Je préviens : ce post est long. Très long. Je ne sais pas, j'avais commencé comme ça parce que ça m'avait inspiré une remarque même pas hyper-intelligente, et puis ça a coulé partout, j'ai tout raconté, des tas de détails, ça risque de vous ennuyer à mort, à vous de voir.

Enfin bon, il y a des photos de jolis mecs.

Et de belles nanas.

Moi, je dis ça... je dis rien, hein.

J'ai revu ce week-end le film Bully, de Larry Clark, que j'étais allée voir à sa sortie en 2002. Le souvenir que j'en avais gardé était assez fidèle, si ce n'est qe j'avais gommé une partie de sa violence, notamment dans la scène de meurtre, ce qui est tout de même un comble.
L'histoire, si vous l'ignorez, est celle de sept adolescents qui en tuent un huitième parce qu'il se comporte avec certains d'entre eux en petit caïd ("bully"), allant des pressions psychologiques aux sévices physiques - il frappe régulièrement son "meilleur ami" et viole une ou deux filles à l'occasion. L'intrigue du film est fondée, via un livre qui porte le même titre, sur un fait divers réel qui s'est produit en Floride en 1992. Les droits étaient entre les mains des producteurs dès 1998, mais le projet s'arrêta en 1999 à cause du massacre de Columbine High School, sorte d'écho tragique du premier, et ne reprit que plusieurs mois après.

Je ne vais pas parler ici du film lui-même - que je vous conseille, du reste - mais du documentaire d'une heure environ, intitulé Bully - Behind the scenes, qui l'accompagne sur DVD.
Ce documentaire aurait gagné, à mon goût, à développer davantage le thème de l'adaptation d'un fait divers et les problèmes posés par le point de vue hérité du livre - qui, sans minimiser l'horreur du meurtre ni l'inconscience de jeunes gens complètement déconnectés, choisit tout de même clairement de décrire comme insupportable la situation instaurée par le bully, et ce simple titre est lui-même tout à fait contestable et donc intéressant.
Tout cela est présent dans Bully - Behind the scenes, mais de trop longs moments sont consacrés, avec une certaine complaisance, à filmer les jeunes acteurs eux-mêmes faisant les malins sur le tournage, ce qui n'apporte pas grand chose, il faut bien l'avouer, à la compréhension du film.

S'il y a cependant une remarque à faire là-dessus, ce serait la suivante : les personnages sont des ados paumés, non parce que leurs parents sont pauvres ou absents - le fait divers a lieu dans une charmante banlieue résidentielle où vivent des gens de la classe moyenne qui travaillent, ont des projets et élèvent leurs enfants - mais parce qu'ils ne semblent pas avoir envie d'être autre chose que paumés. Leurs seuls centres d'intérêt sont le sexe, la drogue, la glande, les jeux vidéos, les clips musicaux et les cocas de Pizza Hut. Et étonnamment, ce que nous apprend ce documentaire, c'est qu'à certaines exceptions près, les acteurs sont tout aussi jetés que ceux qu'ils interprètent.

1. Brad Renfro joue le rôle de Marty Puccio, principal souffre-douleur de Bobby Kent, le bully. Pas le pire, et de loin. Marty a quitté le lycée sans diplôme et abandonné les compétitions de surf parce que Bobby l'a persuadé qu'il était nul et n'arriverait jamais à rien. A part ça, Marty fume un peu et écoute Eminem, mais c'est plutôt, dans l'ensemble, un brave garçon qui se laisse emporter par des années de colère et de souffrance, ce qui explique sa sauvagerie au moment du meurtre.
Or il se trouve que Renfro, âgé de dix-huit ans au moment du tournage, fut arrêté pour avoir tenté de voler un bateau dans un port de plaisance, ce qui contraignit les producteurs à sortir au plus vite dix mille dollars en liquide pour payer sa caution et récupérer leur acteur principal. Dans la mesure où le jeune homme était assez à l'aise financièrement pour participer à la production du film et donc, on imagine, pour se payer un bateau s'il en avait envie, on est en droit de se demander ce qui a bien pu lui passer par la tête ce jour-là. Le seul passage du documentaire à son sujet qui ne soit pas consacré à cette petite parenthèse judiciaire le montre vraiment sous son meilleur jour : complètement saoul, débitant des insultes à la caméra sur fond de musique poussée au maximum.
Ah, j'oubliais : Brad Renfro sait aussi cracher par terre en critiquant les méthodes de communication de la production. En comparaison, son personnage, c'est un peu Oui-Oui en Floride, quoi. (Sauf qu'il tue quelqu'un, je vous l'accorde.)


Brad Renfro, à gauche sur la photo (mais est-il vraiment nécessaire de le préciser ?)


2. Michael Pitt interprète Donny Semenec, un jeune drogué dont la particularité est qu'il n'avait aucun mobile puisqu'il ne connaissait même pas la victime avant le soir du meurtre. Il s'est simplement laissé entraîner dans l'histoire par sa petite amie, à peu près aussi naturellement que si elle lui avait proposé un ciné, et a donné à Bobby le premier coup de couteau. On doit pouvoir dire sans trop risquer de se tromper que sa lucidité était quelque peu altérée par les joints et l'acide qu'il s'envoyait à longueur de temps.
Rien de tel apparemment chez l'acteur qui tint aussi, dans Last Days de Gus Van Sant, le rôle de Kurt Cobain - ou du moins son équivalent - et joua dans Dreamers de Bertolucci. Mais Bully - Behind the scenes nous montre un Pitt encore poseur et terriblement cabotin - ce garçon vient entre autres de la série Dawson, je vous le rappelle -, jouant devant la caméra avec, au choix, sa mèche de cheveux gras qui pendouillent et/ou sa cigarette, manifestement beaucoup plus intéressé par la présence dans le secteur de Bijou Phillips que par les questions que lui posent les réalisateurs du documentaire.
Le spectateur, qui a largement l'occasion de voir les seins et les fesses de la belle Bijou dans le film, lui pardonnera aisément cette erreur de jeunesse, mais l'ensemble donne l'image d'un type creux, imbu de lui-même et hautement désagréable, avec lequel vous ne discuteriez pas cinq minutes dans un dîner. En comparaison, son personnage, c'est Groucho Marx sous amphés.


Ah oui, ça donne envie, hein ?...


3. Bijou Phillips est Ali Willis, la petite amie de Donny mais aussi la meilleure copine de Lisa Connelly, petite amie de Marty (j'espère que vous suivez) et instigatrice du meurtre. Outre qu'elle est au courant, grâce à Lisa, de tout ce que Bobby fait subir à Marty, Ali a des raisons personnelles de se plaindre du bully, qui l'a brutalisée et violée. A deux reprises, elle servira d'appât pour l'attirer dans le coin isolé où il finira par mourir. La vie personnelle d'Ali est du reste assez trouble : à dix-sept ans, elle est déjà divorcée et mère d'un bébé qu'elle voit assez peu puisqu'elle passe sa vie en virées avec ses copines, fumage de joints et expériences sexuelles diverses avec à peu près tout ce qui est à sa portée.
L'actrice est incontestablement une très jolie fille dotée d'un charisme évident et, ce n'est pas rien, d'un vrai talent - point commun de tous les acteurs du film. J'adorerais aimer Bijou Phillips s'il n'y avait pas, chez elle, quelque chose de très gênant : elle est d'un narcissisme exacerbé et s'en donne à coeur joie devant la caméra du documentaire, qui ne semble pas s'en plaindre outre mesure. Manifestement consciente de sa beauté (comment pourrait-elle l'ignorer, elle qui fut mannequin très jeune ?), elle entre dans le champ quand on interviewe quelqu'un d'autre, danse avec exubérance dans les vestiaires, chante à proximité du preneur de son si elle n'est pas à l'image, montre ses seins à la caméra, embrasse ses partenaires féminines et explique, en toute simplicité, qu'elle a été prénommée ainsi parce que, bébé, dans son petit couffin, elle ressemblait à un véritable petit bijou dans son écrin.
Pour le côté vraiment trash, Bijou est née dans une famille de hippies célèbres - son papa est l'un des chanteurs de The Mamas and The Papas - et très shootés qui lui ont appris assez tôt à être indépendante et à rouler ses propres joints. Ainsi, elle raconte que quand elle avait deux ans et demi, ses parents ont loué un bateau, passé la soirée à se droguer, sont allés nager vers une île et s'y sont endormis en la laissant seule à bord. Waow. Ah oui, elle précise aussi qu'elle était à l'hôpital quelques semaines à peine avant le tournage, qu'on a décelé chez elle des tendances psychotiques et qu'elle est désormais sous Vicadin, ce qu'elle préfère nettement au Lithium. Hin hin. En comparaison, son personnage, c'est un peu Marilyn-fume-de-l'herbe, quand même.


Je vous avais dit que maintenant, cette belle enfant traîne avec Paris Hilton ?... C'est pas humain, cette déchéance, je trouve.


4. Kelli Garner joue le rôle de Heather Swallers qui, comme Donny, n'a aucun mobile puisqu'elle ne connaît pas Bobby Kent, et qui d'ailleurs ne fait rien d'autre au moment du meurtre que donner un signal et se cacher ensuite dans l'une des voitures. C'est elle qui dénoncera tous les jeunes criminels en échange de la clémence du juge, ce qui lui vaudra une peine de onze ans de prison seulement. Son seul tort est d'avoir été complice - embarquée elle aussi par Ali comme si elles allaient à la plage - et de n'avoir pas tenté d'arrêter le processus. Au moment où elle monte dans la voiture d'Ali, elle vient de s'échapper de la clinique où elle suivait une cure de désintoxication. Heather est accro à l'héroïne et à à peu près tout ce qu'il y a de moins fort et, comme le dit Kelli Garner, son état normal, c'est d'être défoncée.
Je ne voudrais pas être trop sévère avec Garner qui est elle aussi vraiment très jeune (depuis, elle fut la partenaire de DiCaprio dans Aviator, de Scorsese) et qui n'a que deux particularités dans ce documentaire (je ne compte pas le fait d'avoir les cheveux bleus, je suppose que c'est voulu par le scénario) : 1. elle porte un t-shirt qui vante les mérites de l'herbe, mais c'est bénin au vu de l'ambiance dans laquelle ils baignent tous, 2. elle a les dents complètements déglinguées. Tordues, en avant, certaines manquent ou sont cassées - une bouche complètement irrégulière qui, paraît-il, fascinait Larry Clark au point qu'il lui demandait de bien la montrer à l'écran (et c'est vrai qu'elle n'hésite pas à l'ouvrir très grande). (J'ai vérifié, elle s'est fait arranger tout cela depuis.) Je crois seulement qu'en plus de n'avoir rien à dire, la jeune actrice a été contaminée par la crise narcissique de Bijou Phillips. Mais bon, après tout, on s'en fout.


Un poil de Terracotta en moins et elle serait vraiment bien.


Vous l'avez compris : Clark a bien fait de choisir ses acteurs sur leurs performances de comédiens et pas sur leurs capacités intellectuelles, antécédents psychiatriques ou casiers judiciaires, sans quoi, on serait pas sortis de l'auberge.
Restent, en vrac :

Leo Fitzpatrick, qui interprète Derek Kaufmann, dit the Hitman, c'est-à-dire, pour nos amis non polyglottes, "l'homme-qui-frappe". Ce garçon un peu plus âgé que les autres les impressionnait parce qu'il disait appartenir à un gang et donc avoir l'expérience des actions crapuleuses. Il accepte de les aider à s'organiser et portera à la victime les coups fatals à la tête, avec une batte de base-ball. Au moment de l'enquête, il s'avère que ce prétendu mafieux est en fait une sorte de poule mouillée qui n'a jamais réussi à entrer dans le gang qu'il convoitait, n'a commis que de petits délits et donne ses complices presque avant qu'on les lui demande.
Fitzpatrick est le seul, avec Rachel Miner, à tenir des propos un peu intéressants sur le métier d'acteur et le talent de Larry Clark. Son premier film est Kids, déjà de Larry Clark, à l'âge de seize ans. Rien d'autre à signaler (sinon qu'il parle un peu du nez, c'est pas super-agréable, mais bon, on ne peut pas trop lui en vouloir).

Rachel Miner, qui joue le rôle de Lisa Connelly, dont j'ai déjà parlé. Elle me paraît être la personnalité la plus intéressante du casting et la seule à parler de son personnage de manière vraiment éclairante, ainsi que de la façon dont elle l'a préparé, allant jusqu'à rencontrer l'un des officiers de police qui avaient travaillé sur l'affaire pour connaître son point de vue. D'ailleurs, elle ne fait pas le clown devant la caméra. (Elle est aussi beaucoup moins jolie que Bijou Phillips, mais elle ne joue pas moins bien.) (A droite sur la photo où apparaît Brad Renfro.)

Daniel Franzese, dans le rôle de Derek Dzvirko, le cousin de Lisa. Un brave garçon qui entre dans l'histoire à reculons et uniquement parce qu'il est un peu amoureux d'Ali, mais qui sent bien que tout cela ne présage rien de bon. Derek s'est contenté de porter le corps de la victime de l'endroit où il avait été tué jusqu'au canal où il était censé disparaître. Comme Heather, il a obtenu une peine légère en échange de la dénonciation de ses complices. Le fait qu'il ait été le seul à être déjà sorti de prison au moment du tournage explique peut-être que le documentaire ne consacre pas une seule minute à l'acteur Daniel Franzese.

Enfin, Nick Stahl, dans le rôle de Bobby Kent, le bully. Ce garçon, présenté dans le film comme un vrai salaud - au point que l'un des producteurs se lâche jusqu'à dire : A leur place, je l'aurais fait aussi, je l'aurais tué aussi - n'était peut-être pas, de l'avis du juge, aussi sadique que le rapportent les témoignages des accusés. L'idée du juge est que Marty Puccio était finalement assez jaloux de Bobby, qu'il attendait probablement une occasion d'assouvir cette vengeance et qu'il n'était pas un souffre-douleur aussi durement maltraité que Lisa et lui l'ont laissé entendre. C'est précisément ce genre de passage sur lequel j'aurais aimé que les réalisateurs du documentaire s'attardent, plutôt que de nous montrer Bijou Phillips répondant à la journaliste qui lui demande ce qu'elle pense de son personnage :

"Je pense qu'une fille de dix-sept ans ne devrait pas conduire une Mustang."

Merci Bijou.