Ce n'est pas quelque chose de fondamentalement explicable. Jusqu'au jour où on peut le vérifier par soi-même, de visu, on ne croit pas volontiers qu'il existe un vrai charme ou même, soyons fous, une vraie beauté au-delà des fameux critères objectifs et universels, ou du moins généraux, qui devraient fonder notre goût esthétique et nous permettre de partager, entre autres, le plaisir d'apprécier les oeuvres d'art. C'est peut-être dans la nature que ce type de beauté est le plus répandu. Elle crée des êtres que l'on ne peut réduire en de petites grilles, qui font éclater nos attentes, débordent notre regard et réduisent à néant notre propre assurance en la matière.

Tout cela pour dire que là où je travaille, il y a ue fille qui est terriblement belle alors même qu'objectivement, elle n'a rien pour. Et qu'à chaque fois que je la vois, je suis en pure contemplation, en pleine émotion, sans pouvoir expliquer pourquoi.

Sa haute taille y est sans doute pour quelque chose. Elle a une silhouette équilibrée, sans rien de remarquable. Ses membres sont plutôt fins, de longueurs harmonieuses, et décrivent des mouvements souples et discrets. Ses vêtements sont très passe-partout, toujours très bien coupés et tout à fait judicieusement choisis, mais presque unisexes : des jeans - je ne l'ai jamais vue porter quoi que ce soit d'autre -, des chaussures de ville à talons plats, des pulls et des t-shirts fins, seyants mais pas du tout affriolants. Ses mains sont très jolies, fines, mignonnes, ornées de quelques bagues - le seul élément en elle qui fasse vraiment fille. Elle a de longs cheveux bouclés, très noirs - et j'ai un faible pour les cheveux bouclés et très noirs, chez les filles comme chez les garçons -, jamais attachés mais toujours propres et naturellement bien placés, sans effort apparent. Son visage est sans doute le plus surprenant de l'ensemble. Plutôt rond, la peau assez pâle, les yeux sombres soulignés d'un trait de khôl très discret - rien de charbonneux là-dedans -, les cernes assez marqués ce qui, sur toute autre, serait hideux mais qui sur elle devient presque sulfureux. Et puis cette bouche étrange, ombrée, un peu pincée, sur laquelle mon regard s'arrête immanquablement et qui ne sourit pour ainsi dire jamais.

Je suis fascinée. Il y a le charisme incroyable, le magnétisme de chacun de ses gestes, de chacun de ses mouvements et même de son immobilité. J'échangerais bien mes formes très féminines, mon maquillage soigné et mes bijoux fantaisie contre un peu de cette présence-là.

Merci à Junko grâce à qui j'ai, non pas découvert Peter Von Poehl que je connaissais déjà, mais récupéré le mp3 de cette chanson qui est mon tube personnel en ce moment.