Ménille Avénale

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Rire (jaune)

le vendredi 26 mai 2006

Après une journée harassante à parcourir la ville en tous sens pour visiter des appartements, après une semaine d'angoisse et de colère à rassembler pour l'agence des papiers incroyables sur nous-mêmes et nos garants - tout juste s'il ne fallait pas fournir les certificats de vaccination de toute la famille depuis 1970 -, lesquels ont aussi couru de leur côté pour nous envoyer ou faxer les documents demandés, après deux jours d'une attente difficilement supportable pour savoir si nous serions enfin acceptés comme locataires du logement de nos rêves, c'est officiel : la réponse est oui.

Joie et soulagement. Le parcours du combattant semble achevé. Sauf que...

Sauf que l'agence constate que l'un des papiers fournis par Fiancé - en l'occurrence l'avis d'imposition de ses parents - ne correspond pas exactement à ce qu'elle attendait. "Peut-être la photocopie a-t-elle été mal faite, suggère la jeune femme que j'ai au téléphone ; il suffirait de nous apporter l'original pour nous le montrer, et ce serait réglé.
- Mais je ne comprends pas, réponds-je : c'est oui ou pas ?...
- C'est oui, c'est oui. C'est oui... sous réserve que vous nous montriez ce document."

Bien.

Fiancé, averti, se tracasse et commence à échafauder des plans pour récupérer l'orginal chez sa mère. Je le rassure : ce n'est rien, elle m'a bien dit qu'il suffisait de le leur montrer, bon, certes, c'est pénible, mais ce n'est pas grand-chose, etc, etc.

Aujourd'hui, après avoir appelé son père pour savoir ce qui s'était passé, Fiancé m'apprend la vérité : le document photocopié pour l'agence n'est pas l'avis d'imposition mais un papier qui est censé en tenir lieu, et pour cause : personne ne sait où est le dernier avis d'imposition de ses parents.

Je récapitule : notre emménagement dans un appartement que nous avons vraiment obtenu en bataillant dépend désormais de la présence d'un papier qui a purement et simplement disparu.

La vie est bêêêêêêêêê-leu.

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Photo : Pierre Magne

Je n'invente rien

le mercredi 24 mai 2006

Constatant que l'un des mots-clés qui avaient conduit quelqu'un sur mon blog était Ménille Avénale, comme ça, bien correctement écrit, avec accents et majuscules, je décidai de suivre le lien pour voir quelles réponses donnait Google à une telle recherche. Je suis retombée sur mon blog, bien sûr, mais aussi sur une série de commentaires laissés à droite et à gauche que j'avais complètement oubliés et dont j'ai pu lire enfin les réponses (j'aurais d'ailleurs mieux fait de m'abstenir, mais peu importe).

Je sais que vous allez avoir un peu de mal à me croire, mais vous pouvez vérifier par vous-mêmes.

En haut de la page, Google m'affiche ceci :

Essayez avec cette orthographe : Médaille Annale

Tel quel.

Ca assomme bien. Moi qui cherchais un signe clair que je dois impérativement aller me coucher tout de suite, je pense que je l'ai trouvé.

PS. Inutile de vous dire que je n'ai pas eu le courage de cliquer sur ces deux mots emplis de poésie, Médaille Annale, pour savoir ce qu'il y avait derrière. Un autre jour, allez.

Y a-t-il un publicitaire dans la salle ?

le dimanche 21 mai 2006

Entendu à l'instant sur France Inter un slogan de l'émission de Kriss, Kriss Crumble :

"Kriss Crumble, c'est jamais pareil, mais c'est toujours un crumble."

Déjà, s'appeler Kriss, pourquoi pas, on n'est pas non plus obligé de se bidouiller un pseudonyme aussi original (ou neuneu, selon les sensibilités) que "Ménille Avénale". De là à intituler son émission hebdomadaire Kriss Crumble, je suis désolée mais ce n'est pas parce que le ridicule ne tue pas qu'il faut flirter avec lui à chaque instant. Et pour finir ce slogan complètement tautologique qui file à l'excès une métaphore culinaire déjà douteuse, non mais non, quoi...

(F)utile

le samedi 20 mai 2006

Sur mes blogs précédents, j'étais très superficielle. Du coup, on me trouvait facilement charmante. Je parlais de sexe, de séduction, de fringues, de musique, de détails minuscules de ma vie de fille en insistant bien sur ce point - le maquillage, les bijoux, les chaussures, le plaisir de se faire belle, etc. Je jouais beaucoup là-dessus. Je donnais de moi l'image d'une poupée un peu subversive, mais pas trop. J'ai fait quelques sorties contre des modes ravageuses ; certains de mes lecteurs m'ont critiquée sur ce point mais comme je tenais bon, ils ont fini par me dire qu'ils admiraient ma façon de défendre mon point de vue. La vérité est que je me souciais moins de ces modes ravageuses que de la réputation non consensuelle que j'étais en train de me bâtir. J'ai fait plus dans cette direction, mais inutile de m'étendre là-dessus ; certains blogs, sur d'autres plateformes, en portent encore probablement des traces dont leurs auteurs eux-mêmes ne se souviennent presque plus parce que comme le temps passe, elles s'enfoncent progressivement dans la masse des notes anciennes.

J'ai conscience d'être beaucoup plus "triste" sur ces pages que sur celles où je m'épanchais il y a un quelques mois ou un an.

En disant triste, je ne fais pas allusion à mes états d'âme personnels mais seulement à l'image que je peux véhiculer. Je crois qu'au fond, je ne cherche plus à plaire. Du moins, plus autant qu'avant, parce que nous savons tous que si nous ne cherchions pas à plaire à au moins une certaine catégorie de lecteurs, nous ne tiendrions pas de blog.

Pendant l'année et demie qui vient de s'écouler, j'ai lu énormément de blogs - certains régulièrement, d'autres plus épisodiquement, d'autres encore ponctuellement et parfois sans même y retourner après le premier coup d'oeil - et j'en viens à être convaincue que brosser le lecteur dans le sens du poil n'est pas "la" recette. (Encore cela dépend-il probablement de ce que l'on cherche : des statistiques très élevées ou un lectorat fidèle, une réputation sulfureuse ou une admiration exponentielle, etc.) Ce qui marche, au risque de manier de vieux clichés vidés de sens, c'est d'être soi-même. Et dans la mesure où sur un blog, nous ne sommes jamais vraiment "nous-mêmes", l'équivalent est probablement de rester le plus imperméable possible aux influences extérieures. Même fortes. Même tentantes. Même brillantes.

Tasty

le mardi 16 mai 2006

J'ai été absente quelques jours pour cause de recherche d'appartement / fuite du mien / week-end à rallonge / dose imméritée de stress. Je sais que je n'ai pas manqué à grand-monde, mais laissez-moi le croire, hein, s'il vous plaît.

J'ajoute que là tout de suite, je n'ai rien de mieux à dire. Il me faut le temps d'emmagasiner quelques jolies notes supplémentaires...

Mais en attendant, bien sûr, vous pouvez toujours faire ce charmant petit test. Résultats garantis.

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Photo : La Grange

Bôcoup de classe

le mardi 9 mai 2006

Sans me vanter, je suis une fille d'une grande élégance. Ma tenue est toujours soignée, mon maquillage léger mais impeccable et ma coiffure très étudiée (même si, comme c'est le cas en ce moment, mes racines tranchent furieusement sur le reste de la chevelure. Mais ça pourrait être pire : j'ai des pulsions blondisantes, c'est-à-dire qu'impulsivement, je rêve parfois de devenir blonde platine). Je parle posément, mon vocabulaire est plutôt soutenu et je sais me tenir ; bref, j'ai de l'allure.

Et ça va se loger loin, jusque dans les plus petits - et apparemment les plus prosaïques - détails de ma vie de femme. A table, par exemple, je suis un modèle de délicatesse ; je mange comme un chat, je bois sans même effleurer la surface de l'eau dans le verre, je tiens mes couverts comme si j'avais pris des leçons de maintien à la cour d'Angleterre. Du coup, déjeuner avec moi est en général très intimidant parce que les gens ont vite l'impression - souvent confirmée - de n'être que de gros porcs baveux.

Un exemple ? Un jour où je dégustais avec délices les merveilleux macaronis tomate-fromage que Fiancé avait eu la gentillesse de me préparer, je fus surprise par deux phénomènes périphériques séparément inoffensifs, mais redoutables une fois réunis ; d'une part la température très élevée desdits macaronis, d'autre part un fou-rire invincible qui montait des profondeurs de mon être à la suite d'une blague bien sentie de Fiancé qui, lui aussi, a vraiment beaucoup de classe (il adore dire le mot "bite" à table, notamment. Essayez donc la prochaine fois que vous dînerez en tête-à-tête, c'est absolument irrésistible).

Dans une situation de ce genre, une personne médiocre s'étoufferait, éructerait, apoplectiquerait mais ne laisserait pour rien au monde la moindre particule de macaroni s'échapper de sa bouche. Heureusement, je ne suis pas une personne médiocre ; je suis une personne raffinée, et au lieu de me ridiculiser en me transformant en outre violacée, j'ai tout simplement ouvert la bouche.

Un petit geste qui change tout. Car ce faisant, bien sûr, la nourriture déjà pâteuse qui y était placée et me brûlait le palais fut expulsée illico presto par un soubresaut dû au rire, une demi-douzaine de macaronis à moitié mâchés et encore couverts de sauce tomate atterrirent lamentablement sur la table, entre nos deux assiettes, et y restèrent.

C'était un spectacle d'un goût remarquable.

Je tiens à signaler qu'il faut beaucoup d'amour, de la part d'un homme, pour continuer à désirer une fille qui, si élégante qu'elle soit, a commis cela ; et beaucoup d'amour aussi, de la part d'une fille, pour oser reparaître un jour devant les yeux de celui auquel elle a infligé cette facette si inédite de son propre raffinement.

C'est dire si Fiancé m'est précieux. Et ce n'est pas la moindre de ses qualités.

Mater dolorosa

le lundi 1 mai 2006

J'ai vingt-cinq ans et je ne vis plus avec ma mère depuis que j'en ai dix-huit ; calculez vous-mêmes, ça commence à faire.

Pourtant, dans un moment de désoeuvrement inexplicable - ma mère a toujours des choses vraiment passionnantes à faire - et d'étrange nostalgie - puisque par principe, le temps délicieux où j'avais deux ans et où j'étais dépendante d'elle s'éloigne de plus en plus -, elle vient de me dire sans rire :

"Ah, mon petit poulain rose, va."

Comment ça, c'est MIGNON ?... Non, ce n'est pas mignon, c'est infantilisant, débilisant et humiliant pour moi. La preuve en est que la seule réaction que j'aie eue sous le coup de la surprise fut : "Tu peux me répéter ça, maman ?" Et elle de le répéter, toujours sans rire. "Oui, tu es mon petit poulain rose, tiens." J'ai encore du mal à y croire. D'autant plus que je suis nettement moins son petit poulain rose quand je ne fais pas exactement ce qu'elle veut, que je prends une décision qu'elle n'aurait pas prise, que, d'une manière générale, je mène ma vie comme je l'entends.

Et pourtant, j'ai vingt-cinq ans. Et la plupart des jours de l'année, je suis à environ 350 kilomètres de chez elle. Et je ne lui téléphone pas plus d'une fois par semaine. A croire que c'est elle qui ne peut couper le cordon.

Cela dit, au moment où elle a sorti cette énormité, j'étais en train de me triturer les méninges pour trouver quelque chose à poster ici aujourd'hui. Actualité ? Mmmouais, je suis moyennement au point sur l'affaire Clearstream et des propos de Sarkozy sur l'immigration, je n'ai qu'une chose à dire : bullshit. C'est un peu léger. Culture ? Je ne suis pas allée au cinéma depuis des lustres et les livres que je suis en train de lire sont, euh... peu distrayants (je viens de commencer le Deuxième Sexe, c'est plutôt passionnant mais comme je n'en suis qu'à la page 33, je ne me sens pas encore assez armée pour en parler vraiment). Etats d'âme ? Bof, je me sens comme une bulle au milieu d'autres bulles : légère et sans pression, donc peu inspirée en la matière. Bref, ma mère est tombée à point pour me fournir la matière de ma bloguerie du jour.

Merci maman.

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Photo : Pierre Magne

(Notez le choix judicieux de la photo, qui vaut aussi pour le message précédent ; ce qui pourrait vous donner l'idée d'aller le lire.)