(Oui, le jeu de mots est un peu moins facile avec Glamour qu'avec Isa, mais enfin vous voyez, quand on veut vraiment en trouver un, on finit par y arriver.)

Bien. Or donc, Glamour est le magazine féminin de petite taille que j'achète le plus fréquemment depuis qu'Isa m'a déçue au point de ne plus le lire qu'avec un oeil critique et en me demandant : voyons, sur quel article vais-je bien pouvoir bloguer méchamment cette fois-ci ?... Et très honnêtement, en général, je ne perds pas au change. La qualité est bonne, les articles sont bien écrits et pas idiots, les pages mode sont des pages mode, certes (lire : alignées sur des canons dans lesquels 75% d'entre nous ne se reconnaissent pas), mais enfin l'ensemble est agréable, varié, et il y a chaque mois un vaste dossier plutôt bien fait sur l'actualité culturelle, que je recommande chaleureusement à celles qui aiment lire, aller au cinéma et écouter de la musique (je ne doute pas que vous ayez d'autres sources d'information que Glamour sur ces derniers points, mais ça fait plaisir de voir un féminin très féminin y accorder une bonne place). Même leur site Internet regorge d'informations de toutes sortes, d'interactivité et de vidéos édifiantes.

Seulement voilà : hier, j'achète le numéro de janvier 2008, l'ouvre et commence à le feuilleter avec espoir et confiance jusqu'à ce qu'à la page 16, au beau milieu du courrier des lectrices, je tombe sur ceci :


Ca vous la coupe, hein ?

Je résume en quelques mots le message, par ailleurs fort clair et condensé, d'Angélique du Loiret, notre nouvelle amie à tous :

1. habiter Orléans et non plus Paris, c'est l'exil. (Je rappelle que la distance entre ces deux villes est d'environ 135 km et je suis persuadée que la liaison entre elles est très bien assurée. Personnellement, vu les conditions actuelles de l'emploi en France et la mobilité nécessaire à une carrière de nos jours, j'hésite à parler d'exil à moins de 200 km mal desservis, mais cela n'engage sans doute que moi.)

2. Orléans, c'est le fin fond du Loiret. Orléans, chers amis. Orléans, code postal 45000, 113 126 habitants en 1999, préfecture du Loiret, centre d'une agglomération de communes de 250 000 habitants environ (merci Wiki). Orléans, capitale du duché du même nom, cité existant depuis l'Antiquité (pendant laquelle elle fut prise par César, ce qui fait toujours bien sur un CV), lieu essentiel de la monarchie française pour ses enjeux stratégiques, ville de prestige et d'élégance, enfin je ne vais pas vous rédiger une plaquette pour l'office de tourisme du Loiret, non plus. (Je n'ai aucun lien personnel avec Orléans, c'est seulement que l'appeler fin fond du Loiret, ça me hérisse un peu les poils, que j'ai pourtant fins, clairs et peu nombreux, si vous voyez ce que je veux dire).

3. trouver à Orléans un magazine qui est vendu dans tous les kiosques de France et de Navarre, du pays basque à la Moselle et de la Provence aux côtes normandes, c'est pour Angélique une bouée de sauvetage.
Pardon ?...
Mais elle s'imagine quoi, au juste, Angélique du Loiret ? Qu'au-delà de la petite couronne, le reste du pays reçoit les journaux par diligence et ne sait pas ce que c'est qu'un magazine féminin ? Est-elle au courant que de nos jours, la presse circule vite et bien et que les quotidiens, hebdomadaires et mensuels nationaux sont, comme leur nom l'indique, distribués en quelques heures dans tout le royaume, pas seulement au pied du château ?... Je crois rêver. (Il faudrait lui apprendre également que certains d'entre eux sont même écrits et publiés en province, mais je crains que tant d'informations si fraîches d'un seul coup ne la bouleversent et qu'une entrée si brutale dans le XXIe siècle ne soit guère recommandable pour un petit coeur déjà bien chahuté par un exil inique loin de la Ville.)

4. et enfin, le plus joli à mon goût - le clou du spectacle, si vous me passez l'expression : trouver Glamour à Orléans, c'est retrouver un peu de vie.
Mais bien sûr, où avais-je la tête ! En France, c'est connu, on ne vit bien qu'à Paris, ou plus précisément encore : on ne vit qu'à Paris, point. C'est-à-dire que la mode, la culture, les distractions, les sorties, les tendances, le Net, les blogs, les grands courants modernes, l'écologie avant-gardiste, les produits cosmétiques, le shopping, tout cela, tout ce qui fait la vie, notre vie, ne se trouve qu'à Paris. Et quand on est, comme Angélique, exilée au fin fond du Loiret, le seul moyen de s'y raccrocher, eh bien c'est d'ouvrir Glamour qui Dieu merci, renferme entre ses pages glacées les effluves subtils et racés de la grande ville, de la Capitale, centre des plaisirs et des délices, de la vie intellectuelle et du progrès. Pauvre Angélique, réduite à battre le pavé de Paris par procuration en lisant dans l'ours, page 12, ces mots magiques : rue de la Ville-l'Evêque, 75008 Paris... Aaaaah, Paaaaris... Paaaaris sera toujours...

Bref.

Ce genre de posture parisianiste, ou, si vous préférez, parisiano-centrée a déjà tendance à bien me foutre en rogne quand elle est individuelle. Mais quand un magazine publie un tel billet sans y réagir - ce qui à mon sens, si je maîtrise bien les codes des courriers des lectrices (mais peut-être ne les maîtrisé-je pas : je ne suis après tout qu'une pauvre petite provinciale...), revient à y adhérer -, je me sens encore plus bafouée dans ma condition de non-Parisienne. Nous autres provinciales lisons, écrivons, comprenons, nous habillons, allons au cinéma et suivons l'actualité autant et aussi bien que les membres du cénacle, que diable ! Et nous achetons les mêmes magazines qu'elles, participant ainsi de leur succès et de leur retentissement sur le plan na-tio-nal. Je crains, quand je tombe sur ces propos apparemment anodins, que la centralisation extrême qui est à l'oeuvre dans la presse française, féminine ou pas, d'ailleurs, n'ait encore de beaux jours devant elle.

Là-dessus, je dois vous laisser ; j'ai une épître à remettre à la malle-poste du mois de décembre pour mes cousins du Perche si je veux qu'ils la reçoivent avant février prochain, car cette malle-poste-là, hélas, ne passe pas par Paris.