Okay. Il me faut admettre que non seulement je n'ai pas envie, depuis plus de deux semaines maintenant, de rédiger les numéros 2 et 3/3 de "Sortir", mais qu'en plus, cela me bloque pour la suite. Je veux dire qu'à chaque fois que j'ouvre la page d'administation de mon blog, je tombe sur ces deux brouillons en souffrance, désespérément vides et blancs, et qu'aussitôt, j'entre dans le cercle vicieux que voici : je n'ai aucune envie de les écrire, mais je m'y sens obligée parce que j'ai peur que leur sujet n'atteigne sa date de péremption, mais comme je n'en ai aucune envie, je ne le fais pas, mais comme je m'y sens obligée, je m'interdis d'en écrire d'autres avant ceux-là, etc, etc. Il faut que cela cesse et vous êtes désormais prévenus que ces posts viendront un jour, ou pas, bientôt ou dans longtemps, je n'en sais rien, mais qu'entretemps je vais passer à autre chose. Ouf.

Et je vais donc passer à ceci.


A six jours du premier tour des élections présidentielles, je faisais encore partie des 40 à 45% d'indécis mentionnés par les sondages. Mon indécision était bien circonscrite puisque je n'hésitais qu'entre deux candidats, mais elle était indécision tout de même. La raison de mon hésitation entre Ségolène Royal et François Bayrou, puisque c'est d'eux qu'il s'agit, est la suivante : je reconnais que Bayrou est résolument centriste et j'aspire à des politiques plus marquées à gauche que la sienne, mais je ne considère pas que Royal, même si elle représente le PS et fait certaines propositions qui sont effectivement de gauche, soit une vraie personnalité de gauche. Par certains aspects, elle me fait plutôt penser à la droite ou, disons, au centre, à un centre dont elle ne porte pas le nom, et c'est pourquoi voter Bayrou est une possibilité que j'ai réellement envisagée.

Pour me décider, je suis allée in extremis à un meeting du candidat UDF tout en regrettant d'avoir raté ceux de Royal. Je vais lire son programme en détail mais j'aurais juste aimé avoir la même expérience des deux côtés.

Il se trouve que j'étais assise dans la salle avec beaucoup d'avance et que mon iPod passait, quelques minutes seulement avant le début du meeting, la chanson d'Arcade Fire que j'ai placée en tête de ce post. Ce serait un détail si, outre que j'adore cette chanson que je trouvais particulèrement adaptée à l'ambiance de liesse, d'enthousiasme et d'espoir de la manifestation, le petit film qui a précédé le discours de Bayrou ne comportait pas précisément ce morceau en bande-son. Coïncidence troublante qui me pousserait surtout à dire qu'un homme qui choisit "Rebellion" d'Arcade Fire comme bande-son ne peut être foncièrement mauvais. Pendant ce film d'environ un quart d'heure, j'ai failli pleurer d'émotion et je ne me suis retenue que parce que je me sentais ridicule. Oui, mais je suis une grande sensible.

Bayrou a du charisme, de la chaleur et une rhétorique très au point. Une heure et demie de discours ne m'ont rien appris de neuf sur un programme que j'avais lu avant qu'il ne commence - vu que j'étais assise avec beaucoup d'avance, merci de suivre - mais m'ont aidée à me décider. Pour Royal.

Non que je n'aie pas été séduite par le candidat centriste, par la clarté et l'humanisme de ses propositions, par la mesure et l'équilibre dont il fait preuve, par son idéal de justice -y compris sociale-, par sa capacité d'écoute et de réflexion et par son désir de changement. Je crois que Bayrou représente l'avenir et qu'il a raison de nous inviter à vaincre un clivage gauche-droite qui n'a plus aucun sens, l'alternance systémastique entre les deux sensibilités étant davantage affaire à mes yeux de mécontentement et de protestation envers les gouvernements sortants successifs que de conviction réelle. (Je ne vais pas développer des heures, mais je ne considère pas cette opinion incompatible avec ce que je disais plus haut de mes aspirations à des politiques de gauche. Je crois juste qu'il faut peut-être repenser certaines choses en profondeur pour que tout cela puisse s'imbriquer bien tip top à l'avenir. Certes, je ne suis pas politologue, mais s'il fallait l'être pour avoir la moindre sensibilité politique, aurions-nous une République française aujourd'hui ?...)

Je crois juste que son programme est encore trop constitué d'emprunts aux deux bords plutôt que porté par une réflexion complètement nouvelle, vraiment centriste, dont je pense qu'il a encore tout le temps de la développer. Je ne le trouve pas tout à fait assez mûr encore et surtout, surtout, je crains comme la peste la reproduction du premier tour de 2002, le pire cas de figure possible pour moi étant un duel Sarkozy-Le Pen au second tour. Evidemment, affirmer qu'il est le seul à pouvoir battre Sarkozy au second tour est un effet de rhétorique de la part de François Bayrou ; la candidate socialiste en est tout aussi capable et comme je la crois mieux qualifiée que lui pour arriver au second tour, outre qu'elle incarne tout de même - ou du moins, devrait incarner - les idéaux d'un parti auquel je suis attachée depuis longtemps, c'est à elle que je vais faire confiance.

Pour cette fois.

PS 1. Le titre de ce post est bien sûr inspiré par le slogan de campagne de François Bayrou : "La France de toutes nos forces".

PS 2. Par incompétence et manque de recul, je ne peux rien dire du massacre de Virginia Tech qui a eu lieu lundi dernier. Je vous invite à lire à ce sujet la prose toujours aussi lumineuse et touchante de Krazy Kitty, en trois parties (elle s'y tient, elle) : un, deux et trois. We shall overcome ?

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