Aujourd'hui (et demain, because tant de choses à dire), j'ai envie, sérieusement - pour une fois -, de partager avec vous un peu de l'esprit de Noël qui sied si bien à cette période.

Oui, parce que c'est Noël. Dans cinq jours (quatre et demi si vous ouvrez les cadeaux le 24 au soir, ce qui est très cool). (L'avantage, quand on appartient à une famille mixte comme la mienne, c'est que l'on fait les fêtes juives ET les fêtes chrétiennes. Et pour cette raison, je ne laisserai jamais personne dire que la mixité est un boulet.) Mais passons.

Donc, pour recréer, même si ce n'est que virtuel, cette atmosphère de joie, de bonheur et d'amour universel, il faut que je vous dise comme je suis heureuse. En amour. Tous les jours, chaque heure, chaque seconde. Depuis un an, neuf mois et onze jours - j'ai l'impression que c'est à la fois beaucoup plus longtemps, et beaucoup moins.

Ca fait probablement cliché, guimauve dégoulinante, ou encore aveuglement de début de relation - sur le mode Mouais mais attends que ça fasse cinq / dix / quinze ans, on verra bien si elle dit la même chose -, mais c'est vrai. Et je peux l'affirmer avec d'autant plus de force que j'ai fait l'expérience avant lui, il n'y a pas si longtemps non plus, d'un amour vraiment foireux. Foireux au bout d'un mois, foireux au bout d'une semaine, foireux avant même de commencer. Le genre d'amour qui se nourrissait de pleurs, de menaces, de chantage et de pressions psychologiques. Le genre d'amour qui détruit, quand celui-ci construit tout, au contraire.

Une amie qui en est aux tout premiers jours d'une relation, et donc aux toutes premières questions, aux tout premiers doutes, aux toutes premières angoisses, me demande si j'en ai ressenti, au début. J'essaie de me souvenir, mais je ne me souviens pas. Je réponds donc : "Non. Ou alors, je ne m'en souviens pas." Et elle de renchérir : "Mais je trouve que votre relation, avec ton fiancé, elle est tellement... évidente !..."

Oui, elle l'est. Elle l'a toujours été. Depuis le début, et même un peu avant.

Il faut dire qu'avec Fiancé, on a fait les choses bien.
Je sortais alors d'une série de malheurs sentimentaux qui avaient fait baisser en flèche mon estime de moi-même, ma confiance en les hommes et mes exigences en matière de séduction. En clair, je pensais que puisque j'étais assez conne pour être traitée n'importe comment par des garçons peu consciencieux, autant en rajouter, me montrer plus conne encore et récolter, donc, des spécimens de plus en plus infâmes qui me traiteraient toujours un peu plus mal et me feraient me haïr un peu plus. Bref, l'engrenage. (Bien sûr, je ne pensais pas tout cela, je ne rationalisais pas ainsi. J'ai même été la première surprise quand j'ai compris comment ça fonctionnait. Nous sommes souvent nos plus enthousiastes bourreaux.)
Fiancé, lui, était à cette époque dans une phase de-toute-façon-je-finirai-célib'-l'amour-c'est-pas-pour-moi-le-couple-non-plus-à-la-limite-le-sexe-je-veux-bien-mais-pas-trop-souvent-et-pas-avec-des-filles- sentimentales-surtout.

Jusqu'à ce qu'il me voie.

Parce que je ne voudrais pas me la péter, mais malgré un physique banal, à la limite d'assez jolis yeux et une silhouette passe-partout - ni mince, ni grosse -, j'ai quand même réussi, en quelques instants à peine et sans même le savoir, à attirer définitivement l'attention du plus beau garçon à dix lieues à la ronde. (Je le pense vraiment, de même qu'il se trouve plutôt moche et me juge si sublime qu'il a du mal à comprendre comment les hommes peuvent me croiser sans aussitôt me désirer violemment. Moi, je vois assez bien pourquoi.)
Et comme, non content d'être magnifique, ce garçon était aussi un grand prince, il m'a fait la cour. A la classique, pendant deux mois, avant d'obtenir un rendez-vous qui, lui, a duré environ quatre heures avant qu'un seul baiser (timide) ne soit finalement échangé.

Pendant ces deux mois, j'ai envoyé balader toutes mes odieuses erreurs de casting et pris le temps de reconstruire ma petite personne. J'ai décidé que j'avais de la valeur en amour, que je méritais quelque chose en-dessous de quoi je ne descendrais pas, qu'il était hors de question de me brader et que, les soins de ce garçon me le prouvaient, j'étais une princesse, point.
Fiancé, de son côté, a laissé tomber le sexe occasionnel et la tristesse de la chair sans amour et décidé que ce serait moi ou personne (quand même), et il s'est remis avec enthousiasme à un exercice qu'il appréciait depuis toujours mais n'avait plus pratiqué depuis longtemps : la rédaction de lettres. De tous les genres de lettres. Obscures, respectueuses, à double sens, lyriques, savantes. Une par semaine en moyenne, ce qui est parfait, ni trop (noie le désir) ni trop peu (le laisse se dessécher).

Si bien que le jour J, le jour du rendez-vous, nous étions fin prêts. Impatients comme des collégiens et excités comme des puces prépubères, alors que nous allions juste nous promener au parc. L'un des plus beaux après-midis de ma vie, malgré le froid mordant et le nombre excessif de cigarettes fumées nerveusement.
Ce jour-là, nous nous vouvoyions encore. Histoire de faire les choses vraiment très bien, vraiment jusqu'au bout. Et dès ces instants-là, tout paraissait évident.

Au point que nous nous sommes fiancés quatre mois et dix-huit jours plus tard. En modérant notre impatience.

Et puisque je m'aperçois qu'envahie par mes souvenirs de la dernière guerre, je n'en suis toujours pas venue à parler de mon bonheur actuel (en amour), je poursuivrai plus tard, si vous le voulez bien et surtout si vous n'avez pas encore fondu (en larmes, d'ennui, de chaud si vous êtes auprès de la cheminée. Déconseillé aux bonshommes de neige).

Quoi de plus judicieux, pour illustrer ce propos, que cette petite vidéo à l'humour absurde, trouvée sur le Love Blog :