais pas s'il était timide ou s'il s'en foutait juste. La dernière fois que nous nous sommes parlé, nous nous étions rencontrés dans la rue, j'avais commencé mes études, il refaisait sa terminale et comme j'étais en voiture, je l'ai déposé en ville où il avait rendez-vous avec sa copine du moment. Quand nous nous sommes croisés sur ce trottoir, nous avons d'abord discuté et plaisanté pendant près d'une demi-heure, debout, comme ça, en pleine rue. Il se rendait à un endroit où il devait apporter des papiers importants en vue de je ne sais quoi. Au bout d'une demi-heure, donc, je lui ai dit : "Je vais te laisser, ça va fermer et tu ne pourras plus y aller". Il a regardé sa montre et répondu : "Non, j'aurais le temps mais laisse tomber, j'irai demain ou une autre fois". Et ensuite, nous avons parlé encore un quart d'heure, et c'est alors seulement que je lui ai dit que je devais rentrer et que je lui ai proposé de l'amener quelque part. Nous discutions avec une aisance incroyable, comme si cette intimité bizarre et ambiguë que nous avions construite en deux ou trois ans était encore fraîche et récente. Puis il est sorti de la voiture en souriant et en me disant "salut", et ce fut tout.

(Et plus tard, à la fac, il y avait ce professeur qui s'appelait comme lui, et à chaque fois qu'un de mes camarades le désignait par son nom de famille, j'entendais, moi, un mot magique qui avait si longtemps désigné celui que j'aimais, et je ne pouvais m'empêcher de ressentir ce petit pincement et cette légère accélération du rythme cardiaque pour laquelle je me trouvais aussitôt ridicule.)

Pendant des années, j'ai pensé que s'il revenait, s'il se montrait, s'il faisait signe, même au beau milieu d'une relation, n'importe laquelle, je laisserais tomber n'importe qui pour lui. N'importe qui. Jusqu'à il y a trois ans, je l'aurais fait, je pense.

Aujourd'hui, de son côté, il est marié. Je l'ai appris par hasard, je vous le jure. Je n'ai jamais songé à le pister ni sur Facebook, ni sur Google, ni Dieu sait où, parce que lui, c'est autre chose. Autre chose, au-dessus de tout cela. C'est à la fois mon premier amour, mon premier chagrin d'amour et mon ex-plus belle vraie histoire d'amour, malgré les non-dits et les non-faits. "Ex", bien sûr, parce que j'en ai une bien plus belle encore aujourd'hui.

Mon ex-plus belle histoire d'amour, 2/3

le mercredi 5 mars 2008

Suite du précédent, avec toujours l'émotion intacte.

A partir de ce jour-là, jusqu'à la fin de l'année de seconde puis pendant toute notre année de première et même une partie de la terminale, nous avons passé notre temps à être copains en apparence, et en apparence seulement. Parce qu'au fond, en réalité, je bouillais. J'étais amoureuse et je ne supportais pas de le voir avec d'autres. (Pendant cette période, il y en eut d'autres, pourtant. Pour lui comme pour moi. Pour moi, j'étais toujours aussi persuadée que c'étaient des nuls, et je revenais toujours à lui avec des sentiments inchangés et la preuve constamment renouvelée que personne n'arriverait jamais à sa hauteur.) Et pendant presque deux ans, il ne cessa de m'envoyer des signaux que je refusais de voir parce que je pensais qu'il n'était pas sérieux, que cela ne voulait rien dire, qu'il plaisantait avec moi parce que j'étais une bonne copine et que je devais cesser de rêver parce qu'un garçon comme lui ne pouvait pas être attiré par une fille comme moi. Et ces signaux, pourtant, étaient clairs.

- Un jour d'été, je le croisai en ville vêtue d'une robe assez courte et moulante (dans laquelle je me sentais d'ailleurs très mal à l'aise : j'ai dû la porter une ou deux fois après l'avoir achetée et ensuite, très vite, ma poitrine et mes fesses ne sont de toute façon plus rentrées dedans) et j'attribuai le regard qu'il posait sur moi à la joie du beau temps, des vacances scolaires et à la douce perspective d'assister aux festivals musicaux de la saison. Plusieurs semaines plus tard, je discutais avec une amie et lui, et fus amenée à décrire cette robe. Alors, me tournant vers lui, je lui dis : "Tu sais bien, tu la connais, cette robe, c'est celle que je portais cet été quand on s'est croisés en ville". Aussitôt, j'eus honte de montrer que je me souvenais avec tant de précision de chacune de nos rencontres (je continuais à les noter avec application). Mais il arbora un grand sourire et dit avec délectation : "Ah ouiiiiiii, je m'en souviens, de cette rooooobe... Ouh lààààà, moi je l'aimais bien, cette rooooobe... Tu devrais la mettre plus souveeeeent"...
(Et je vis un peu rouge et le traitai d'obsédé et lui tournai le dos. Et je me dis qu'il s'était bien payé ma tête, sans me rendre compte que, de fait, il se souvenait comme moi de cette rencontre et qu'il m'avait trouvée belle habillée comme ça. Et je rentrai chez moi pleine d'amertume.)

- Un après-midi, il proposa de m'emmener chez lui comme je l'avais emmené chez moi quelques semaines plus tôt, puis il se ravisa. Et comme je ne comprenais pas pourquoi, il me dit que ses parents étaient là. Je lui dis que je ne voyais pas le problème puisqu'il avait bien rencontré les miens, lui. Et il me répondit, agacé : "Mais tu ne comprends donc rien, toi". Alors je lui dis de se calmer, que ce n'était pas grave, que peut-être ses parents étaient plus sévères que les miens et que j'étais désolée d'avoir insisté... Mais il ne s'arrêtait plus, et secouant gravement la tête : "Non, je veux dire en général. Tu ne comprends rien, tu ne comprends rien, tu ne vois rien, tu ne comprends pas, je ne sais pas quoi te dire ou quoi faire pour que tu comprennes"...
(Et je me suis vexée. Oui, vexée. J'ai refusé de voir de quoi il parlait, j'ai cru ou fait semblant de croire qu'il me traitait d'idiote, j'ai tourné les talons et je suis partie en lui disant : "Ah ben d'accord, si c'est comme ça". Et derrière moi, je l'ai entendu shooter dans une poubelle [et se faire mal au pied].)

- Jour après jour, semaine après semaine, de plus en plus de gens de son lycée croyaient que l'on sortait ensemble. Puis des gens de mon lycée ont commencé à le croire également. Et je jure que jamais je n'ai dit ni laissé entendre une chose pareille à quiconque. D'ailleurs, un jour où je l'ai croisé dans la rue avec un de ses copains et où je leur ai fait la bise à tous les deux, son copain lui a dit après mon départ : "J'ai eu l'impression qu'elle allait te faire un stop, j'ai vraiment pensé que tu sortais avec elle", et il me le rapporta plus tard. Visiblement tout fier que son ami ait cru que je sortais avec lui.
(Et quand il m'a raconté cela, je lui ai dit : "Mais il est vraiment trop débile ton pote". Et je l'ai remballé assez sèchement.)
(Par ailleurs, ami jeune, si tu ne sais pas ce qu'est un stop parce que tu n'utilises plus cette délicieuse expression aujourd'hui, sache que quand j'avais ton âge, ce terme désignait un simple baiser sur les lèvres, sans la langue. La dernière étape avant la pelle, en fait.)


- Un jour, après notre séance hebdomadaire de peu-importe-quoi, je partis seule en ville acheter quelque chose. (Oui, je profitais souvent de ce moment de la semaine pour aller acquérir des disques et des livres avec mon argent de poche. Le début de l'indépendance culturelle, en fait.) Je l'avais perdu de vue en sortant de la séance et je pensais faire mon tour dans les magasins puis rentrer chez moi sans heurts. Et là, au détour d'un rayon de la Fnac, je le vois. Qui vient droit vers moi. Sans hésiter, sans faire semblant de chercher un objet quelconque ni de tomber sur moi par hasard. Il venait parce qu'il m'avait entendue dire où j'allais et qu'il avait décidé de me rejoindre. Et il me raccompagna à nouveau chez moi, mais cette fois, il n'entra pas parce que...
... parce que je ne le lui proposai pas. (Et je ne le lui proposai pas parce que je pensais qu'il dirait non et qu'il me trouverait ridicule de le lui proposer à nouveau.)

- Un soir, dans la file d'un fast-food, avec d'autres amis, il s'accouda sur mon épaule - il avait continué à grandir et me dominait de plus d'une tête - et pencha son visage en direction du mien pour mieux discuter. Je voyais de très près ses grands yeux, ses lèvres, sa peau (ses boutons aussi, mais c'était l'âge et je jure que ça ne gâchait pas sa beauté délicate), j'entendais sa voix et je sentais même le parfum de son eau de toilette comme si je m'en étais aspergée moi-même. Il me souriait et me faisait rire, accoudé ainsi et faisant un peu le pitre, et se penchait un peu plus à chaque fois que nous avancions d'un pas dans la file. Quand ce fut à nous, il enleva son coude et mit son bras autour de mes épaules en riant, si bien que je pensai qu'il plaisantait.
(Et moi, je lui fis enlever ce bras de là où il était et le repoussai un peu brutalement. Et une fois à table avec mon plateau, je m'entendis dire par une copine : "Mais il veut sortir avec toi, ma parole !" et je répondis : "Sois pas idiote, il rigole, il fait pareil avec toutes les filles". Mais je ne l'avais jamais vu faire pareil avec une autre fille. Et je fis en sorte de ne pas m'asseoir à côté de lui alors qu'il s'était débrouillé pour se rapprocher de moi, et je le laissai s'asseoir à côté d'une autre, dépité, et me briser le coeur le reste de la soirée en lui parlant et en me regardant de loin comme pour me provoquer.)

- Un autre après-midi, toujours après la séance, nous allâmes nous poser quelque part, dans un parc, près d'un muret sur lequel je me suis assise alors qu'il restait debout devant moi. Et nous sommes restés là des heures, jusqu'à ce qu'il fasse nuit. J'étais en jupe. A mi-cuisse, la jupe. Et bottines. Et il a passé son temps alternativement à se rapprocher de moi, de plus en plus près, et à s'éloigner, de moins en moins loin. Nous discutions de choses et d'autres. Nous flirtions, mais je ne m'en rendais pas compte parce que quelque part, au fond de ma tête, loin, loin, une voix me disait : ne sois pas idiote, comment veux-tu qu'il ait envie de sortir avec toi, regarde-le, regarde-toi, tu es son amie et rien de plus... Et à un moment, il a posé sa main sur ma cuisse couverte de nylon noir et l'a fait monter le plus haut possible, comme pour jouer, sur le mode du : "Et là, tu me laisses faire ? Et là ? Et là ?... Et plus haut, tu me laisses encore faire ?"... Et moi, le visage brûlant, je me suis contentée de repousser cette main chérie en haussant les épaules. Et à un moment, toujours en feignant de plaisanter, il a pris mon visage entre mes mains, s'est penché vers moi, très près, très vite, et m'a dit : "Tu m'embrasses ?" Et je me suis dégagée vers l'arrière, violemment, en répondant : "Mais arrête tes bêtises !", alors que je rêvais de ce moment depuis des mois et que j'avais passé de longues, longues heures à imaginer comment ça pourrait être. Et quelques minutes plus tard, juste avant que je ne rentre chez moi, il parlait des enfants que nous pourrions avoir ensemble un jour. Et je lui ai dit : "Ok, là tu délires, il est temps que j'y aille". Et je suis partie dans la nuit en le laissant planté là, criant mon nom une ou deux fois en me demandant de revenir.
(Et j'étais si tremblante et bouleversée que ce soir-là, je me suis violemment cogné la tête à la fenêtre de ma chambre en baissant mes volets. Mais je persistais à penser qu'il s'était moqué de moi.)

Et tant d'autres, tant et tant d'autres que j'oublie... Des signaux, des signaux et des signaux que je me suis interdit de recevoir, et auquel je m'interdisais de répondre.

Et non, ce n'est toujours pas terminé...

Mon ex-plus belle histoire d'amour, 1/3

le dimanche 2 mars 2008

J'ai du mal à croire que je m'apprête à écrire ce que je vais écrire. C'est une histoire ancienne, vieille de dix ans - vieille de treize ans, à vrai dire, mais finie depuis dix ans seulement, et cicatrisée depuis moins longtemps que cela. Je ne sais pas d'où me vient ce besoin, ces derniers temps, de replonger ainsi dans mon passé amoureux, et surtout dans ses heures les plus noires. C'est peut-être le bonheur, le fait de pouvoir comparer tout cela avec ce que je vis maintenant - ou alors, au contraire, une sorte de résurgence d'inaptitude au bonheur, le besoin de remuer ce qui est sombre et douloureux quand on n'a plus rien de sombre ni de douloureux à vivre en direct.

Quoi qu'il en soit, mon ex-plus belle histoire d'amour n'est en réalité pas faite uniquement de chagrin et de malheur. Comme son nom l'indique, ce fut vraiment une belle histoire. En fait, ce fut davantage une belle chose qu'une histoire à proprement parler, si l'on considère que tout ce que je vais raconter repose essentiellement sur du vent et sur les seuls battements de mon petit coeur d'adolescente complexée. Mais c'était si beau - et, vu la manière dont ça se termine, ce sera toujours et éternellement si beau - que je ne peux pas y repenser sans émotion. (For the record : J'aime Fiancé. Je veux dire, vraiment, profondément. Je n'ai pas de regrets, pas de "et si ça s'était passé autrement"... Mais c'est une étape de ma vie sentimentale si importante, si fondatrice, qu'il serait hypocrite de ma part d'en parler avec détachement.)

J'étais en troisième. Lui aussi, d'ailleurs, mais pour la seconde année. Je le connaissais de vue, d'un peu loin, et au début de l'année, j'avais appris son nom par hasard. Bien sûr, je le trouvais beau - qui n'en aurait pas fait autant ? Il était assez grand, il avait un visage d'ange, sa voix avait mué harmonieusement (à l'époque, ça comptait) et il était ouvert, chaleureux, sociable. Un rien mal dégrossi, peut-être. Sensible aux blagues lourdes, ce genre de chose. (Comme 95% des garçons qui m'entouraient alors. Rien de rédhibitoire.)
C'est au collège que j'avais commencé à le croiser, mais c'est hors du collège, à l'occasion d'une activité extra-scolaire où nous nous sommes trouvés réunis par hasard, que j'ai vraiment fait sa connaissance. Pendant plusieurs mois, nous ne nous sommes pas parlé du tout. Je pensais qu'il ne me voyait même pas. Je me considérais comme atrocement laide, comme mal fagotée, mal mise en valeur, et j'étais si timide, si complexée que d'une certaine manière, j'en ai conscience, mon attitude même ne devait pas m'embellir. Cette année-là, pourtant, un changement s'opérait ; mon corps commençait à se développer, j'ai davantage pris soin de mon apparence, j'ai gagné en confiance en moi. Un petit peu. Trop peu, cependant, pour croire que malgré ce début de transformation, qui devait pourtant être visible (les photos de l'époque en témoignent), il puisse poser les yeux sur moi sans les détourner aussitôt.
Et pourtant, c'est ce qui se produisit. La première fois que nous nous sommes parlé (grâce à l'entremise d'une amie commune), je me suis rendu compte qu'il savait exactement qui j'étais et qu'il avait lui aussi attendu l'occasion de faire ma connaissance. J'étais flattée et heureuse - je suis rentrée chez moi sur un petit nuage - mais je ne pensais évidemment pas qu'il y avait là-derrière quoi que ce soit de plus que sa gentillesse naturelle. Je me disais que nous allions peut-être devenir copains, rien de plus. Et petit à petit, nous sommes devenus copains. Et rien de plus.
Mais vraiment copains.
Il semblait toujours heureux de me voir, de me croiser, où que ce soit, de me faire la bise même en plein collège, en plein couloir, devant toutes ces filles de sa classe qui étaient forcément folles de lui - puisque moi je l'étais, comment pouvaient-elles ne pas l'être ?... -, devant tous ces gens qui voyaient encore en moi la chrysalide, pas le papillon, et qui comprenaient mal comment l'un des plus beaux garçons de l'établissement pouvait accepter de se pencher vers moi, souriant, et d'entrer en contact physique avec ma modeste personne. (A cette époque, j'avais un carnet secret dans lequel je notais toutes mes rencontres avec lui. Je comptais le nombre de fois où l'on s'était fait la bise et je consignais aussi la date, le lieu, les circonstances et si un dialogue s'ensuivait ou si on s'était juste croisés. Je sais. J'étais mordue.)

L'année scolaire se termina et nous entrâmes dans des lycées différents, mais nous partagions toujours la même activité extra-scolaire hebdomadaire et comme nous y étions tous deux très assidus (pour ma part, c'était essentiellement dû au fait que je pensais ne plus le rencontrer que là désormais), nous nous voyions encore beaucoup. Dans les premières semaines de la seconde, je me rendis compte que nos emplois du temps respectifs nous permettaient finalement de nous croiser assez souvent à divers endroits de la ville. Ces brèves rencontres rythmaient littéralement ma vie ; je les attendais, les appréhendais et souffrais le martyre quand nous en rations une. Mais nous avions autant de contacts amicaux que possible dans de telles circonstances - et à l'époque, pas de téléphones portables pour s'envoyer des sms rigolos ou se téléphoner sans que cela paraisse aussitôt une affaire de la plus haute importance, hein.

Un jour, après la séance de peu-importe-quoi à laquelle nous avions assisté tous les deux comme chaque semaine depuis plus d'un an, il me suivit en ville, où j'avais des courses à faire. D'abord, il était accompagné d'un copain à lui. Ce n'était pas la première fois que ça arrivait. Puis - et c'est là que commence l'inédit, l'inouï - il laissa partir son copain et resta avec moi. Seul. Avec moi seule. (Et je n'avais que quinze ans alors et ne connaissais pas grand-chose à la psychologie masculine, mais je sais aujourd'hui combien j'ai été aveugle et stupide, car je persistais à croire qu'il était le beau garçon inaccessible mais gentil et moi, la petite mocheté qui avait déjà beaucoup de chance de lui être ne serait-ce que sympathique, et que jamais, jamais il ne pourrait rien se passer entre nous.) Et les heures s'écoulèrent, et nous n'arrivions pas à nous dire au revoir. Alors nous entrions dans un magasin, puis dans un autre, puis dans un autre, puis il fit plus sombre et je lui dis que je devais rentrer chez moi. Et il me dit : "Je te raccompagne".

Et il me raccompagna.

J'aurais voulu que tout le lycée voie cela.

Vous ne vous rendez pas compte de ce que ça représente, croyez-moi. Vous lisez ce post et vous vous dites mon Dieu, c'est d'un banal à crever, cette histoire... toutes les adolescentes connaissent cela au moins une fois dans leur vie... Mais je pensais qu'AUCUN garçon ne s'intéresserait jamais VRAIMENT à moi. Aucun. Je pensais qu'AUCUN ne s'afficherait jamais avec moi comme ils s'affichaient tous avec leurs greluches de petites copines (connasses), et que ceux avec lesquels j'étais(brièvement) sortie étaient en fait encore plus nuls que moi, seule solution envisageable pour expliquer qu'ils aient bien voulu de moi. J'y croyais dur comme fer. Et il était exactement tout ce que, dans mon esprit, je n'aurais jamais : la beauté, la bonté et la classe. Et j'étais folle de lui. Folle de lui.

Et devant chez moi, je lui ai proposé d'entrer cinq minutes. Et il a dit oui. Et je l'ai présenté à mon père, et nous sommes restés une heure et demie dans ma chambre à écouter des disques. Et quand il est reparti, il a croisé ma mère qui venait de rentrer et l'a saluée avec une politesse si exquise... Et ensuite, toute la soirée, mes parents m'ont regardée d'un air attendri, du genre "Notre petite fille est devenue grande et voilà qu'un charmant jeune garçon lui fait la cour maintenant"... (Et mon frère m'a regardée d'un air suspicieux, du genre " 'Tain s'il te touche, même seulement dans ses rêves, j'te préviens t'aouar sa gueule à la récré, lui"...)

Et rien que d'écrire tout cela, je me souviens des sentiments et du frisson sincère et douloureux que j'éprouvais alors. D'une pureté ! Pas de désir sexuel, je n'en étais pas là, je m'en foutais, je n'y songeais même pas. Et je me rends compte de tout ce que je n'ai pas voulu voir, ce garçon qui est venu chez moi, sans orgueil mal placé, sans méfiance excessive, sans lâcheté, qui est venu et qui a passé une heure et demie avec moi et a dit bonsoir à mes parents pour mes beaux yeux, uniquement. Et là, tout de suite, je me fous d'être ridicule à force d'émotion, ou de l'avoir été, ou de devoir l'être encore chaque fois que j'y repenserai. C'était juste beau.

Et alors bien sûr, ce n'est pas fini.