Isa'vaient qu'à faire mieux, saison 2 ! - 1/2
dimanche 26 août 2007, par Ménille Avénale, dans la catégorie Revue de presse(s) -# 148 - Fil RSS
Mais je sais que vous bavez d'impatience d'en savoir plus. Et je vous comprends.
Vous vous souvenez des posts que j'avais écrits, sur Canalblog, d'après les articles du numéro d'Isa du mois de juillet 2006 ? Pour vous rafraîchir la mémoire (et après tout, qui sait, peut-être ne me lisiez-vous pas à l'époque) (après tout), les voici tous les trois : 1, 2 et 3/3.
Il faut aussi que vous sachiez - et là, vous êtes bien obligés de me croire sur parole - que je n'ai pas racheté ce magazine depuis lors, échaudée sans doute par ce que j'y ai lu l'été dernier alors que ses numéros précédents m'avaient plutôt bien plu. C'est donc le hasard le plus pernicieux, en la personne d'une amie qui prépare un déménagement et m'a refilé, pour s'en débarrasser, un sac plein de magazines féminins - que j'ai évidemment accepté avec enthousiasme - qui m'a mis dans les mains, quasiment au sens propre, le numéro dont je vais tâcher de vous régaler aujourd'hui et qui confirme, voire dépasse, tous les espoirs éveillés par son grand frère. En voici la preuve, en deux parties.
L'article sur lequel je vous suggère de nous pencher aujourd'hui s'intitule "Casée en 1 semaine !" et vous pourrez le trouver, si vous voulez lui faire subir un peu de sorcellerie vaudou, à la page 183 du magazine. (Et puisqu'on parle de vaudou, je vous signale que l'adresse mail de son auteur figure en toutes lettres dans l'en-tête. Alors, mesdemoiselles et messieurs, on fait quoi ? Je lui écris avec le lien de ce post, ou je mets l'adresse sur ce blog, oui oui, j'ai pas peur, moi, et on lui envoie des messages anonymes de mécontentement sanguinaire ? Dites-moi, hein.)
Attention : c'est long, mais c'est bon.
Pour commencer, le titre lui-même est fort prometteur, ayez l'élégance de le reconnaître. Se "caser" (j'adore le mot) en une semaine ?... C'est bien là le rêve de toute jeune fille du XXIe siècle, voyons ! Vite vite, trouver un exemplaire masculin au bras duquel se pendre pour ne pas, surtout pas rester seule. Quoi ? Que dites-vous ? "Amour" ? "tendresse" ? "érotisme" ? "profondeur insondable de la rencontre imprévisible mais fondamentale avec autrui, unique et multiple à la fois" ? Non, je ne vois pas, ça ne me parle pas du tout. Moi, je veux me caser, compris ? Et en une semaine, pas un jour de plus, parce que bon, être seule, c'est quand même la loose totale vu que seule, je ne vaux rien (pas d'intelligence à moi, pas capable de me distraire ni de m'épanouir seule, etc, etc, je ne suis qu'une fille, hein, pardon).
Encore pourrait-on pardonner à l'auteur ce langage, comment dire, abrupt si le reste de l'article était placé sous le signe du second degré, de la causticité et du symbolique - exemple : le "en 1 semaine" du titre ne signifierait pas à proprement parler "en une semaine, top chrono", mais plutôt : "en un temps court qu'il revient à chacune d'évaluer et d'adapter à sa propre situation". Hélas, niveau second degré et poil à gratter métaphorique, je crains de n'avoir pas frappé à la bonne porte. Morceaux choisis.
1. De deux choses l'une : soit l'auteur de l'article a une vision déplorable des femmes, soit il cache bien son estime pour elles. Ou alors les deux, mon capitaine, car notre journaliste ne semble pas en être à un paradoxe près. "Les femmes qui se casent", écrit-il en citant "Pierre Lamy, psychologue du couple", "sont profondément dépendantes, elles ont viscéralement besoin d'un partenaire". Donc, non content de rédiger un papier destiné à une catégorie de lectrices peu mûres émotionnellement et voué à aggraver encore cet état de fait, il le leur dit en face, ce goujat.
Toutefois, reconnaissons qu'il accorde aux femmes une responsabilité non négligeable dans le (bref) processus de "casage" qu'il croit indispensable à leur équilibre personnel : c'est à elles de choisir l'heureux élu et pas l'inverse. Le choisir, oui, mais sur quels critères ? Eh bien, tout est fonction de la personnalité de départ et de la méthode employée pour mener ce choix. Les choses sont simples : soit vous êtes une fille "romantique", ce qui signifie que vous vous fixez "des objectifs fantaisistes", et dans ce cas, vous êtes "incasable" ; soit vous êtes "réaliste", ce qui équivaut, je suppose, à ne pas se fixer d'"objectifs fantaisistes", et là, bingo, vous êtes "casable".
Parfait, mais quels sont donc ces "objectifs fantaisistes", vous demandez-vous, mademoiselle, avec une pointe de panique dans la voix, et comment faire pour ne pas tomber dans leur piège ? Rassurez-vous, c'est fort court et je ne résiste pas au plaisir de vous livrer ici leur définition complète selon l'auteur de l'article :
pas question de me brader, il faut qu'il soit ambitieux mais gentil, cultivé mais viril et, et... et pourquoi pas aristo en plus ?Est-ce bien compris ? Toute tentative de faire preuve d'un peu d'exigence, d'un peu d'estime de soi et de la moindre attente un tant soit peu incongrue ("cultivé" ? mais quelle idée, enfin !... à quoi bon, Simone !) sera taxée de fantaisisme lèse-casage (pause ludique : essayez de prononcer l'expression "fantaisisme lèse-casage" trois fois de suite le plus rapidement possible. Rigolo, hein ?) et donc vouée à l'échec. Mieux vaut prendre exemple sur la "casable réaliste" qui, elle, saisit "son carnet d'adresses et scanne son entourage". Elle ne risque pas d'y trouver un prince charmant mais puisque ce n'est pas cela qu'une femme est censée attendre à moins d'être déjà à moitié folle, ça fera bien l'affaire. Finalement, l'amour, c'est simple comme un coup de fil.
Une fois l'heureux candidat choisi, les efforts à fournir du côté féminin sont heureusement minimes et se résument en une seule injonction : "Soignez le packaging", parce que "l'emballage joue un rôle déteminant" pour ferrer définitivement votre élu dans vos filets. Oui, vous avez bien lu : "l'emballage". Nous sommes des paquets, mesdames, des objets commercialisables dont l'apparence doit répondre à des règles marketing bien définies. Une fois, passe encore, on pourrait à la rigueur prendre cela pour de l'humour ; mais quand le même terme, ou presque, apparaît deux fois en quelques lignes seulement, je crains que nous ne soyons bien au-delà de l'humour et qu'il ne révèle une conviction profonde du journaliste.
Enfin, croit-il vraiment flatter nos aspirations les plus profondes quand il nous propose d'être "douce mais ferme, directive, jamais soumise" (oh, et la marge entre "directive" et "soumise" ne réside-t-elle pas précisément dans une complicité bien sentie avec l'autre mais que, d'évidence, nous n'aurons jamais le temps d'acquérir en une semaine) ? Il faut savoir dire oui et non à bon escient, mesdames. Voyez plutôt :
Le resto oui, les chemises à repasser, non. Le week-end à Deauville oui, la visite chez sa mère non (sauf anniv ou décès). La déco oui, le ménage, non, etc.En clair (acceptez que je décrypte pour vous, ça me fait plaisir) : tout ce qui me fait plaisir, oui, tout ce qui suppose un effort de ma part, non. Tout ce qui flatte mes sens et mon goût du luxe (qu'importent mon esprit ou ma soif d'émotions), oui, tout ce qui exige que je mette la main à la pâte pour construire une vraie relation, non. Etc, etc. Pardonnez cette intrusion mais une question me taraude depuis tout à l'heure : quel genre de femmes ce journaliste a-t-il bien pu fréquenter dans sa vie, que diable, pour nous prendre à ce point pour de pures jouisseuses molles du flanc et impatientes de trouver le crétin qui saura s'en contenter ?
2. Par la même occasion, il n'a pas une vision beaucoup plus positive des hommes - ni donc, logiquement, des femmes qui les méritent. Appréciez plutôt ce sage conseil en vue du choix du bon partenaire de casage : "Le bon mâle (reproducteur ou pas) se recrute dans un créneau étroit". Messieurs, vous ne viendrez pas vous plaindre de ce que le machisme de certains de vos congénères vous fait passer pour des abrutis aux yeux de toute la gent féminine ; ici, vous êtes traités comme des femmes (quel effet ça fait ?), vous êtes des mâles, point, peut-être pas même reproducteurs, et sachez bien que la prochaine qui vous fera les yeux doux n'aura pas vibré pour vous de toute sa chair, contrairement à ce que vous pensiez (peut-être êtes-vous aussi un incurable romantique, après tout) mais qu'elle vous aura purement et simplement recruté.
Le recrutement du mâle, que voilà un sujet sensible méritant d'être traité avec toute la délicatesse qui lui sied. Il faut taper dans "le fraîchement divorcé qui vit dans un studio sinistre" (et porte sans doute ses problèmes et sa perte d'espoir amoureux en bandoulière, mais ça, on s'en fiche), "le jeune veuf" (Dieu nous en préserve, le pauvre ! jeune ET veuf, il ne demande rien à personne et paf, voilà qu'on le recrute pour un casage express - la vie est mal faite, quand même), "le beau sportif maladroit" (j'espère que "maladroit" n'est pas un euphémisme pour "con", je m'en voudrais de lire des clichés sur les hommes sportifs dans un papier rédigé par... un homme), "le financier inculte" (NOUS Y VOILA ! nous y voilà ! Qu'importe qu'il soit inculte puisqu'il est "financier", c'est-à-dire, je suppose, barbant, prévisible et routinier MAIS potentiellement riche) ou encore "le collègue de bureau qui fait ses deux heures de muscu quotidienne et gonfle ses sicav à la moindre prime" (si j'ai bien saisi le principe, ce dernier exemplaire rassemble tous les avantages puisqu'il est 1. repérable dans un entourage immédiat, ce qui correspond au "créneau étroit" de recrutement, 2. sportif, même si son degré d'adresse n'est pas précisé, 3. pas forcément financier, mais en tout cas porté sur l'épargne et donc, c'est le plus important, potentiellement riche lui aussi).
De manière générale, le choix doit se porter sur un mâle qui "a tout ce qu'il faut où il faut (abdos, appart et aucune rivale sous le lit)". Tout y est, en effet. C'est ça, un mec bien. C'est un type qui présente joliment (là encore, on dirait que le "packaging" compte), ne crie pas famine et n'intéresse personne d'autre. Au diable les capacités intellectuelles, les valeurs, les ressources émotionnelles et la riche personnalité : non non, à la fin, puisqu'on vous dit que ce n'est pas avec cela que vous allez vous caser. Alors, heureux, messieurs ?...
3. Il est favorable à ce que les pauvres lectrices d'Isa reprennent vite fait les détestables habitudes que leurs mères (et peut-être même grands-mères) ont mis des décennies à perdre. C'est ainsi qu'un paragraphe commençant avec un conseil plutôt sain et judicieux que l'on pourrait résumer ainsi : pour fonder un nouveau couple, il faut y être préparée et avoir bien fait le ménage dans son passé se termine sur une sorte d'injonction à peine cachée à renoncer à tout acquis personnel au nom du casage express. En d'autres termes, la défense de l'indépendance féminine est, selon notre journaliste, une erreur grave qui peut nuire considérablement au casage tant espéré puisque pour se caser, il faut d'abord être "prête à tout lâcher, à tout renier" (comprenez : de la vie qu'on s'était forgée toute seule et dans laquelle, ma foi, on ne s'en sortait pas si mal même s'il lui manquait un grand amour). Hors de question donc de se comporter "en fille autonome (ça fait vieille fille)" (ah bon ? mais depuis quand ? je n'étais pas prévenue, moi) ni, pire encore, "en fille 'qui réfléchit' (ça fait instable)" (serez-vous étonnés d'apprendre que vu la teneur du reste de l'article, je m'en doutais un peu ?).
Et quant à l'avancée des choses une fois que la relation commence vraiment, l'avis de notre auteur est qu'il ne faut pas traîner, ah ça non. Le quatrième jour (le QUATRIEME jour), "contrairement à ce que l'on prétend, l'idéal est de concrétiser sur-le-champ". Laissez-moi espérer que vous n'êtes pas tombée sur un goujat qui ne cherche qu'un plan cul parce que sinon, je pressens que vous vous en mordrez les doigts (sans parler du reste). Débarrassez-vous donc de cette "conception vieillotte et fourbe du jeu amoureux (le faire mariner pour tester ses intentions...)". Mettez-leur un grand coup, à ses intentions ! Livrez-vous toute entière à ses intentions, laissez-les vous prendre au plus vite, gagnez du temps, merde ! Combien de filles fâchées de s'être allongées trop tôt seront heureuses d'apprendre que ce n'est pas à cause de cela qu'elles se sont plantées, hein ? Et qui, d'ailleurs, ose encore prétendre qu'il faut savoir se faire désirer ? Les tenants de la confiance en soi et de la fausse estime personnelle féminine, je présume. Ceux-là même qui pensent qu'une femme ne doit pas se "brader". Rétrogrades, castrateurs, briseurs de couples et de belles histoires de fesses que vous êtes tous !
Dans le même ordre d'idées, il faut, dès le cinquième jour, prendre "racine chez lui" (je rappelle qu'il doit avoir un chez-lui, sans quoi, vous avez mal mené les entretiens d'embauche et vous vous êtes trompée de candidat). N'hésitez pas à faire "des photos de vous deux" directement destinées à "sa table de nuit" (le propriétaire de ladite table de nuit, qui sera probablement aussi la vôtre sous peu si vous suivez ces sages consignes, ne semble pas devoir être consulté sur ce point). Argument ultime pour justifier une appropriation aussi rapide du territoire : "ça fait réfléchir les rivales" (moi qui croyais qu'il ne devait pas y en avoir) "et impressionne la famille", et lui-même s'en sentira "rassuré". Je crains que ça ne fasse surtout rire ses potes et fuir l'heureux élu, mais si d'aventure une telle catastrophe se produisait, il faudrait naturellement ne vous en prendre qu'à vous-même et à votre probable erreur de casting.
Bref, pour que les choses soient bien (et surtout vite) pliées, faites des projets dignes de ce nom dès, tenez-vous bien, le septième jour :
Scellez le package en le mettant sur un projet à long terme. Acheter une bagnole, un appart, un chien, tomber enceinte... Entamez un de ces grands projets sur lesquels se fédèrent les couples les plus solides."Les couples les plus solides", oui, au bout de sept jours !... Il y a vraiment de quoi parler de solidité. Mais croyez bien que "c'est en croyant qu'on a le temps qu'on devient velléitaire... et solitaire". Brrrrrr, la solitude ! Votre plus grande crainte, coquine ! Alors quoi, qu'attendez-vous ? Hop hop hop, cassez le PEL, jetez votre pilule dans les toilettes et à vous la vie de couple ! Casée, enfin casée (et qu'importe avec qui ou dans quelles conditions) !
4. Il a vraiment le sens de la formule. Cette catégorie de citations se passe bien entendu de commentaires, je vous laisse les apprécier telles quelles :
- "Amour ou business, quand les choses doivent se faire, elles se font !", pertinemment développé par : "Pas besoin de traîner six mois pour conclure une affaire..." Notez au passage la belle équivalence proposée entre amour et commerce (hélas compris au sens contemporain du mot), je suis persuadée qu'elle modifiera votre conception des relations sentimentales à l'avenir.
- "Comme on dit : 'La qualité reste, le prix s'évapore !' " J'ose à peine me demander de quoi il est question.
- Et bien sûr, le fameux : "Toutes les études prouvent que..." et sa suite, le grand : "Là encore, les plus sérieuses études montrent que..." Mais lesquelles, au nom du ciel, lesquelles ! Nous voulons plus, plus de références, plus de revues scientifiques, une bibliographie complète, classée et commentée - des gens nous étudient sérieusement et nous, nous n'avons même pas accès à leurs conclusions, quel scandale, à la fin !
Puisque je vous suppose, comme moi, épuisés par tant d'idioties et la perspective de toute une éducation - masculine mais aussi probablement, après ce genre de chef-d'oeuvre, féminine - à refaire, je vous laisse digérer cela et vous promets pour bientôt un 2/2 également pas piqué des hannetons.
M'est avis qu'elle n'a jamais cherché à se caser à tout prix, celle-là. Photo : Flossie Mahoney.


Commentaires
#1 - Le dimanche 26 août 2007 à 18:04, par toma
#2 - Le dimanche 26 août 2007 à 21:29, par dragibus
#3 - Le dimanche 26 août 2007 à 22:47, par Krazy Kitty
#4 - Le lundi 27 août 2007 à 13:29, par Ménille Avénale
#5 - Le lundi 27 août 2007 à 13:45, par muji monsterz
#6 - Le lundi 27 août 2007 à 13:46, par muji monsterz
#7 - Le lundi 27 août 2007 à 13:47, par muji monsterz
#8 - Le lundi 27 août 2007 à 15:45, par toma
#9 - Le lundi 27 août 2007 à 16:42, par Krazy Kitty
#10 - Le mardi 28 août 2007 à 12:08, par Ménille Avénale
#11 - Le mercredi 29 août 2007 à 12:28, par Lisbeï
#12 - Le vendredi 31 août 2007 à 15:33, par Anna
#13 - Le samedi 1 septembre 2007 à 14:20, par Ménille Avénale
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