Ménille Avénale

Aller au contenu Aller au menu Aller à la recherche

Le trou noir

le mercredi 30 janvier 2008

Oh non.

Voilà, alors je voulais répondre aux commentaires du post précédent, rédiger et poster la suite de ceci, et puis je suis tombée malade. A ne pas pouvoir quitter le lit pendant une journée entière, et à ne pas avoir la force d'allumer l'ordinateur pendant les jours suivants. Alors vous imaginez bien, j'ai du retard en tout, c'est la panique et je ne sais pas DU TOUT quand j'aurai le temps de mettre tout ça à jour.

Je fais de mon mieux, je promets !...

Allez, compensation :


J'adore cette image de Chromosome, dont le blog, semble-t-il, n'existe plus.


EDIT. Il semblerait que mon hébergeur d'images ait tout changé son système d'URL, ce qui explique que les photos de ce blog aient brusquement disparu. Géniaaaaaal. Encore un chantier en cours, et allez, vlan.

Je parle mal

le mercredi 23 janvier 2008

Ces derniers temps, je parle mal.

Un soir, par exemple, pour demander à Fiancé de me laisser tranquille, je lui ai joliment dit : "Lâche-moi le cul".

C'est féminin, hein ?

Et je n'étais même pas en colère, on était plutôt en train de se charrier un peu.

Le lendemain, au lieu de lui dire tout simplement que j'allais prendre ma douche, je lui ai dit : "Je vais me laver le cul". (Qui n'était pas particulièrement sale, pourtant.) (Je veux dire par là que l'état de cette partie de mon corps ne justifiait pas que je me focalise tout spécialement sur elle.)

Vous noterez certes qu'il y a une constante, mais la question que je me pose est plutôt : quel message essayé-je inconsciemment de faire passer ?

(Autre chose : l'autre jour, à table, j'ai utilisé l'expression : "ça lui a pris comme une envie de chier". A table. Mais on retrouve bien la même constante.)

**********


Et pendant ce temps, à Vera Cruz, Heath Ledger est mort et les Palestiniens de Gaza se ruent en Egypte pour se nourrir (je vous laisse deviner laquelle de ces deux infos j'ai le plus lue dans les blogs et les forums ce matin). Mais où va le monde ?

**********



Tain elle chuis trop sûre qu'elle parle grave mal sa race. Photo : Avivi.

Le fond de teint (liquide) et moi : second divorce, 1/2

le dimanche 20 janvier 2008

Aujourd'hui, je vais vous raconter un peu ma vie de jeune fille à peine sortie du couvent, d'abord parce que c'est en soi passionnant et ensuite parce que j'adore parler de moi, mais surtout parce que cela faisait longtemps que je n'avais pas sacrifié sur l'autel féminin du Grand Make-Up une victime susceptible de rendre service à mes comparses.

J'ai commencé à porter du fond de teint vers l'âge de dix-neuf ans. Auparavant, à l'adolescence, j'utilisais une crème teintée achetée en pharmacie, genre Caudalie, Avène ou une marque du même tonneau, et c'est vrai qu'elle était extra, cette crème ; elle soignait les boutons tout en unifiant subtilement le teint, de manière à la fois efficace et invisible. Mais à dix-neuf ans, j'ai pensé que ce genre de gadget pour minettes à peine pubères n'était plus assez sérieux pour moi et qu'il me fallait entrer de plain-pied dans le monde de la Cosmétique, la Vraie.

Mon premier fond de teint me fut offert par ma mère (heureusement, contrairement à la crème de jour, j'étais allée le choisir avec elle et une vendeuse nous avait conseillées) et il était de la marque Clinique. Pendant des années, j'ai considéré que c'était le meilleur fond de teint du monde, et je pense aujourd'hui encore, malgré son prix, qu'il s'agit effectivement d'un des meilleurs fonds de teint liquides disponibles sur le marché - avec, bien entendu, certains produits du Body Shop. La couleur sélectionnée avec l'aide de la vendeuse correspondait parfaitement à celle de ma carnation délicate, il s'appliquait aisément, il couvrait la peau sans l'étouffer, il ne la desséchait pas ni ne la faisait luire, et quelques années plus tard, on m'a offert une poudre compacte coordonnée de la même marque, à laquelle je suis également restée fidèle un certain temps.

Mon fond de teint Clinique et moi avons tout de même traversé une période difficile un ou deux ans après que je l'eus acquis pour la première fois.

Il faut dire que c'est à cette époque que je contractai une obsession physique majeure qui ne me quittera, j'imagine, qu'à mon dernier souffle (d'ici là, elle ira même probablement en s'aggravant) : mes cernes. Mes cernes sont grands, légèrement creusés, très colorés et, ô miracle de la nature naturante, ils ne s'effacent jamais, même après une série de nuits de dix heures ou un séjour d'une semaine en montagne à l'air pur. Or, vous savez probablement - si vous l'ignorez, c'est que vous n'avez pas vraiment de cernes, et dans ce cas, je préfère que l'on reste simplement amies, ne m'en voulez point, Samantha, mais je me sens incapable d'aller plus loin - que le fond de teint ne suffit pas à masquer les cernes. Il permet de les atténuer, certes, mais pas de les couvrir aussi efficacement que cet autre produit merveilleux, jailli de cerveaux que nous aurions sans doute intérêt à honorer comme les plus brillants de ce monde : l'anticerne.

Or donc, peu de temps après m'être attachée à Clinique, j'achetai par correspondance, au Club des Créateurs de Beauté, un anticerne Agnès B., le premier d'une longue liste dont rien ne prouve, à l'heure actuelle, qu'elle soit bouclée, mais n'anticipons pas. Le jour où je le reçus et l'essayai enfin, je tombai sous le charme de cet outil divin et jugeai que maintenant que je savais masquer mes cernes, je n'avais plus besoin de fond de teint.

Pendant un an ou deux peut-être, je me maquillai donc exclusivement à l'anticerne. J'étais ravie : ça allait vite le matin, je ne m'en mettais pas plein les doigts, je ne tachais pas mes cols de chemise, et surtout, j'avais une impression d'indépendance assez délicieuse, sur le mode Oh, moi, une touche d'anticerne et pouf, ça y est, je suis maquillée. Inutile de dire que tout cela me convenait très bien. Ce fut donc mon premier divorce avec le fond de teint (liquide).

Il va de soi que c'était une erreur colossale, mais que voulez-vous : j'avais vingt ans, ma peau était fraîche et peu marquée même quand je dormais mal (à part bien sûr ces horribles cernes), les dégâts visuels n'étaient sans doute pas à la hauteur de ce que ça donnerait aujourd'hui si je m'y risquais, et puis enfin, quelques années sans fond de teint, ça ne peut pas faire de mal à l'épiderme. Non, l'erreur colossale tient plutôt à la violation de toutes les règles de la Cosmétique la Vraie dans laquelle j'avais cru faire une entrée fracassante quelque temps plus tôt. La vérité, c'est qu'à vingt ans, je n'étais encore qu'une novice du make up - et pourtant, j'emballais sacrément du côté de la gent masculine, comme quoi, il n'y a pas forcément de rapport.

Après ce premier divorce sont venus mes vingt-et-un puis mes vingt-deux ans, et c'est là que j'ai vraiment commencé à grandir maquillagement parlant (quand je songe que je me peignais quotidiennement la gueule depuis la classe de terminale, ça me laisse pantoise : je ne suis définitivement pas très rapide à la détente). J'ai pris l'habitude d'appliquer du fond de teint plus de l'anticerne plus de la poudre et constaté que, ce faisant, j'étais gagnante sur tous les fronts (sans jeu de mots) (du reste, comme tout le monde, je n'ai qu'un front) : moins de cernes, un teint plus éclatant et plus uni, un grain de peau soigné, j'avais tout bon. Le blush n'est venu que plus tard (à vingt-quatre ans environ) et il n'est sans doute pas inutile de préciser que l'accumulation de couches de produit sur mon visage allait de pair avec l'augmentation du nombre de cigarettes fumées chaque jour ; elles ne faisaient sans doute pas un grand bien à ma peau et j'essayais manifestement de compenser leurs (petits) dégâts par des artifices cosmétiques que je commençais enfin à bien maîtriser.

L'histoire de mon teint est donc à peu près celle-là. Après la rupture de mes dix-neuf ou vingt ans et le rabibochage de mes vingt-et-un, je suis restée jusqu'à l'an dernier, soit pendant cinq longues années, fidèle à mes produits et à mes rituels quotidiens de maquillage. Je n'ai jamais touché au fond de teint compact ; ce produit étrange, synonyme pour moi de rudesse et de manque de raffinement, qui doit en plus être appliqué avec une éponge, instrument que j'abhorre parce que je ne sais pas du tout m'en servir, n'a franchi le seuil de ma salle de bains qu'une fois, sous forme d'échantillon, et ce fut pour en ressortir peu après les pied devant, si vous voyez ce que je veux dire. J'étais donc indécrottablement attachée au fond de teint liquide.

Jusqu'au jour où...

A suivre dans le post suivant.

La bonne planque

le lundi 14 janvier 2008

Alors oui, d'accord, Nicolas Sarkozy et Carla Bruni se seraient mariés la semaine dernière, mais ce n'est pas de cela que je vais vous entretenir ce soir. Non : j'ai quelque chose de bien plus passionnant à raconter.

Il est 18h10 à l'horloge de mon ordinateur et il se trouve que d'ici vingt minutes, quelqu'un que je ne souhaite pas voir du tout, mais alors du tout, devrait débarquer chez moi. Et le truc dingue, les enfants, c'est que je ne compte pas lui ouvrir.

Je m'explique.

Jeudi dernier (tiens, c'est drôle : c'est le jour où l'union des deux zigotos aurait été célébrée, apparemment) (bon, j'ai dit que je n'en parlais pas), j'ai été harcelée, je répète : harcelée par une société d'information sur les risques et la protection contre les incendies, qui voulait à tout prix organiser un rendez-vous entre moi et l'un de leurs conseillers. Chez moi. Un entretien "d'une demi-heure maximum, qui ne vous engage à rien", m'a dit le bonhomme au nom incompréhensible que j'ai eu au téléphone. "Notre conseiller sera dans votre quartier demain après-midi entre midi et seize heures, et lundi prochain entre quatorze et vingt heures. Quand souhaitez-vous le rencontrer ?"

Evidemment, la question la plus judicieuse aurait été : Souhaitez-vous le rencontrer ?, mais il semble que mon interlocuteur n'y ait pas songé.

J'ai d'abord dit que vendredi, fallait pas rêver, je ne serais pas là. En revanche, pour aujourd'hui, j'ai été plus évasive ; jusqu'à vingt heures, il est vrai que ça laisse du temps... Ma vivacité d'esprit habituelle m'a empêchée de déclarer : "Pas de chance, je travaille jusqu'à vingt-deux heures trente, allez, au revoir" et de raccrocher. Ou même de déclarer : rien, et de raccrocher. A la place, j'ai dit : "Euh, ben c'est-à-dire que, en fait je, ben je sais pas, euh..." tout en pensant Mais au secours mon Dieu qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça il me fait chier et c'est la dernière fois de ma vie que je décroche le téléphone entre midi et deux, c'est toujours pour des trucs dans le genre que les gens appellent à ces heures-là. (Et c'est vrai. Méfiez-vous.)

Là-dessus, mon interlocuteur propose de me rappeler plus tard pour me laisser le temps de me décider.

Et moi, bonne conne, je dis ok.

Le soir même, vers dix-neuf heures, le téléphone sonne et bien entendu, je ne décroche pas. Cinq minutes plus tard, seconde série de sonneries : je ne décroche pas. Le lendemain, midi vingt, le téléphone sonne, je décroche et paf, je tombe dans le panneau : c'était lui, évidemment. Non seulement il n'avait pas lâché le morceau, mais en plus, il m'a surprise chez moi le vendredi à midi alors que je lui avais dit que je n'y serais pas.

Pour vous dire la ténacité du mec, en creusant un peu, je me suis aperçue qu'il souhaitait que son "conseiller" nous rencontre tous les deux, Fiancé et moi, pour que nous soyons "au même niveau d'information" puisque nous vivons en couple. Là, en principe, ça devrait être simple : Fifi n'est jamais à la maison avant vingt heures pendant la semaine. Jamais, jamais, jamais. Quand je lui ai dit cela, j'ai pensé qu'il abandonnerait, mais pas du tout : il a juste lâché un "Haha", du genre : "ben voyons, moi je suis les Beatles et mon copain c'est la Callas". (Le premier qui me dit de qui est cette phrase gagne un mini-cadeau virtuel.) (J'aurais bien dit "un cadeau", mais je me suis ravisée juste à temps.)

Bref. Toujours est-il qu'il a réussi à me coller un rendez-vous pour aujourd'hui, 18h30. Je me méfie comme la peste des gens qui viennent chez vous comme ça alors que vous ne leur avez rien demandé, surtout quand ils affirment que cela ne vous engage à rien - c'est comme ça que j'ai réussi à me faire refiler un abonnement à France Loisirs, je rappelle. Je ne sais pas contre qui je dois être le plus en colère : eux, parce que ce ne sont pas des manières de faire (ils ne peuvent pas spammer les boîtes mails comme tout le monde, non ?) ou moi, parce que je ne suis rien qu'une cruche trop gentille et incapable de dire NON (halte-là, Nicolas) ?

Mais finalement, tout cela n'est pas très grave, parce que j'ai un plan.

Je vais me planquer.

Chez moi, oui oui. Toutes lumières allumées. Je vais juste rester là et l'écouter sonner à la porte, sans répondre.

Et j'ai encore mieux : je vais vous raconter ça en direct. Pas maaaaaaaaal, hein ?... Je vous avais bien dit que je vous réservais quelque chose de passionnant. Vous allez pouvoir vivre toutes ces émotions avec moi, une par une. Mieux que 24, pas pire que Grey's Anatomy : je vous préviens, vous risquez d'être accro dès la deuxième ligne. (J'avais d'abord écrit "à la deuxième ligne", et puis "accro à la deuxième ligne", j'ai trouvé que ça faisait cocaïnomane et là encore, je me suis ravisée juste à temps.)

Prêts ?

...Parce que ça commence tout de suite.

18h34 : toujours personne. Il ne viendra peut-être pas, finalement ?... Ca me soulagerait. (Si tel est le cas, je mettrai quand même ce post en ligne parce qu'il ne faut jamais rater une bonne occasion d'alimenter son blog.)

18h36 : comme mon ordinateur ronfle très fort, je viens de me lever pour rabattre la porte du salon - ainsi, je minimise le risque qu'il l'entende de l'extérieur de l'appartement - tout en la laissant tout de même légèrement entrouverte - je ne voudrais pas rater ses efforts désespérés pour s'introduire chez moi.

18h39 : ça y est ! J'entends des bruits dans le couloir, j'ai peur.

18h40 : il semblerait que les bruits soient dans ma tête et pas dans le couloir, parce qu'il est complètement vide.

18h45 : il aurait dû venir à 18h30 pour un rendez-vous d'une demi-heure maximum : on est donc à la moitié du temps que j'étais censée lui consacrer. A partir de maintenant, je me sens dans mon bon droit, mais je me considère toujours comme planquée.

18h47 : d'ailleurs, ma mère doit m'appeler d'ici 19h15 et comme vous le savez, il est hors de question que j'interrompe ma mère quand je l'ai au téléphone. S'il se pointe après 19h, la question est donc réglée.

18h50 : merde, un coup de fil de Fiancé. Vu que je ne lui ai pas du tout parlé de cette histoire, mieux vaut que je ne réponde pas : si le type arrive entretemps, comment lui expliquer que je dois soudain me taire (ou chuchoter très très doucement pour ne pas me faire repérer) ?...

18h51 : en même temps, ça ne devait pas être important du tout : il n'a laissé sonner que trois fois.

18h52 : il abuse. Trois sonneries. Trois sonneries !... Qu'est-ce qu'il peut bien avoir de plus palpitant à faire, le lundi à 18h50, que de m'appeler, hein ?

18h54 : et l'autre qui n'est toujours pas là. J'avais pourtant un sacré besoin d'adrénaline, ce soir.

18h55 : je viens d'avoir l'impression que mon portable recommençait à vibrer, comme à 18h50. Peut-être que je devrais consulter, pour mes oreilles. Ou pour mon cerveau.

18h57 : une idée géniale m'est venue : si l'autre crétin me rappelle pour me proposer un autre rendez-vous, je prendrai un air offusqué et je lui dirai : "Ah, non, c'est hors de question ! J'ai attendu votre collègue en vain lundi soir et il n'est jamais venu ! Je ne suis pas celle que vous croyez à votre disposition, moi, monsieur !"

18h58 : dans deux minutes, heure prévue pour la fin de l'"entretien", je considérerai la planque comme terminée.

18h59 : jamais je n'avais remarqué que c'était aussi long, deux minutes.

19h00 : planque terminée. Je répète : planque terminée.

Quel malpoli.

Ca ne se fait pas d'obliger les jeunes femmes à se cloîtrer chez elles pour rien, tout de même.

(Il va falloir que je règle cette histoire avec Fiancé, aussi : ce n'est pas clair du tout. Trois sonneries. De qui se moque-t-il ?)

Bon. Finalement, elle ne s'est pas trop mal passée, cette planque. Je n'ai presque pas eu peur.

L'ignorance de la grenouille

le mercredi 9 janvier 2008

Ou : Comment bien rater l'unique occasion jamais rencontrée de prendre une vraie leçon de séduction de la part d'une source très sûre.

J'ai consulté un psychiatre à deux reprises dans ma vie. Deux fois six mois, à six mois d'intervalle. Régulière comme une horloge, au point que, six mois après la fin de la seconde série de rendez-vous, je me suis sérieusement demandé si je ne devrais pas y retourner pour un troisième cycle. Finalement, je ne l'ai pas fait et je ne m'en porte pas plus mal, mais il m'arrive souvent, dans certaines situations, de me demander comment je lui en parlerais, comment je formulerais mes angoisses et mes questions si je continuais à fréquenter son cabinet, et ce qu'il me répondrait. Je persiste à penser qu'un jour, je retournerai le voir uniquement pour faire le point sur deux ou trois petites choses non urgentes mais restées en suspens, comme on va chez son dentiste surveiller un risque de carie ou chez son généraliste pour se faire prescrire un bilan sanguin de routine.

Mais je m'égare.

Lors de la seconde série de consultations, j'ai vécu une période de grande instabilité sentimentale. Je sortais d'une relation malsaine dont la fin avait été un énorme soulagement mais n'avait pas suffi, à elle seule, à rattraper des années de mésestime de moi-même et de reniement de ma personnalité pour quelqu'un qui, tout compte fait, n'en valait pas la peine. Je n'avais pas trouvé de meilleur moyen pour m'en remettre que de me jeter dans les bras (et le lit) d'un type odieux qui m'avait abandonnée plus bas encore que là où il m'avait ramassée, puis dans ceux d'un autre garçon, nettement plus propre sur lui en apparence, qui s'était comporté envers moi plutôt comme un grand frère libidineux et indécis que comme un amant normal et fiable, ce qui était pourtant ce dont j'aurais eu le plus besoin alors. J'avais même fini par me persuader vaguement que j'étais amoureuse de ce dernier, que j'appellerai X - créativité ! - dans la suite de ce post. Au milieu de ce vaste chaos apparut Fiancé, qui commença à me faire la cour de manière complètement inattendue et pour qui mon attirance ne faisait d'ailleurs aucun doute.

Les semaines passant, la situation a commencé à se décanter. Avec l'aide de mon cher psychiatre, j'ai analysé, horrifiée, mon comportement avec les hommes et me suis aperçue que je ne pouvais pas continuer comme ça. Ses consignes étaient claires : vous avez de la valeur, ne vous bradez pas, ne rabattez pas vos exigences et montrez d'emblée aux garçons qui veulent vous séduire qu'il leur faudra batailler pour y parvenir (soit l'exact opposé de ce que j'avais fait jusqu'alors). Cette nouvelle façon de penser et d'agir m'ayant rendue plus sûre de moi et plus rayonnante, parce que je savais que je reprenais ainsi les rênes de ma vie amoureuse et c'était quand même un grand pas en avant, j'ai rarement été draguée aussi souvent qu'à cette période, mais passons. (Pour vous, Mademoiselle, qui vous complaisez un peu trop facilement dans un célibat de victime, je vous livre la recette, n'hésitez pas à la mettre en application et vous verrez : tout va changer.) J'ai même réussi à être plus clairvoyante sur mes pseudo-sentiments pour X et à retourner la situation en ma faveur, en devenant la dominante qui décidait de lui céder ou non tandis que lui, après se l'être joué grand seigneur languide pendant des semaines, n'hésitait plus à me montrer qu'il me désirait et que ce serait où je voulais, quand je voulais, pourvu seulement que je veuille.

Victoire, certes. Sur lui, et avant tout sur moi-même.

Mais il me fallait plus. Je cherchais quelque chose de sérieux et les approches respectueuses et progressives de Fiancé me laissaient penser que, s'il était vraiment aussi délicat et motivé qu'il le laissait paraître, il pourrait peut-être bien me donner ce que je voulais.

Un matin, assise dans le cabinet de mon psychiatre, je décris les progrès de ma nouvelle attitude auprès de ces deux hommes. Fiancé s'avance lentement mais sûrement depuis plusieurs semaines et je sais que l'aboutissement (entendre : le jour où je ferai semblant de consentir à lui fixer un rendez-vous, alors même que j'en meurs d'envie depuis le premier jour) est proche. X, de son côté, a abandonné son comportement condescendant envers moi et ne s'est même jamais montré aussi prévenant.

Le docteur me dit : "Vous voici arrivée à un point où l'un comme l'autre, dans les jours à venir, sont susceptibles de vous faire des propositions sérieuses. Lequel allez-vous choisir si cela se produit ?"

Je ne réfléchis qu'une seconde. "Je crois que X ne sera jamais capable de me donner davantage que cette indécision dont il a fait preuve depuis des mois. Un jour oui, le lendemain non, puis oui à nouveau quand il me voit m'éloigner de lui... Je ne pense pas pouvoir construire quelque chose sur le long terme dans ces conditions." (C'est sans doute l'une des phrases les plus sensées que j'aie jamais prononcées.)

Mon psy me répond alors : "C'est parler sagement. Cela dit, bien sûr, en ce qui concerne X, il reste toujours la possibilité... de le serrer définitivement dans vos filets."

Et moi, dans un sourire : "Je ne crois même pas que j'en aie réellement envie."

Alors, bien entendu, je n'en avais vraiment plus envie, X m'avait lassée sans jamais pouvoir se rattraper. (Quelques jours plus tard, nous devions d'ailleurs nous disputer pour une broutille et nous rendre compte que nous n'avions en fait aucun atome crochu.) Bien entendu, la suite des événements m'a donné raison et je me suis concentrée sur Fiancé pour ne jamais le regretter. Bien entendu, j'avais déjà beaucoup appris de ce psychiatre et sans son aide, je n'aurais peut-être pas su amorcer aussi sainement la relation épanouissante que je vis aujourd'hui. Mais tout de même, tout de même, au nom de mes années de galère et d'incompréhension totale de la gent masculine, au nom de toutes les souffrances de mes semblables livrées aux agissements pervers des salauds de toutes sortes, au nom de toutes les esseulées qui, désespérées, voient partir dans les bras d'une autre - en général, celle qui pourrait avoir n'importe quel homme - le seul qu'elles aient jamais aimé et qu'elles aient toujours été incapables de séduire, j'aurais dû, je le sais, j'aurais dû réagir et sauter sur l'occasion, j'aurais dû lui demander :

Mais docteur, au nom du ciel, comment fait-on pour serrer un homme dans ses filets ? quelle est la recette ? puisque vous semblez la connaître, livrez-la moi, par pitié !

Et soyez bien certaines, chères consoeurs mortifiées, que si j'avais eu la présence d'esprit de dire cela au lieu de répondre bêtement Je ne crois même pas que j'en aie réellement envie allez je vous signe votre chèque et à la semaine prochaine et surtout bonjour chez vous hein, je vous l'aurais donnée à vous aussi, la recette.


Ne jetez pas la pierre à la femme trop belle : elle, nous savons toutes de quoi sont faits ses filets. Photo : Avivi, once more.

Vacances égyptiennes

le samedi 5 janvier 2008

Cela faisait un certain temps que je n'avais pas parlé ici de Nicolas Sarkozy - à peu près depuis son élection à la tête de l'Etat, je pense, à moins que ma mémoire ne me joue des tours. Je ne vais pas commenter son attitude, ses idées ni les "réformes" entreprises à grands coups de communication depuis six mois ; je suppose que vous savez ce que j'en pense et très franchement, je n'ai pas envie, en cette belle journée, de m'auto-plomber le moral. Non, le sujet que je veux traiter aujourd'hui est beaucoup plus circonscrit que tout cela : il s'agit de la peopolisation de la vie politique à laquelle, grâce à notre désormais cher président, nous assistons depuis quelque temps.

Relèvent de cette entreprise de peopolisation, en vrac : le rassemblement de personnalités du monde du spectacle et de la télévision lors de la campagne présidentielle et de l'élection elle-même (voyez la scène de la Concorde le soir de sa victoire), les différentes manifestations extérieures d'amour du fric et du bling-bling (songez par exemple à l'étape au Fouquet's le soir du 6 mai et aux trois jours à Malte sur le yacht de Bolloré dès le lendemain), la mise en scène permanente de la vie privée, un peu dans la lignée des grands monarques pour qui vie privée et vie publique, personne privée et personne publique étaient mêlées et indissociables. Pour illustrer ce dernier élément, souvenez-vous du masque d'homme blessé que Sarkozy afficha lors de l'escapade new-yorkaise de Cécilia, il y a quelques années, en proclamant que les médias lui avaient fait beaucoup de mal et qu'il souhaitait qu'on laisse sa famille tranquille, alors qu'il avait joué sans aucun scrupule de l'image glamour de sa femme et du côté moderne de la fratrie recomposée, et qu'il recommença à les utiliser dès qu'elle revint au bercail (qui était dans sa voiture avec lui le soir de son élection ? les filles de Cécilia et de Jacques Martin, et pourquoi ? parce qu'elles sont belles, blondes et jeunes et qu'en termes d'image, c'est de la bombe).

Bien entendu, le dernier épisode des aventures sentimentales de notre président, digne des ragots qui courent sur le moindre petit acteur de série B - ce qui, en soi, est honteux parce que le président de la République n'est tout de même pas n'importe quelle célébrité, quoi qu'il en pense - est le digne héritier de ce vaste processus dont je crois fermement qu'il doit faire partie des rêves de gosse de Sarkozy (l'autre étant probablement : frayer dans des milieux pleins aux as). Carla Bruni, "coureuse notoire" comme la nomme à juste titre Caroline, est sans doute à ses yeux l'incarnation de ce glamour, de ce clinquant et de cette célébrité bon marché dont il rêve d'acquérir une petite partie. La mise en scène de Disneyland puis celle des vacances en Egypte, à la fin du mois de décembre dernier, sont calculées dans ce sens. Les pronostics vont bon train : lequel des deux se lassera de l'autre en premier ? Elle, parce qu'elle se revendique comme instable et qu'un jour, elle verra passer à sa portée une étoile plus brillante encore que le président de la République (Carla Bruni ne fonctionne apparemment qu'à cela, elle aussi), ou bien lui, parce que son entreprise de peopolisation choc de la fonction présidentielle aura abouti et qu'il estimera n'avoir plus besoin d'elle ? Peu importe, mais je suis prête à parier que dans un cas comme dans l'autre, après la rupture, il demandera à nouveau qu'on ne se mêle plus de sa vie privée. Jusqu'à la prochaine fois.

Bref.

Avec Nicolas Sarkozy, nous entrons donc dans une ère où le président de la République est un people comme les autres et, si possible, ses ministres aussi - voir Rachida Dati posant en petites robes de créateur dans Paris Match le sourire aux lèvres, il y a quelques semaines, alors que pendant ce temps, la moitié des avocats de France était dans la rue pour protester contre ses réformes judiciaires. Cela, en soi, c'est déjà très grave. Le chef de l'Etat a des responsabilités politiques et morales qui devraient lui interdire à tout jamais de jouer le jeu des vacances je-t'en-mets-plein-la-vue et des unes de magazines, des anciens mannequins et des révélations sentimentales fracassantes. Mais il entraîne sur cette pente glissante d'autres professions auxquelles on n'avait pas songé tout d'abord. J'en veux pour preuve cet article du Monde daté sur Internet du 29 décembre 2007 et intitulé : "Des vacances privées très publiques", que vous retrouverez en principe sur cette page mais dont je reproduis l'intégralité ci-dessous au cas où il serait rendu inaccessible (j'ai pris la liberté de corriger les fautes d'orthographe, mais les incorrections de l'expression sont d'origine) :
Des vacances privées très publiques
LE MONDE | 29.12.07 | 14h05
LOUXOR, CHARM EL-CHEIKH (Egypte) ENVOYÉE SPÉCIALE


De mémoire de paparazzi, on avait rarement vu ça. Dans les dédales des temples pharaoniques, les "rats", comme on les surnomme dans le milieu, ne sont plus les seuls à courir entre les sphinx et les hiéroglyphes, aux trousses de Nicolas Sarkozy et de sa nouvelle compagne, la chanteuse et ex-mannequin Carla Bruni. Plus les seuls à "planquer", des heures durant, sous le soleil d'Egypte, devant le Old Winter Palace, un hôtel de luxe de Louxor où le couple séjourne pour la première partie de ses vacances privées, du 25 au 27 décembre. D'autres faux touristes se faufilent avec eux entre les colonnes ocre des tombeaux, suivent comme eux le couple et sa délégation, l'oreille rivée à leur téléphone portable, répétant en murmurant pour ne pas se faire repérer par les services de sécurité : "Il est où ?, il est où ?"

Ces nouveaux collègues, ce sont des reporters de médias d'ordinaire peu coutumiers de l'actualité people : l'Agence France-Presse (AFP), l'Associated Press (AP), Reuters, France 2, France 24, TF1 et Le Monde. Des journalistes pour la plupart jeunes trentenaires, sans enfants, envoyés sur place parce qu'ils comptent parmi les rares personnes disponibles de leur rédaction en cette période de fêtes. Pour la majorité d'entre eux, suivre Nicolas Sarkozy en vacances est une expérience nouvelle, pas forcément choisie, et déstabilisante au regard de la déontologie qu'ils s'imposaient jusque-là. "J'ai l'impression de désacraliser la profession et de la mettre en péril", explique l'un d'entre eux, sous couvert d'anonymat.

Pour beaucoup, la consigne initiale de leurs supérieurs était d'abord celle d'être là "au cas où". Ils devaient suivre le président en Egypte "au cas où" il s'exprimerait. "Au cas où" il serait victime d'un attentat dans cette région exposée. Mais les congés présidentiels ayant très vite pris des allures de campagne électorale (Le Monde du 27 décembre), les journalistes se sont retrouvés à devoir chroniquer un événement dont ils ont souvent eu du mal à distinguer le caractère privé du public.

Les moues posées de Carla Bruni au bras du président deux mois après l'annonce de son divorce étaient-elles de l'ordre privé ou du domaine public ? Les déplacements en convoi de trente véhicules aux vitres teintées et toutes sirènes hurlantes : privés ou publics ? Le programme intensif de visites du président entouré d'une vingtaine de gardes du corps et d'officiers de sécurité aux pleines heures d'affluence des tour-opérateurs sur les sites touristiques : public ou privé ?...

A Paris, les rédactions en chef des envoyés spéciaux expliquent leur ligne éditoriale. "Pour ce reportage, nous sommes dans la logique de la couverture habituelle. Quand le président se déplace quelque part, on se déplace toujours, par précaution, indique Robert Namias, directeur de l'information de TF1. Pour le traitement, il se trouve que nous avions fait le choix auparavant de ne pas parler du week-end à Disneyland du nouveau couple. Pour rester en accord avec nous-mêmes, et à partir du moment où le président a fait savoir qu'il se rendait en Egypte, le compromis a été de tourner des images mais de les diffuser seulement avec un commentaire off." A France 2, en l'absence d'Arlette Chabot, directrice de l'information, personne n'a voulu répondre aux questions du Monde.

Le rédacteur en chef du service France à l'AFP, Hervé Guilbaud, s'explique : "Nous sommes une agence, nous sommes obligés d'être présents. C'est le président de la République, il était de surcroît accompagné d'une femme connue dans le monde entier, il ne se cachait pas, nos clients n'auraient pas compris qu'on ne soit pas là." Et d'ajouter : "L'écriture que nous avons choisie est factuelle, sobre. A partir du moment où le président se montre en public, on n'est pas dans la 'peopolisation'. Ce n'est pas comme si on allait chercher des confidences."

Sur le terrain, pour être là "au cas où", les envoyés spéciaux n'ont cependant d'autre choix que d'adopter les méthodes des paparazzis : planques, "taupe" à l'intérieur de l'hôtel où réside le président afin d'être informé à l'avance de ses allées et venues, courses-poursuites avec le convoi présidentiel... Les démarrages avec crissement de pneus et les files de voitures remontées à toute vitesse comme dans les films font aussi partie du travail. Pour être sûres de ne rien manquer, TF1 et France 2 ont même mutualisé leurs moyens en s'associant avec une agence de presse égyptienne.

Au moment de la rédaction, chacun improvise alors sa méthode pour retrouver la "distance" adéquate avec le sujet. Ygal Saadoun est le correspondant au Caire de la chaîne française d'information internationale France 24 : "Pour ne pas trop tomber dans la chronique, j'ai essayé de sortir du franco-français et de remettre un peu d'international dans tout ça, précise-t-il. J'ai interviewé des gens dans la rue pour qu'ils critiquent éventuellement, j'ai raconté l'éventualité d'une rencontre entre Nicolas Sarkozy et le ministre de la culture égyptien pressenti à la tête de l'Unesco."

Pour la dizaine de paparazzis présents à Louxor, ces cocasses retrouvailles sur un même sujet avec les journalistes traditionnels ont une explication. "Ces vacances étaient forcément semi-officielles, raconte Laurent Sola, de l'agence Eliot Press. Sarkozy n'a pas organisé un voyage pour la presse. Mais il sait parfaitement nous gérer. En se montrant, il nous laisse travailler, on ne crée pas d'émeute, et en même temps ça lui permet d'avoir des photos "propres", pas volées, qui font entrer directement la politique chez 10 millions de personnes qui ne s'intéressent pas forcément à la politique et qui achètent la presse people." Et d'ajouter : "S'il avait voulu nous interdire totalement de faire des photos, il en avait les moyens."

La deuxième partie du voyage, à Charm El-Cheikh, du 27 au 29 décembre, a donné un aperçu de cette possibilité. Alors que M. Sarkozy rencontrait de façon informelle le président égyptien Hosni Moubarak avant sa visite officielle au Caire, les consignes vis-à-vis des journalistes se sont nettement durcies, à la demande de M. Moubarak. Les photographes qui tentaient alors d'arracher quelques clichés de la luxueuse villa du groupe Accor où il séjournait ont eu maille à partir avec les autorités égyptiennes. Un journaliste de France 24 a passé deux heures au poste de police et a vu toutes ses photos de la villa effacées de sa carte mémoire. Trois photographes de l'agence KCF se sont vu préventivement confisquer tout leur matériel par la police égyptienne, qui a enfermé les appareils photo dans un coffre. Plusieurs paparazzis ont essuyé des tirs de sommation.

Face à ces agissements, la plupart des photographes et cameramen ont décidé de poser leurs appareils et de ne plus faire d'images.

Pour les rédacteurs, ce n'est guère mieux. Lors d'une visite à la vallée des Rois, près de Louxor, un journaliste avait tenté d'arracher une réaction à Nicolas Sarkozy sur le procès de L'Arche de Zoé, au Tchad. "La visite officielle, c'est dimanche", lui avait répondu le président de la République.

Elise Vincent
Article paru dans l'édition du 30.12.07.

C'est finalement assez logique. Dans un pays dont le président se comporte comme le premier petit people venu, les journalistes des médias considérés comme sérieux - les agences de presse, les chaînes d'information, les grands quotidiens nationaux - sont, par la force des choses, amenés à se comporter à leur tour comme de vulgaires paparazzis. Bien entendu, cela suppose une autre déontologie, une autre manière de travailler, d'autres priorités dans la quête et le traitement de l'information : je ne vais pas paraphraser l'article, je le trouve extrêmement clair sur ce point. Depuis quelques mois, ce n'est plus seulement le "style" de la fonction présidentielle qui change, mais aussi celui de notre presse dans son ensemble. Suis-je la seule à trouver cela effrayant ?

Juste une remarque avant de terminer. J'ai du mal à croire qu'Hervé Guilbaud puisse sérieusement affirmer que

A partir du moment où le président se montre en public, on n'est pas dans la 'peopolisation'.

Il me semble que ce qui fait la peopolisation de ces vacances égyptiennes et, plus largement, de la vie de Nicolas Sarkozy depuis qu'il a accédé à des fonctions officielles, c'est précisément que le président se montre en public... dans des circonstances et conditions qui devraient relever du privé ! Les agences de presse, par la voix de Guilbaud, seraient-elles en train de bâtir elles-mêmes leur propre défense, en essayant tant bien que mal de se distinguer des paparazzis malencontreusement croisés sur le parcours du président en Egypte, au prétexte que ces derniers ne respectent pas la vie privée alors qu'elles se concentrent sur un président qui "se montre en public" ? Ma parole, mais c'est soit de l'aveuglement complet, soit un savonnage vigoureux de la pente sur laquelle Sarkozy les entraîne.

Sonnantes et trébuchantes

le mercredi 2 janvier 2008

C'est assez amusant : je viens de parcourir quelques blogs, comme ça, presque au hasard (je dis "presque" parce qu'ils sont tout de même piochés parmi mes favoris, c'est donc un hasard tout à fait relatif) et, naturellement, les posts de voeux pour la nouvelle année fleurissent. Je ne vais pas faire ma chochotte, j'aime bien les voeux de bonne année et je ne répugne pas à en lire sur les blogs (d'autant que je la souhaite en général aux blogueurs avant même de la souhaiter à certains membres de ma famille ou de mon entourage proche, mais c'est une autre histoire).

Mais cette année, pour la première fois, un intrus s'est glissé parmi les voeux traditionnels de bonheur, de santé, d'amour et de réussite : l'argent.

Je ne mens pas. Je suis tombée sur au moins quatre posts, dans les, allez, dix dernières minutes, qui souhaitaient à leurs lecteurs d'avoir des sous en 2008.

Je m'interroge : est-ce un signe de la précarité extrême dans laquelle nous sommes en train de plonger tous ensemble ? Genre, d'ici quelques années, avoir de l'argent sur son compte en banque n'apparaîtra plus comme une chose normale, mais comme un signe de chance censé nous conduire tout droit au bonheur ?... C'est possible, je ne dis pas. (Notez même que c'est sans doute déjà vrai, au moins en partie, puisque quand on gagne 1500 euros par mois, on est d'ores et déjà plus riche que, je ne sais pas, 80% des habitants de cette planète.) Ou bien est-ce simplement une distorsion des mentalités de la blogosphère, pour qui, désormais, avoir de l'argent est une valeur primordiale aussi importante que la bonne santé, par exemple ?

Remarquez d'ailleurs que la formule même est habilement ambiguë : "avoir de l'argent", je suis désolée, c'est vague. Est-ce que c'est "avoir beaucoup d'argent", comme quand on dit pudiquement, par euphémisme, "Sa famille a de l'argent", ou est-ce seulement n'être pas sans le sou, sans être pour autant quelqu'un de riche ? Bon, on est d'accord, je ne souhaite à personne d'être sans le sou. Mais je ne souhaite à personne non plus de devenir riche, pas plus que je ne le souhaite pour moi-même. Il y a une quantité de choses que j'espère obtenir plutôt que d'être friquée. Je ne dis pas que je cracherais sur l'aisance financière, pas du tout, mais que c'est loin d'être un souhait de nouvelle année que je formulerais pour moi ou ceux que j'aime... Ce n'est tout simplement pas une priorité, voilà tout.

Finalement, le plus simple est peut-être, en ce début d'année, de vous souhaiter ce que vous voulez. D'accompagner de mes voeux et de mes pensées ceux que vous auriez prononcés pour vous-mêmes, peut-être même les plus secrets et les moins avouables, et si argent il doit y avoir parmi eux, eh bien, argent il y aura... Mais avant tout : la santé. Non, sérieusement, à mes yeux, c'est cela, le plus important. (Et de loin.)


Photo : Avivi.