Nouvelle saison, nouvelle bannière, nouvelles couleurs... Quand je vous disais que c'était reparti.

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L'histoire que voici n'est pas très facile à raconter. Ce n'est pas que je n'en sois pas fière : j'en suis fière, d'abord parce que, techniquement, cette vengeance était parfaitement réussie et maîtrisée, et ensuite parce qu'elle était dirigée contre une personne qui n'avait qu'une notion très floue de la dignité humaine, ses actes me l'avaient largement prouvé. Non, je crois que le plus difficile, c'est encore de revenir par la pensée à une époque de ma vie que je considère comme l'un des pires moments qu'il m'ait jamais été donné de traverser. Mais jugez plutôt.

Il y a bientôt six ans, quand j'étais étudiante, j'ai fait la connaissance d'un garçon par un moyen qu'il serait absolument sans intérêt de mentionner. Je ne l'avais jamais vu. J'avais seulement entendu sa voix et communiqué avec lui par lettre, par sms, par mail puis par téléphone. Le téléphone : voilà le gros problème de l'étrange relation qui naquit alors. Nous n'habitions pas dans la même ville, mais nous nous entendions si bien et éprouvions un tel besoin de nous parler que nous y étions pendus des heures durant. Il n'avait pas de téléphone fixe et pour lui éviter de descendre à la cabine téléphonique tous les soirs et d'y rester une partie de la nuit, je l'appelais. De mon fixe. Sur son portable.
Un jour, enfin, nous nous sommes rencontrés. Il a fait l'aller-retour en train et je lui ai remboursé la moitié du billet. A l'époque, cela me paraissait logique ; j'oubliais simplement que c'était lui qui avait proposé avec enthousiasme de me rendre visite alors que je ne lui avais rien demandé.
Ce remboursement et surtout la facture de téléphone que j'ai reçue quelque temps plus tard m'ont mise dans une situation financière catastrophique dont j'ai subi les conséquences plusieurs mois durant. La somme à régler était absolument démentielle et mes comptes sont aussitôt entrés dans le rouge. Cela m'a plongée dans une angoisse folle, mais au lieu de me servir de déclencheur, cette angoisse m'a poussée à me raccrocher encore plus à mon ami, qui, de son côté, ne descendait pas plus souvent qu'avant à la cabine téléphonique. Ce n'est qu'à la seconde facture exorbitante que j'ai pris conscience de ce qui se passait et que je lui ai annoncé que je ne l'appellerais plus. Etrangement, cette décision a en fait marqué la fin de nos échanges, car lui ne m'a plus appelée non plus.

Parallèlement à cela, il avait passé de longues semaines à jouer sans cesse avec mes sentiments, me disant un soir qu'il m'aimait avant de le nier le lendemain, me promettant un jour qu'il reviendrait me voir bientôt (la date était même fixée) avant de garder le silence - et son téléphone coupé - tout un week-end. J'étais dans un tel état de nervosité et de dépendance que, pendant quelque temps, j'ai négligé mes cours, mes amis, mes activités favorites et mon travail personnel. Un soir, il a même feint de rompre avec moi par sms avant de me demander de le rappeler et de passer plusieurs heures à tenter de m'expliquer ce qu'il éprouvait vraiment. La vérité, c'est qu'il n'en savait rien et que j'attendais comme une idiote, agrippée à mon combiné, qu'il me donne enfin la stabilité dont je rêvais et qu'il était profondément incapable de me garantir (je passe sur les nombreux et graves problèmes psychologiques dont il souffrait par ailleurs).

Lorsque cette relation malsaine a pris fin, j'étais sans le sou, le coeur brisé, le moral en faillite et mon estime de moi-même avait pris la clé des champs ; elle ne devait réapparaître que bien plus tard. Lui, de son côté, a simplement ri de mes mésaventures et est passé dans les bras d'une autre qui, vivant au même endroit que lui, n'avait sans doute pas besoin de l'appeler aussi souvent que moi.

Les mois passèrent et je tournai la page. Je pensais encore à lui avec un petit pincement au coeur, mais j'avais trouvé l'amour auprès de quelqu'un de plus stable et je me considérais comme heureuse. Un soir, j'eus même le plaisir de recevoir un coup de fil de lui et de lui raccrocher au nez. C'est d'ailleurs à cet instant que je commençai à ressentir les premiers frissons du désir de vengeance. Sur le coup, je n'y prêtai pas attention, mais une occasion en or se présenta, évidente, quelques mois plus tard.

A suivre...